Le New York d’Anja Niemi : ses spots préférés

Anja Niemi a vécu deux ans à New York pour parfaire sa maîtrise de la photographie. Elle y revient régulièrement, pour exposer son travail ou humer son urbanité. Quasi campagnarde et férue de grands espaces, Anja Niemi adore pourtant cette ville et nous en dévoile ses délicats contours.

On ne s’étonnera pas non plus qu’Anja Niemi, qui excelle à travestir et à mettre en scène son propre corps dans ses photographies, passe bon nombre de ses soirées au New York City Ballet : avec leur présence, leur force et leur sensualité bien à eux, les danseurs sont eux aussi d’effarants virtuoses du corps.

David H. Koch Theater, résidence du New York City Ballet
David H. Koch Theater, résidence du New York City Ballet Jonathan Pilkington pour IDEAT

Mais c’est parfois dans les couloirs du David H. Koch Theater, où se produit la compagnie, que la magie survient. « La dernière fois, raconte Anja, alors que j’étais assise sur un banc à attendre un ami, une vieille dame s’est mise à me parler des arbres qui, dehors, étaient sublimes sous la pluie. Elle me les a alors montrés en photo sur son téléphone, où je suis ensuite tombée sur les tableaux époustouflants qu’elle peint en s’en inspirant. C’est ça que j’aime dans cette ville : elle est pleine de personnages étonnants, créatifs, avec lesquels, si tu as de la chance, tu peux engager d’extraordinaires conversations. »

Whitney Museum of American Art
Whitney Museum of American Art Jonathan Pilkington pour IDEAT

Une ville, en somme, où les poètes se reconnaissent les uns les autres. Quand elle vivait à New York, Anja Niemi résidait à Fort Greene, un coin tranquille de Brooklyn gentiment bourgeois, avec un je-ne-sais-quoi de villageois. « De Fort Greene, précise-t-elle, j’adorais les rues joliment bordées de maisons de brique. Le soir, quand je rentrais chez moi, tout y était plus calme qu’ailleurs. » Pourtant, dans les années 70, on y vendait davantage de crack que de légumes bio ! Plus tard, c’est ici que s’est installée en masse la jeunesse black arty. Le cinéaste Spike Lee ou la plasticienne Lorna Simpson, notamment, ont démarré leur carrière dans ce pâté de maisons décaties et ne l’ont plus jamais quitté.

Depuis la terrasse du bar Westlight, perchée au sommet du nouvel hôtel The William Vale, dans le quartier de Greenpoint.
Depuis la terrasse du bar Westlight, perchée au sommet du nouvel hôtel The William Vale, dans le quartier de Greenpoint. Young-Ah Kim

Aujourd’hui largement gentrifié, l’endroit n’a pas tout à fait renié son ADN bohème : des restaurants sans surenchère branchée essaiment çà et là, tandis que, tous les samedis, un marché fermier se tient aux abords du délicieux Fort Greene Park. Bien à l’unisson de ce mode de vie, Anja Niemi, le dimanche, enfourche son banana seat bike, un vélo à longue selle qui fait fureur chez les Brooklynoises, pour sillonner les rues de Park Slope, élégant quartier de l’ouest de Brooklyn, avant de pousser jusqu’à Prospect Park, l’autre immense espace vert, après Central Park, de la mégapole… Du cœur de Manhattan jusqu’aux lisières de Brooklyn, le New York d’Anja Niemi s’envisage comme une grande respiration…

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