Expo : Adel Abdessemed, l'art politique de l’intime

Si le conflit algérien a bouleversé l'histoire d'Adel Abdessemed, il a aussi nourri une créativité sans frontières. Ce printemps, deux expositions à Lyon et au Grand-Hornu (Belgique) célèbrent cet artiste capable de transformer Angela Merkel en l’une des Trois Grâces...

La douleur de l’arrachement, Adel Abdessemed connaît. Né en 1971 dans les Aurès, il a dû quitter l’Algérie en 1994, alors dévastée par le Front islamique du salut. En France, il trouve refuge aux Beaux-Arts de Lyon. Mais marginalisé par des étudiants ignorant tout de la tragédie qui se déroule de l’autre côté de la Méditerranée, il décide d’abandonner le pinceau pour la vidéo, la photo, le dessin, la sculpture, les installations…

Adel Abdessemed.
Adel Abdessemed. Gilles Bensimon

Vingt-cinq ans plus tard, après avoir exposé partout dans le monde – et notamment au Centre Pompidou, en 2012 –, il fait coup double. En France, il présente « L’Antidote ». Si le terme désigne un remède contre le mal (celui de l’art face à la barbarie), c’est aussi le nom du bar dans lequel l’artiste a rencontré sa femme il y a plus de deux décennies. Le politique et l’intime sont donc étroitement imbriqués dans ces œuvres inédites réparties sur deux niveaux du musée d’Art contemporain de Lyon.

« Is Beautiful » (2017).
« Is Beautiful » (2017). © ADAGP

Parmi elles se dressent trois statues de marbre de plus de deux mètres de haut : respectant les codes de la statuaire antique utilisés par Canova ou Maillol, Is Beautiful transforme Angela Merkel, immortalisée nue sur une plage avec deux jeunes camarades (la photo initiale date des années 60) en l’une des Trois Grâces.

« Shams » (2013).
« Shams » (2013). © ADAGP

Shams, une pièce plus spectaculaire encore, occupe le dernier étage du musée : elle symbolise, selon l’artiste, « l’enfer de la condition humaine, mais aussi la sueur du travailleur, sa fatigue ». Créée in situ avec 45 tonnes d’argile, cette fresque, qui ne se réfère à aucun fait historique précis, évoque autant une tranchée de la Première Guerre mondiale qu’un monument funéraire.

« Shams » (2013).
« Shams » (2013). © ADAGP

Une transition parfaite vers l’exposition belge, « Otchi Tchiornie » (les yeux noirs), dont l’installation maîtresse réunit 27 soldats de l’Armée rouge. Faits de bois calciné, ils incarnent le romantisme d’une idéologie en perdition comme le riche passé d’une région charbonnière aujourd’hui disparu. « “À l’attaque !”, c’est aussi un appel à la libération de tous les prisonniers des clichés », écrit la femme de lettres Hélène Cixous à l’endroit de l’artiste. À vérifier des deux côtés de la frontière.

« L’Antidote ». Au musée d’Art contemporain, Cité internationale, Lyon (69), jusqu’au 8 juillet. Mac-lyon.com
« Otchi Tchiornie ». Au MAC’s, site du Grand-Hornu, Hornu (Belgique), jusqu’au 3 juin. Mac-s.be

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