Visite guidée de SP-Arte, la 33e biennale de São Paulo

Mégapole enchevêtrée entre buildings modernistes et végétation tropicale, la capitale économique du Brésil est imprévisible, et l’art contemporain y est effervescent. Naviguant entre le passé et le futur, la Biennale de São Paulo est le moment idéal pour partir à sa découverte, du 7 septembre au 9 décembre.

À São Paulo, l’art est partout et la scène contemporaine y fleurit selon ses propres règles. Les architectures modernes et les élégants hôtels et restaurants vintage cohabitent avec la jungle urbaine. Actuellement, le marché de l’art du pays, qui repose essentiellement sur les productions de la seconde moitié du XXe siècle, se renouvelle après l’engouement mondial pour l’art contemporain brésilien porté par des artistes comme Ernesto Neto et Vik Muniz. Le succès auprès du public latino-américain de la dernière édition de la foire SP-Arte, qui réunit art moderne, art contemporain et design depuis 2005, y contribue. L’influence de galeries comme Bergamin & Gomide ou Mendes Wood DM (nouvelles participantes à la FIAC à Paris), l’ouverture de collections d’art privées et le lancement d’événements tels qu’Art Weekend (inspiré des Gallery Weekend berlinoises) y participent activement.

« A Collection of Sixty Drawings » (1988-91) de l’artiste américain Allan McCollum, à découvrir à la galerie Luciana Brito.
« A Collection of Sixty Drawings » (1988-91) de l’artiste américain Allan McCollum, à découvrir à la galerie Luciana Brito. Fran Parente

Mélange de frénésie et de douceur de vivre, São Paulo combine, pour les amateurs d’art comme pour les curieux, une offre haut de gamme, orientée vers l’international grâce aux galeries (Luciana Brito, Nara Roesler, Vermelho), et présentée dans des lieux culturels nouveaux et spectaculaires comme l’Instituto Moreira Salles ou la Japan House, laquelle a été dessinée par Kengo Kuma. « São Paulo regroupe la plupart des institutions de référence au Brésil, explique Gabriel Pérez­-Barreiro, commissaire de la 33e Biennale internationale d’art de São Paulo. Il y a des scènes artistiques dynamiques à Rio de Janeiro, Porto Alegre et Belo Horizonte, mais São Paulo est incontestablement un atout pour la promotion de l’art en Amérique du Sud et dans le monde. »

« As Close as We Can Get » (2017), de la série « Shadows » d’Iván Argote, artiste colombien installé à Paris, soutenu par la galerie Perrotin en France et par la galerie Vermelho (São Paulo) au Brésil.
« As Close as We Can Get » (2017), de la série « Shadows » d’Iván Argote, artiste colombien installé à Paris, soutenu par la galerie Perrotin en France et par la galerie Vermelho (São Paulo) au Brésil. Fran Parente

C’est pourtant dans un contexte politique instable que s’ouvre cette nouvelle édition – sur fond d’affaires d’État, de corruption, voire de censure –, les élections présidentielles ayant lieu un mois avant son inauguration. Pour évoquer la situation, le curateur Gabriel Pérez-Barreiro, réputé pour son approche à la fois didactique et expérimentale de la création latino-américaine (commissariat de la Biennale du Mercosul à Porto Alegre ; direction de la collection Cisneros à Caracas et à New York) expose des artistes historiques, qui ont travaillé en marge de l’oppression des régimes totalitaires, aux côtés de contemporains, des créateurs qui explorent aussi bien la culture traditionnelle indigène que des sujets liés aux désastres environnementaux, « pour que la biennale s’adresse tout autant aux spécialistes qu’aux néophytes », résume-t-il.

Implantée sur l’immense avenue Paulista, la Japan House, dessinée récemment par Kengo Kuma, présente le meilleur des savoir-faire du Japon (arts, design, gastronomie) aux Brésiliens et à l’importante communauté nippone de São Paulo.
Implantée sur l’immense avenue Paulista, la Japan House, dessinée récemment par Kengo Kuma, présente le meilleur des savoir-faire du Japon (arts, design, gastronomie) aux Brésiliens et à l’importante communauté nippone de São Paulo. Fran Parente

À l’inverse d’une simple exposition thématique, la Biennale de São Paulo invite pour la première fois des créateurs latino­-américains et étrangers à participer à la conception même de l’événement. Pour ce rendez-vous international, douze expositions ainsi que sept solo shows sont donc à découvrir au pavillon Ciccillo Matarazzo, conçu par Oscar Niemeyer dans le parc architectural d’Ibirapuera. Ici, c’est la découverte et le multiculturalisme qui sont avant tout célébrés, au-delà des styles et des époques.

Le pavillon Ciccillo Matarazzo, construit entre 1951 et 1954 selon les plans d’Oscar Niemeyer.
Le pavillon Ciccillo Matarazzo, construit entre 1951 et 1954 selon les plans d’Oscar Niemeyer. Fran Parente

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