Paris-Photo 2018 : 6 artistes à voir au Grand Palais

Sur les 29 solo shows présentés cette année au Grand Palais pour la 22e édition de la foire parisienne, IDEAT en a choisi six avec, parmi eux, trois redécouvertes. Ces mini-rétrospectives autour d’un artiste marquent l’aboutissement d’un travail, consacrent une période ou une série et sont l’occasion de (re)voir des ensembles conséquents.

1/ Les regards de Barbara Probst
Née en 1964, Barbara Probst s’intéresse au moment photographique : en quoi est-il constitutif d’une histoire présente et de situations passées ? À l’aide d’appareils posés en divers endroits et d’un dispositif radio déclenchant les prises, elle reconstituait déjà différents points de vue de scènes banales dans la série « Exposure #55 : Munich », entre autres. Avec « Exposure #123 », sa nouvelle série réalisée au Silver Sands Motel (État de New York), elle reprend ce dispositif en utilisant cette fois un mélange d’images en couleurs et en noir et blanc, d’intérieurs et d’extérieurs. Sous forme de diptyques ou de triptyques, les clichés de Barbara Probst jouent de cette multiplicité, offrant ses sujets sous des angles variés. Le jeu des regards amuse beaucoup la créatrice… et nous avec.
> Galerie Kuckei + Kuckei, Linienstrasse 158, 10115 Berlin, Allemagne.

Exposure #123.4, Greenport, N.Y., Silversands Motel, 1400 Silvermere Road, 04.03.17, 3:32 pm (2017).
Exposure #123.4, Greenport, N.Y., Silversands Motel, 1400 Silvermere Road, 04.03.17, 3:32 pm (2017). Barbara Probst

2/ Shanghai by Erwin Olaf
À la faveur d’une invitation lancée par la Galerie Magda Danysz en Chine, Erwin Olaf a réalisé un ensemble inspiré du Shanghai des années 20. La quinzaine de tirages de cette série, son deuxième opus sur les grandes capitales après Berlin, évoque l’univers de jeunes adultes dans une mégalopole en pleine mutation. Avec un style immédiatement reconnaissable où des femmes ultrachics et des hommes au corps tatoué semblent plongés dans de sombres pensées, le photographe néerlandais continue d’alterner commandes et travaux personnels avec brio. Particulièrement soucieux de la qualité de ses mises en scène, Erwin Olaf l’est tout autant dans la production de ses tirages. Par les lumières utilisées dans des variations de teintes chaudes, l’ensemble illustre avec une distance de surface l’anonymat qui règne dans les cités modernes.
> Galerie Magda Danysz, 78, rue Amelot, 75011 Paris.

Shanghai 1933, The letter (2017).
Shanghai 1933, The letter (2017). Erwin Olaf

3/ Le diabolique Guy Bourdin
Il a véritablement révolutionné la photographie de mode, par ses cadrages, ses sujets sulfureux et ses couleurs saturées. Homme discret, Guy Bourdin (1928-1991) n’hésita pas à solliciter Man Ray, qu’il admirait, pour rencontrer Edmonde Charles-Roux, alors rédactrice en chef de Vogue, avec qui il a collaboré pendant trente ans. Il fut plus provocateur que Helmut Newton dans la manière qu’il avait de jeter le trouble dans chacune de ses images. Pour lui, le nu n’était pas une fin en soi. La notion de double jeu, l’ajout de photographies dans la photographie, de corps « coupés » furent très souvent objets de recherche et de désir. La sélection de tirages en noir et blanc exposés sur le stand renvoie à cette histoire du médium dans les années 70 et 80 avec ses excès, son côté chic et subversif. On s’y replonge avec délice.
> Louise Alexander Gallery, Via Aga Khan 1, 07021 Porto Cervo (Sardaigne), Italie.

Chanel Premiere (1987) © The Guy Bourdin Estate.
Chanel Premiere (1987) © The Guy Bourdin Estate. Guy Bourdin

4/ Le maître Ralph Gibson
Parmi les figures de la photographie américaine contemporaine, Ralph Gibson reste celui qui a marqué l’histoire du noir et blanc par son approche minimaliste. Assistant de Robert Frank à ses débuts, il a vécu la bohème à New York dans sa chambre du Chelsea Hotel. En 1967, il réalise un magnifique portrait de sa fiancée de l’époque, son talentueux alter ego Mary Ellen Mark avec, au premier plan, leurs mains enlacées. Ralph Gibson, né en 1939 à Los Angeles, sait très tôt qu’il ne veut pas faire de photographie commerciale. Il tient sa ligne et publie un livre en 1970, The Somnambulist. Grand maître du nu, il va diriger de nombreux stages dans les festivals à travers le monde. Aux côtés des nus iconiques, des images plus abstraites composent une belle présentation.
> Paci Contemporary, Via Trieste 48, 25121 Brescia, Italie.

Mary Hellen hand, (1967).
Mary Hellen hand, (1967). Ralph Gibson

5/ Les compositions de Jan Groover
C’était une photographe passionnée par l’analyse du mouvement de Muybridge (1830-1904), qu’elle collectionnait et dont elle adoptait l’aspect séquentiel dans son travail. Née dans le New Jersey, Jan Groover (1943-2012) s’est d’abord formée à la peinture avant d’acheter son premier appareil en 1967. Celle qui a appliqué à la photographie des idées conceptuelles avec ses clichés de voitures et de camions a inauguré ses célèbres natures mortes en 1978. On se réjouit de revoir ses tirages d’époque en noir et blanc sur le stand de la galerie berlinoise, avec leurs cadrages serrés où bras et jambes créent des mises en scène baroques. Ou encore cette superbe nature morte où chaque objet trouve une place bien définie. Tout est contrôlé chez Jan Groover, sa photographie étant un art de la composition.
> Klemm’s, Prinzessinnenstrasse 29, 10969 Berlin, Allemagne.

Untitled (0647), (1980).
Untitled (0647), (1980). Jan Groover

6/ Michel Journiac et l’action photographique
Père de l’art corporel en France, Michel Journiac (1935-1995) est une figure majeure de la scène artistique des années 70 et 80. C’est par la photographie qu’il a conservé les traces de ses performances faisant revivre le corps. Parcours atypique pour cet ancien séminariste qui fut d’abord poète, peintre, artiste puis enseignant au centre Saint-Charles, à Paris. Il s’interrogea très tôt sur les jeux d’identité et remit en question la morale, la sexualité et le sacré. Dans sa série iconique, « 24 Heures de la vie d’une femme ordinaire… » (1974), exposée sur le stand de la galerie, Michel Journiac se travestit en femme. Décomposée en trois parties : le quotidien, le rêve et les fantasmes, la série renvoie aux débats sur la question du genre et ses représentations. Dans la continuité de ce solo show, une exposition personnelle de Journiac sera organisée à la galerie.
> Galerie Christophe Gaillard, 5, rue Chapon, 75003 Paris.

Le ménage et le réveil, série « 24 heures de la vie d’une femme ordinaire… » (1974).
Le ménage et le réveil, série « 24 heures de la vie d’une femme ordinaire… » (1974). Michel Journiac.

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