Architecture : Comment la « French touch » s’exporte dans le monde entier

C’est le rêve de nombreux architectes français : laisser leur empreinte hors de nos frontières. Sans surprise, les signatures renommées y parviennent tandis que l’objectif reste dur à atteindre pour les autres. De Kigali à Pékin, tour d’horizon des réalisations de ceux qui ont su exporter leur savoir-faire.

Nos architectes français ont du talent, mais construire à l’étranger demeure un objectif difficile à concrétiser. Sortir des habitudes régionales et nationales pour se confronter à d’autres cultures, à d’autres systèmes et gagner en visibilité : nombreux sont ceux qui rêvent d’exporter leur savoir-faire au-delà des frontières hexagonales. Il y a bien sûr Jean Nouvel, qui pourrait à lui seul remplir ce portfolio. Mais, au-delà du cercle très fermé de nos starchitectes françaises, peu nombreux sont ceux qui y parviennent. Quand les aînés bénéficient de commandes directes, les jeunes agences tentent leur chance via des concours ouverts à tous, parfois avec succès.

Créée en 1996, l’association AFEX (Architectes français à l’export) accompagne les architectes dans leurs envies d’ailleurs. En mutualisant les expériences, elle œuvre à promouvoir leur talent mais aussi les aider dans les négociations contractuelles. À la Biennale d’architecture de Venise, l’association remet tous les deux ans un prix récompensant les meilleures réalisations de nos compatriotes à l’étranger. Le musée Yves Saint Laurent de Marrakech, signé Studio KO, l’a emporté cette année. Pas de quoi crier victoire cependant. Nos Frenchies restent peu armés pour faire face à la concurrence internationale. Leur meilleur argument ? La fameuse culture française, cette French touch qui jouit ­encore d’une belle réputation partout dans le monde.


1/Jean Nouvel à Rijswijk (Pays-Bas) 
L’Office européen des brevets (OEB) s’est offert les services de Jean Nouvel pour réaliser son nouveau siège à Rijswijk, à quelques kilomètres au sud de La Haye. Associé à l’agence locale Dam & Partners Architecten, le Français a imaginé un édifice qui dialogue avec l’univers portuaire où il est implanté : « Ce bâtiment est serein, calme, rien ne saurait l’atteindre, il appartient au ciel. Il en prend la couleur par les verres clairs légèrement miroitants de ses façades et l’acier inoxydable des lignes horizontales qui le rythment. » Quelque 2 000 personnes travaillent dans ce « navire amiral d’une échelle et d’une proportion nobles (107 mètres de haut et 150 mètres de long, NDLR), d’une matérialité troublante et d’une abstraction géométrique totale ».

L’Office européen des brevets à Rijswijk
L’Office européen des brevets à Rijswijk DR

2/ Studio KO à Marrakech
Le Studio KO (Karl Fournier et Olivier Marty) a beaucoup fait parler de lui en livrant un projet très médiatisé : le musée Yves Saint Laurent de Marrakech. Édifié à deux pas du jardin Majorelle, le bâtiment rend hommage à l’œuvre du célèbre couturier, disparu en 2008. Il trouve sa matérialité dans la brique, mise en œuvre de manière sophistiquée, captant la lumière et créant des effets de textures. Ce manteau rouge habille une structure en béton armé qui répond aux règles sismiques en vigueur dans la région. L’ouvrage a reçu le Grand Prix AFEX 2018, lequel a été remis lors de l’ouverture de la 16e Biennale d’architecture de Venise en mai.

Musée Yves Saint Laurent à Marrakech.
Musée Yves Saint Laurent à Marrakech. Dan Glasser

3/ Nathanaël Dorent à Dumfries (Ecosse)
Dans le sud de l’Écosse, Nathanaël Dorent et Lily Jencks ont conçu une maison privée qui mêle avec talent et subtilité vieilles pierres et architecture contemporaine. Point de départ du projet : une ancienne ferme en ruine sur un terrain offrant des vues à couper le souffle. La nouvelle construction, revêtue d’un caoutchouc isolant noir, se glisse entre les pans de murs restants, qui ont été conservés par les architectes. À l’intérieur, des formes organiques blanches et des courbes douces créent la surprise. De grandes baies cadrent le paysage qui fait corps avec la maison. Une réalisation d’échelle modeste qui leur a néanmoins valu une belle médiatisation.

Maison privée à Dumfries.
Maison privée à Dumfries. Sergio Pirrone

4/ Dominique Perrault à Naples
Celui qui a signé la bibliothèque François-Mitterrand à Paris s’est très rapidement tourné vers l’étranger. Avec succès, puisqu’il est un des rares architectes à construire régulièrement hors de France. À Naples, il a réaménagé la place Garibaldi, repensant les accès aux différents modes de transport, réorganisant les flux et créant une galerie commerciale. Fil conducteur du projet : la lumière naturelle, que Dominique Perrault fait pénétrer jusque dans les tréfonds de la gare, à plus de 40 mètres sous terre. Une galerie couverte de grands arbres métalliques et d’une toiture triangulée fera face à une vaste place végétalisée : un dispositif clair qui réveille et structure un lieu stratégique pour la ville et dont l’achèvement total est prévu pour l’an prochain

La place Garibaldi à Naples.
La place Garibaldi à Naples. DR

5/ Jean-Michel Wilmotte à Séoul
Depuis plusieurs années, Séoul ne cache pas son attrait pour les architectes occidentaux. Le terminal 2 de l’aéroport international d’Incheon, édifié sur une île artificielle de la mer Jaune, vient d’être inauguré dans la capitale coréenne. Objectif : accueillir 72 millions de voyageurs par an. Jean-Michel Wilmotte s’y est vu confier la vaste mission de direction artistique pour les 380 000 m2 d’espaces publics : circulations avec jardins et cours d’eau intérieurs, lieux d’exposition, salons, hôtel, espaces de vente… Il a également conçu les luminaires et du mobilier spécifiquement pour le projet.

Terminal 2 de l’aéroport international d’Inchéon à Séoul.
Terminal 2 de l’aéroport international d’Inchéon à Séoul. DR

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