Exposition : « L’ornement est un crime ! », une histoire du XXe siècle

Jusqu’à la fin de l’année, la Cité du Design de Saint-Etienne présente « L’ornement est un crime », le récit d’une interdiction unanime, employée à l’encontre du mobilier durant près d’un siècle.

A travers une centaine de pièces de mobilier, « L’ornement est un crime » se propose d’illustrer un adage largement partagé par les designers du XXe siècle. Installée dans le bâtiment contemporain de la Cité du Design de Saint-Etienne, l’exposition retrace ainsi la disparition de tout élément décoratif, née au moment de l’avènement de la standardisation à la fin du XIXe siècle.

Michael Thonet, chaise n°14 (1859-1960).
Michael Thonet, chaise n°14 (1859-1960). Yves Bresson / Musée d'art moderne et contemporain de Saint-Etienne Métropole

Baroques à l’excès, les objets d’art de la comtesse de Biencourt (1839-1929) inaugurent le parcours pour « témoigner de l’ancienne ivresse ornementale, omniprésente depuis l’antiquité », explique Agnès Lepicard. Pour mettre en lumière les collections du Musée d’art moderne et contemporain de la ville (MAMC+), la commissaire d’exposition a misé sur une présentation chronologique, menant ensuite aux pièces détachées de Michael Thonet.

Josef Hoffmann, fauteuil Sitzmaschine (1904-1908).
Josef Hoffmann, fauteuil Sitzmaschine (1904-1908). DR

Prémices du mobilier industriel, les chaises de l’ébéniste allemand répondent à l’ossature d’un fauteuil de Joseph Hoffmann. Débarrassée de tout superflu, de mousse et de passementerie, la Sitzmaschine du disciple d’Otto Wagner introduit le fonctionnalisme du XXe siècle. Une esthétique mécaniste, représentée par les pièces de Breuer, Prouvé ou Le Corbusier, qui se focalisent sur l’exploitation des nouvelles possibilités offertes par le verre, le métal ou la toile tendue.

Le Corbusier, fauteuil B301 (1928).
Le Corbusier, fauteuil B301 (1928). F.L.C. / Adagp

Utilisée en aplats, la couleur ne décore plus mais renforce la volumétrie. Notamment de l’électroménager qui envahit les cuisines à partir des années 1950. D’un réfrigérateur de Raymond Loewy aux premières boîtes Tupperware, l’utilitarisme dicte sa loi, toujours plus en quête de pureté. Mais tandis que Dieter Rams poursuit avec minimalisme ses nombreuses collaborations avec Braun, le plastique et la fibre de verre annoncent déjà un retour des formes libres.

Dieter Rams, Wilhelm Wagenfeld, Gerd Alfred Müller, platine type PC3SV (1959).
Dieter Rams, Wilhelm Wagenfeld, Gerd Alfred Müller, platine type PC3SV (1959). Dieter Rams / Adagp

Amorcée grâce à l’usage du contreplaqué, la libération des courbes prend véritablement de l’ampleur avec les fauteuils PAR des Eames, jusqu’à se teinter d’inspirations naturalistes chez Arne Jacobsen ou Charlotte Perriand. Accusé de produire des objets sériels et déshumanisés, le modernisme aseptisé connaît alors une profonde remise en cause, encore exacerbée au cours des années 1960.

Charlotte Perriand, table basse Forme Libre (1959).
Charlotte Perriand, table basse Forme Libre (1959). C Cauvet

En clôturant le parcours avec une chaise Caddie d’Olivier Mourgue et le psychédélique Ribbon de Pierre Paulin, l’exposition s’achève sur une note de symbolisme et de lyrisme qui s’apprête à poser les bases du grand retour de l’ornement dans les années 1970 et 1980, notamment avec le mouvement Memphis. Une fantaisie revenue dans l’air du temps et que le MAMC+ mettra à l’honneur dès le mois décembre avec une prochaine exposition baptisée « Design et Merveilleux. De la nature de l’ornement ».

Olivier Mourgue, chaise dite Caddie (1968).
Olivier Mourgue, chaise dite Caddie (1968). C Cauvet

> « L’ornement est un crime », du 30 juin 2018 au 6 janvier 2019 à la Cité du Design.
3, rue Javelin Pagnon, 42000 Saint-Étienne.

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