Focus : Les tapis planants de Jan Kath

Griffe allemande de tapis contemporains haut de gamme tissés artisanalement en Asie, Jan Kath a présenté ses dernières créations dans l’ambiance intimiste de la Galerie Sors, à Paris. Un voyage à travers le XVIe siècle… et le cosmos.

Motifs graphiques ou abstraits, ciels orageux, visions cosmiques, dessins orientaux revisités XXIe siècle, formes irrégulières et impressions délavées comme si elles étaient marquées par l’infinitude et l’usure du temps… Les tapis Jan Kath sont avant tout des émotions tissées. C’est ce qu’exprime la dernière collection, « The Ancients of Tomorrow » avec la gamme « Polonaise », hommage à une mode textile créée au XVIe siècle, à la cour d’Ispahan, qui séduisit la cour polonaise, d’où son nom (univoque). Jan Kath s’en est aujourd’hui inspiré pour créer ses tissages en estompant les couleurs et en opérant des finitions à l’ancienne.

Modèle de la gamme « Polonaise ».
Modèle de la gamme « Polonaise ». © Dimo Feldmann

Autre ligne phare, « Erased Heritage », inspirée de dessins perses, ou encore « Spacecrafted », reproduisant des photos du cosmos prises par le télescope spatial Hubble. « Mon travail est avant tout très visuel, explique le créateur et patron de la société qui porte son nom. La plupart des collections naissent d’une combinaison entre des modèles XVIIIe et un dessin contemporain. Comme si deux trames se superposaient. » Aujourd’hui, son entreprise emploie 2 000 personnes dans le monde, essentiellement en Inde, au Népal, au Maroc et en Turquie, pays où la technique du nouage à la main est une tradition artisanale séculaire.

Collection « Erased Heritage », modèle « Tabriz Canal Aerial ».
Collection « Erased Heritage », modèle « Tabriz Canal Aerial ». © Dimo Feldmann

Si une dizaine d’artisans en moyenne travaille à la conception d’un tapis, la fabrication reste, sinon empirique, du moins soumise aux aléas des techniques, des dimensions et des dessins. Et sur ces points, l’exigence est la même, qu’il s’agisse de séries, d’éditions limitées ou de pièces uniques (la maison a réalisé le tapis de cérémonie rouge du mariage du prince Albert de Monaco, un tufté main de 103 mètres de long…). Même souci du détail pour les commandes particulières, d’après photo, dessin ou peinture. Et tous ces types de production dans des délais relativement courts : trois ou quatre mois de travail pour un tapis de 250 x 300 cm ; cinq ou six mois pour une commande spéciale.

Collection « Erased Heritage », modèle « Tabriz Canal Stomped ».
Collection « Erased Heritage », modèle « Tabriz Canal Stomped ». © Dimo Feldmann

Venant des hauts plateaux tibétains, les laines sont lavées dans la rivière, peignées et filées à la main, puis teintes avec des pigments naturels testés en Suisse. À ces laines douces comme une caresse sont parfois mêlés des fils de soie et des fibres d’ortie, afin de créer des tissages jouant avec la lumière, dans une palette chromatique de plus de 1 200 coloris. Mais si la fabrication se fait à l’autre bout du monde, la création, elle, reste bien européenne, dans le centre Jan Kath Design, un loft de 1 300 m2 situé dans une ancienne usine à Bochum-Ehrenfeld, dans la Ruhr.

Collection « Erased Heritage », modèle « Serapi Westminter Pleasure ».
Collection « Erased Heritage », modèle « Serapi Westminter Pleasure ». © Dimo Feldmann

Jan Kath partage donc sa vie entre l’Allemagne et le Népal. Il parle d’ailleurs le népalais couramment. « Je me sens très redevable envers Katmandou et ce pays avec lesquels j’entretiens depuis le début une grande histoire d’amour, dit-il. Mais je dois également beaucoup à mon père Martin, qui était un grand spécialiste du tapis ancien et voyageait déjà régulièrement en Iran et au Népal. Il a été mon professeur. C’est de lui que je tiens cette passion. »

Collection « Spacecrafted », modèle « Space 2 ».
Collection « Spacecrafted », modèle « Space 2 ». © Dimo Feldmann

La première boutique voit le jour à Berlin, en 2011. Une seconde ouvre à Stuttgart en 2012 et une troisième à Hambourg, en 2013 (un showroom construit sur des catacombes et où les tapis sont présentés sur des murs de six mètres de hauteur). Suivirent Chelsea, à New York, en 2014, Vancouver, Miami… Soit onze showrooms en tout avec Cologne, Bochum et, en France, avec l’ouverture récente d’un nouveau studio de création sur la Côte d’Azur, à Beaulieu-sur-Mer.

Modèle de la gamme « Polonaise ».
Modèle de la gamme « Polonaise ». © Dimo Feldmann

L’autre grand atout de la marque, qui exporte 70 % de sa production, est de ne pas être restrictive dans sa politique de production et de diffusion, mais, au contraire, de multiplier les partenariats afin d’être visible aussi bien dans des enseignes en nom propre que dans des points de vente partenaires, telle la Galerie Sors, à Paris. « Les politiques commerciales divergent selon les pays, reprend Jan Kath, et les partenariats avec des galeries ou des showrooms sont de plus en plus importants. La Galerie Sors est un espace en étage, sans visibilité sur la rue. Mais son côté appartement privé offre de meilleures approche et compréhension du produit. Et, curieusement, ce n’est pas forcément un handicap d’être difficile à trouver… »

> Jan Kath Studio. 12, rue Paul-Doumer, villa-galerie Les Buissonnets, 06310 Beaulieu-sur-Mer. Tél. : 09 53 49 03 35. Jan-kath.de

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