Bernar Venet se dédouble entre Nice et Lyon (et sans hologramme !)

Avec deux rétrospectives, à Nice et à Lyon, impossible de passer à côté du plus américain des plasticiens français cet automne. Une belle occasion de (re)découvrir sa « ligne » directrice, objet de ses recherches mathématiques et artistiques, conceptuelles et concrètes, depuis les années 60.

«Je préférerais n’obtenir aucune reconnaissance de mon vivant, mais être au musée du Louvre dans deux siècles », lâche Bernar Venet paraphrasant Cézanne. Pourtant, c’est bien un double hommage qui honore le plasticien français cet automne, au MAMAC de Nice d’une part et au MAC de Lyon d’autre part.

Arrivé à New York en 1966, grâce au peintre et sculpteur niçois Arman, qui l’accueille dans son atelier, il fréquente à l’époque Donald Judd, Sol LeWitt et Frank Stella, les futures stars du minimalisme. Après la découverte de la collection de Jean et Howard Lipman, au Whitney Museum, qui provoque en lui « un choc énorme », il décide de réaliser des tubes : « Conscient qu’ils sont trop petits pour être exposés dans un musée, j’ai l’idée d’en faire un dessin technique. À mes yeux, il devient beaucoup plus important que l’objet. »

« Effondrement, huit lignes indéterminées » (2009).
« Effondrement, huit lignes indéterminées » (2009). Sylvie Leonard

C’est ainsi que loin du Nouveau réalisme, qui domine le marché de l’art en France, Bernar Venet s’engage dans une voie inexplorée, ni figurative ni abstraite, mais influencée par les textes du cartographe Jacques Bertin, pionnier de la sémiologie graphique : l’ensemble des règles qui régissent la construction d’un système de signes ou le langage permettant la traduction graphique d’une information. Mais l’artiste est rebelle : « Pas question que mon travail soit apprécié ; c’est uniquement en sachant qu’on ne vendra rien qu’on peut prendre tous les risques. » Il multiplie les supports : coulées de goudron, cartons, déchets, performances…

Vue de l’exposition à la Kunsthalle de Budapest (2012).
Vue de l’exposition à la Kunsthalle de Budapest (2012). Gyorgy Darabos

Autant de médiums qui seront présentés à Lyon, à travers plus de 170 œuvres retraçant cinquante-neuf ans de création (de 1959 à nos jours), tandis qu’à Nice sera évoquée sa période conceptuelle (1966-1976), qui aboutit à un arrêt total de sa production : « J’ai pris conscience que l’objectivité n’existait pas. J’ai donc cessé de créer pour me documenter sur des domaines, a priori extérieurs au domaine artistique, comme les mathématiques, mais qui, tout compte fait, l’ont enrichi. » Cette décennie studieuse sera le point de départ d’une pratique pluridisciplinaire nourrie d’œuvres sonores et poétiques, de peintures sur châssis, de lignes indéterminées, d’arcs monumentaux en acier Corten et d’« effondrements ».

Bernar Venet en juillet 1967.
Bernar Venet en juillet 1967. dr-archives-bernar-venet new york

> « Bernar Venet, rétrospective 2019-1959 ».
Au MAC Lyon, du 21 septembre au 6 janvier.
Mac-lyon.com

> « Bernar Venet, les années conceptuelles. 1966-1976 ».
Au MAMAC, à Nice, du 13 octobre au 13 janvier.
Mamac-nice.org

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