Guide : Milan, capitale européenne de l’architecture contemporaine

Milan détrônera-t-elle Londres ? Depuis dix ans, la cité lombarde redéfinit son urbanisme à coup de chantiers gigantesques et n’hésite pas à chambouler voire créer de nouveaux quartiers. Visite guidée par deux de ses auteurs, les architectes Patricia Viel et Cino Zucchi, qui œuvrent au bouillonnement de ce moteur de l’Europe de demain...

Zaha Hadid vs Rem Koolhaas… Inutile de partir à Dubaï ou en Chine pour voir les starchitectes se défier par immeubles interposés. À Milan, lors du dernier Salon du meuble, les deux studios ont présenté le même jour leurs nouveaux projets pour la cité lombarde. Dans le sud-est de la ville, dans le quartier de Porta Romana, l’agence OMA de Rem Koolhaas a parachevé son travail à la Fondazione Prada en inaugurant le 20 avril dernier la Torre, une tour de 9 étages et 60 mètres de haut, en béton blanc et en verre, que l’on gravit grâce à un ascenseur panoramique. Au dernier étage, un incontournable rooftop offre une vue à 360° sur les toits milanais. En plissant les yeux, on aperçoit de l’autre côté de la ville, dans la diagonale, un immense bâtiment en torsion : la tour Hadid ou tour Generali.

La Fondazione Prada et sa toute nouvelle tour signée Rem Koolhaas.
La Fondazione Prada et sa toute nouvelle tour signée Rem Koolhaas. bas princen

Dans le nord-ouest de la ville, une poignée d’invités pouvait s’assurer de l’avancement de cette tour, la nouvelle star du quartier CityLife signée Zaha Hadid. En attendant son inauguration définitive dans deux ans, elle est déjà un emblème en puissance de la ville et accueillera dès le mois de juillet plus de 3 000 employés de l’assureur italien. Avec ses 44 étages (170 m de haut) et sa torsion hélicoïdale, signature de l’architecte en version minimaliste, elle semble avoir détrôné la Fondazione Prada au sommet du panthéon de l’architecture milanaise. Cette torsion particulière, qui se réduit en hauteur jusqu’à finir en tour purement verticale aux derniers étages, est liée au souci de s’inscrire dans le patrimoine de la ville. Cette coquetterie architecturale permet en fait de conserver l’alignement avec les axes principaux tels que le Dôme de Milan. Dernier chantier en date d’une ville qui n’en finit pas de se réinventer, CityLife, avec ses trois buildings, modifiera sans conteste la skyline de Milan.

Tour Generali de Zaha Hadid à Milan (2018).
Tour Generali de Zaha Hadid à Milan (2018). Gianni Basso / Vega MG

C’est sur le site des anciens halls d’exposition de la Fiera (tous détruits à l’exception d’un témoin de ce passé qui va être reconverti en espace culturel) que se dresse ce nouveau quartier, un rectangle de 366 000 m2, dont les trois bâtiments centraux sont donc signés Zaha Hadid, Arata Isozaki et Daniel Libeskind. La torsion qui caractérise la tour Generali lui a valu le surnom de « lo Storto » (le Tordu), tandis que celle d’Isozaki a été rebaptisée « il Dritto » (le droit) et celle de Libeskind « il Cuirvo » (l’incurvé). Ces trois sœurs encerclent par un effet de mise en abyme « Tre Torri », la place principale, et composent un quartier de shopping et d’affaires qui compte du point de vue économique, mais surtout, on le conçoit aisément, en matière architecturale.

Dans le nouveau quartier de CityLife, les Tre Torri des starchitectes seront achevées d’ici 2020…
Dans le nouveau quartier de CityLife, les Tre Torri des starchitectes seront achevées d’ici 2020…

La tour dessinée par Arata Isozaki et Andrea Maffei est en effet le plus haut bâtiment d’Italie avec des mensurations hors du commun : 209 mètres de haut, 50 étages et plus de 50 000 m2. Déjà livrée, elle accueille le siège de l’assureur Allianz et s’inspire de la colonne sans fin de Brancusi. Il s’agit d’une tour en verre dont la façade est composée de huit sections légèrement bombées à l’horizontale qui viennent la cadencer. Deuxième dans l’ordre de naissance, la tour qui vrille de Zaha Hadid donne sur une place centrale creusée en contrebas, qui est aussi le départ d’une longue galerie commerciale en extérieur, dessinée par l’agence italienne One Works. La tour Libeskind (175 mètres, 28 étages), dont les travaux ont démarré récemment, complète cet ensemble et ressemblera, elle, à une voile de bateau dans laquelle le vent s’engouffre légèrement. Elle devrait être achevée dans deux ans. L’architecte américain a livré, il y a cinq ans, dans le sud du quartier, cinq immeubles d’habitation aux lignes incurvées et aux façades tantôt convexes, tantôt concaves qui semblent danser. Ils côtoient sept immeubles de Zaha Hadid (livrés en 2014) aux lignes plutôt sages, bien que formellement reconnaissables, et dotés de terrasses avec vue sur le CityLife Park (173 000 m2). Il s’agit du deuxième plus grand parc de la ville et, surtout, du premier nouveau parc milanais depuis le XIXe siècle. Amorcé en 2004, ce quartier destiné aux piétons plutôt qu’à l’automobile offre un signe visible de mutation.

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