Ministère de la Culture / Médiathèque de l’architecture et du patrimoine / Dist. RMN-GP © Donation Daniel Boudinet

Au Jeu de Paume Tours, Daniel Boudinet capture la couleur

L’œuvre méconnue du photographe français Daniel Boudinet (1945-1990) se révèle au Jeu de paume, à Tours, grâce à un ensemble de tirages qui retrace une création fulgurante largement vouée à la couleur.

Le parcours chronologique de l’exposition débute par un immense autoportrait de Daniel Boudinet datant de 1986, qui convoque l’attachement du photographe à la peinture et au tirage. On y voit, en effet, l’agrandisseur avec lequel il réalisait, depuis ses débuts, tous ses tirages.

« Autoportrait à l’agrandisseur » (1986).
« Autoportrait à l’agrandisseur » (1986). Ministère de la Culture / Médiathèque de l’architecture et du patrimoine / Dist. RMN-GP © Donation Daniel Boudinet

Le jeune homme, curieux de tout, s’était installé à Paris à la fin de son adolescence, après avoir passé sa jeunesse à Chamonix. Autodidacte et avenant, il rencontre les auteurs de son époque : Simone de Beauvoir, Serge Rezvani, Nathalie Sarraute ou Roland Barthes, avec lequel il noue une amitié fidèle. Ses premiers travaux présentent les portraits d’acteurs du monde du cinéma et de la littérature, pour évoluer vers des images d’architecture.

« Karl Lagerfeld » (1975).
« Karl Lagerfeld » (1975). Ministère de la Culture / Médiathèque de l’architecture et du patrimoine / Dist. RMN-GP © Donation Daniel Boudinet

« L’architecture m’a toujours fasciné. C’est une chose stable, évidemment, dans laquelle je ne désirais pas faire intervenir autre chose que la lumière. C’est pour cela que mes photos ont peu d’intervention humaine. Mes personnages, je les fais ailleurs, dans le portrait. C’est en quelque sorte une réaction d’austérité, un désir d’épurer les images. » Daniel Boudinet

« Route et carrefour » (1977).
« Route et carrefour » (1977). Ministère de la Culture / Médiathèque de l’architecture et du patrimoine / Dist. RMN-GP © Donation Daniel Boudinet

Les 120 tirages, originaux ou contemporains, subtilement exposés dans les espaces du château de Tours, illustrent l’évolution de l’esthétique de Boudinet en fonction des sujets, jouant sur les contrastes ainsi qu’avec la dimension des photos. Son attention particulière pour la réalisation de passe-partout comme pour les très lents temps de pose, nécessaires aux sublimes vues de rues nocturnes, figure son rapport au temps.

« Place du Trocadéro », juillet 1978.
« Place du Trocadéro », juillet 1978. Ministère de la Culture / Médiathèque de l’architecture et du patrimoine / Dist. RMN-GP © Donation Daniel Boudinet

Durant sa courte période de création, il participa aux enjeux propres au médium dans les années 70 grâce, notamment, à l’usage du Polaroid, habituellement dévolu à la mode. Par ses recherches sur la lumière, les cadrages et les formats novateurs, Daniel Boudinet a fortement contribué à légitimer la couleur tout en se démarquant des grands coloristes américains d’alors. Par le silence qu’elles inspirent, ces photographies diurnes et nocturnes de jardins, ponts et rues expriment un langage d’une grande maîtrise.

« Crique », 1987.
« Crique », 1987. Ministère de la Culture / Médiathèque de l’architecture et du patrimoine / Dist. RMN-GP © Donation Daniel Boudinet

> « Daniel Boudinet – Le temps de la couleur », une exposition du Jeu de Paume – hors les murs, au château de Tours. 25, avenue André Malraux, 37000 Tours. 

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