Saga : Magis, le fabricant d'icônes du design italien

En plus de quarante ans, Eugenio Perazza en a soutenu des projets et des designers ! L’infatigable fondateur de Magis lève le voile sur les fondamentaux de cette maison italienne décidément pas comme les autres.

Pour l’explorer, Magis a fait un choix plutôt radical : se passer de site de production propre. Ne pas posséder d’usine est pour Eugenio une grande liberté. « Tout ce que nous produisons est externalisé, mais les moules nous appartiennent, explique-t-il. Décider de produire de la sorte nous donne finalement la liberté d’explorer toutes les pistes que nous souhaitons, de produire ce qui nous semble le mieux, sans nous trouver prisonniers d’une technologie. Nous avons bâti avec les années un réseau très fort de partenaires, sur lesquels nous nous appuyons. En quarante-deux années de travail dans le design, la réputation de Magis a atteint un très haut niveau. J’ai entre les mains les clés de cette entreprise qui ouvrent les portes d’usines importantes. »

Chaise longue Traffic de Konstantin Grcic (2013), avec structure en fil d’acier et revêtement en cuir.
Chaise longue Traffic de Konstantin Grcic (2013), avec structure en fil d’acier et revêtement en cuir. DR

Pour autant, le processus de création est long. « De l’idée à la production, trois années s’écoulent au minimum. Car on cherche et on cherche encore quelle sera la piste la plus intéressante pour exprimer notre idée, le matériau, la méthode de fabrication les plus appropriés. Il n’est pas question de confondre exercice de style et design, indique le dirigeant. Il est difficile de développer un nouveau design, il ne faut pas se tromper. C’est quelque chose de fantastique lorsqu’on y parvient, comme cela a été le cas en travaillant le fer forgé, par exemple. Ou la fonte, avec la collection « Brut” de Konstantin Grcic, qui nous a permis de réinventer un langage moderne et contemporain avec un matériau solide, robuste. »

Table de la collection « Officina », en fer forgé galvanisé et verni en polyester, des frères Bouroullec (2015)
Table de la collection « Officina », en fer forgé galvanisé et verni en polyester, des frères Bouroullec (2015) DR

Dans ce processus créatif, la direction est donnée par l’entreprise, qui recherche alors le bon interlocuteur à qui confier le cahier des charges, le designer qui saura mettre son vocabulaire au service du projet. « Tout est une question de dialogue, poursuit Eugenio Perazza. C’est comme une conversation ping-pong entre l’entreprise et le designer. Magis vit dans une sorte de symbiose avec ses designers stratégiques, comme Konstantin Grcic ou Ronan Bouroullec, ce qui signifie que l’un ne peut exister sans l’autre, et vice versa. Il est évident pour les deux parties que le projet de design est une collaboration-compétition, ce que j’appellerais une “coopétition”, une convergence d’idées différentes. C’est grâce à cela que nous pouvons atteindre de bons résultats. »

Rocking-chair Voido de Ron Arad (2006).
Rocking-chair Voido de Ron Arad (2006). Magis

Le dernier salon de Milan a été l’occasion de vérifier que la créativité est toujours de mise chez Magis. Exemple avec la chaise Plato de Jasper Morrison : « Après trois ou quatre ans d’absence, Jasper revient chez Magis et c’est pour moi un grand plaisir, car c’est un ami. Sa chaise est réalisée en aluminium injecté, dans un langage à la fois simple et classique », reprend Eugenio Perazza. Magis y a également présenté le fruit de l’accord de collaboration avec la finlandaise Iittala, célèbre notamment pour les vases d’Alvar Aalto.

Chaise Plato de Jasper Morrison (Magis, 2018).
Chaise Plato de Jasper Morrison (Magis, 2018). Magis

Après une longue période de mise au point, les deux entreprises ont ainsi exposé cinq versions des oiseaux d’Oiva Toikka. Mais, en lieu et place du verre soufflé, Magis les a imaginés dans une matière plastique propre à la société, réalisés par rotomoulage, avec un rendu très proche du verre. Les oiseaux de Toikka prennent ainsi un nouvel envol et se font lampes dans une collection baptisée « Linnut ».

Collection Linnut (Magis/Iittala, 20181).
Collection Linnut (Magis/Iittala, 20181). Magis

« Cette collaboration est extrêmement intéressante, et très ouverte au niveau du design comme de la distribution, confie Eugenio Perazza. Nous avons réalisé les moules et apportons la technologie. Dans la continuité, nous avons en projet de réaliser le vase d’Alvar Aalto en grande dimension. » Et ce n’est pas fini. Eugenio Perazza annonce pour 2019 « des projets qui vont étonner le monde du design. Depuis plus de deux ans, nous suivons des pistes très intéressantes sur des matériaux qui vont nous permettre d’apporter un langage innovant dans le mobilier. Nous présenterons cette collection en collaboration avec Jean Nouvel. »

En 2016, Jaime Hayón signait la chaise Milà, témoin de la démarche d’exploration de la matière et de la forme de Magis.
En 2016, Jaime Hayón signait la chaise Milà, témoin de la démarche d’exploration de la matière et de la forme de Magis. DR

Jasper Morrison, Konstantin Grcic et Ronan et Erwan Bouroullec devraient également être de la partie. Et, puisqu’il aime repérer et accompagner les jeunes talents, Eugenio Perazza en accueillera de nouveaux, en 2020, au sein de son écurie. Rien de bien étonnant pour une entreprise dont le nom en latin signifie « plus ».

Les Puppy d’Eero Aarnio, best-seller de la collection enfants de Magis (2005).
Les Puppy d’Eero Aarnio, best-seller de la collection enfants de Magis (2005).

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