Collaboration : Marcel Wanders s’invite chez Roche Bobois

Roche Bobois invite Marcel Wanders, designer star néerlandais plutôt pas sage. Après Gaultier, Kenzo ou Maison Christian Lacroix, Marcel Wanders et Gabriele Chiave, son directeur artistique, viennent de dévoiler leur collection « Globe Trotter ». IDEAT les a rencontrés en avant-première à Paris.

«Ah bon ? Wanders chez Roche Bobois ? » Cette association a suscité la curiosité avant même que leur collection « Globe Trotter » ne soit présentée à Milan en avril dernier. Eh bien oui ! D’abord, ce n’était pas la première fois que la marque collaborait avec un anti-minimaliste. Et du côté de Wanders, travailler pour une enseigne grand public n’était pas nouveau non plus. L’expression « grand public » n’étant pas, chez Roche Bobois, incompatible avec l’idée de qualité.

Canapé Montgolfière de Marcel Wanders (Roche Bobois, 2018).
Canapé Montgolfière de Marcel Wanders (Roche Bobois, 2018). Roche Bobois

Tout commence donc il y a deux ans par un coup de fil de l’éditeur français. D’emblée, Wanders est ravi : « J’aimais l’idée de m’associer à une maison connue dont l’ADN particulier la situe en dehors des sphères italienne ou scandinave, qui est éclectique et ouverte à la diversité », confie le designer. De passage chez Roche le temps d’un shooting, Marcel Wanders est venu accompagné de Gabriele Chiave, directeur artistique de son studio depuis onze ans. Ce dernier parle d’une « compréhension mutuelle assez unique ».

L’intérieur du cabinet Wonder, pièce maîtresse de la collection, révèle, sous forme de collage, les motifs qui l’ont inspirée. À ses pieds, deux variantes de la Chess Coffee Table.
L’intérieur du cabinet Wonder, pièce maîtresse de la collection, révèle, sous forme de collage, les motifs qui l’ont inspirée. À ses pieds, deux variantes de la Chess Coffee Table. Didier Delmas

Notre verdict : complicité malicieuse. Le duo, globe-trotteur lui-même, ne se départit jamais d’un air de voyager joyeux. Ce n’est pas forcément l’impression qui émane des designers aux manettes de studios comportant 75 membres. À aucun moment Marcel Wanders ne parlera de brief. Son moodboard, ce tableau d’inspiration de départ, évoque plutôt ses rêves de néo-explorateur entre Londres, Istanbul et Arras, voire le premier vol en montgolfière en 1783 à Versailles.

Etagères Dojo de Marcel Wanders (Roche Bobois, 2018).
Etagères Dojo de Marcel Wanders (Roche Bobois, 2018). Roche Bobois

Ce patchwork d’images, une fois mis au point, a fait naître une collection complète avec tables, chaises, sofas, canapés, lampes, tapis et coussins. On retrouve, tels quels, les motifs de ce mur d’inspiration au fond du cabinet Wonder. Soif d’enchanter mise à part, Marcel Wanders ne propose pour autant que de vrais meubles. « Pas question de faire des chaises à seize pieds ! Je dois créer quelque chose qui surprend et innove, pas juste qui excite », dit-il.

Dojo (ici en version « full wood ») est un rangement avec des portes coulissantes en bois aux influences japonaises . Au sol, les coussins Arras et une Chess Coffee Table.
Dojo (ici en version « full wood ») est un rangement avec des portes coulissantes en bois aux influences japonaises . Au sol, les coussins Arras et une Chess Coffee Table. Didier Delmas

Le designer affirme aussi avoir voulu faire une collection « incroyable, scintillante et stimulante, avec de la légèreté, de la douceur et de la couleur ». Avant que le duo ne pose devant le photographe avec un naturel confondant, Wanders souligne le fait d’avoir choisi des couleurs et dessiné des formes aptes à plaire partout sans être neutres pour autant. Chez Roche Bobois, on se souvient du succès international de la première collection du designer Sacha Walckhoff pour la Maison Christian Lacroix. Ce que Marcel Wanders va incarner dans le monde par le biais des objets de sa collection, c’est l’art de vivre à la française. La notion ne semble impliquer de nationalité requise que celle du pays de l’imagination sans frontières. Soudain pensif, le Néerlandais caresse du doigt la forme en montgolfière des accoudoirs du sofa du même nom. Celui-ci doit, nous apprend-il, donner l’impression de voler. Ses cabinets sont des archétypes twistés.

La Chess Coffee Table, aux lignes douces et à l’aura sculpturale, peut servir de table basse ou de tabouret.
La Chess Coffee Table, aux lignes douces et à l’aura sculpturale, peut servir de table basse ou de tabouret. Didier Delmas

Comme Dojo, un beau rangement japonisant aux portes en panneaux de bois coulissantes. Le cabinet Wonder, lui, n’a besoin que de s’ouvrir pour étonner avec son intérieur reprenant les somptueux motifs du moodboard qui a inspiré la collection. On les retrouve sur les tapis, chamarrés. Gabriele raconte le scénario de la table Parisienne, tout en jambes, recouvertes en partie de tissu suggérant des bas. Les différentes déclinaisons de la Chess Coffee Table font à la fois table basse ou tabouret, en plus d’occuper l’espace de façon sculpturale. Les accessoires abondent, des lampes Butterfly aux coussins Arras. La grande satisfaction, pour Gabriele Chiave, c’est de voir ce qu’a finalement donné le croisement des deux ADN, entre Amsterdam et Paris. Et cela ressemble fortement aux premiers dessins. Une alliance tout sourire, sans compromis, et qui semble surtout balayer la nécessité du style passe-partout d’un label certes français, mais qui vise l’international.

> Retrouvez Marcel Wanders et Gabriele Chiave dans la vidéo réalisée par ideat.fr au printemps dernier :

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