En voyage avec la photographe californienne Alex Prager

C’est après avoir découvert le travail de William Eggleston que l’Américaine Alex Prager, née en 1979, se lance dans la photographie. Son style est immédiatement identifiable : elle recréé en studio des scènes de foules hyperréalistes où chaque figurant joue un rôle bien précis dans une ambiance vintage… Elle vient d’éditer sa première monographie, Silver Lake Drive (Les Éditions Textuel), dont la plupart des tirages sont exposés au musée des Beaux-Arts du Locle (Suisse).

Le meilleur récit de voyage ?
Alex Prager : Voyage avec Charley de John Steinbeck. L’écrivain y raconte son road-trip à travers les États-Unis en 1960, en compagnie de son caniche, Charley, dans un camping-car spécialement aménagé pour l’occasion. Son périple le mène de Long Island (Connecticut) jusqu’au Nord-Ouest Pacifique, puis vers le Texas pour finir à New York.

Le film qui parle le mieux de l’ailleurs ?
Lawrence d’Arabie, de David Lean (1962).

Le plus beau livre de photo sur le voyage ?
The Last Resort, de Martin Parr (André Frère Éditions). Une série qui dresse le portrait de familles modestes en vacances à New Brighton, une petite station balnéaire en déclin près de Liverpool.

Crowd #2 (Emma), 2012 d’Alex Prager.
Crowd #2 (Emma), 2012 d’Alex Prager. 2018

Le photographe qui parle le mieux de l’ailleurs ?
Brassaï, avec La Môme Bijou au Bar de la Lune. Cette femme âgée qui avait autrefois connu le luxe vivait de charité en lisant les lignes de la main. Lors d’une de ses virées nocturnes à Montmartre, Brassaï l’a croisée dans un bar et prise en photo.

La photo qui, pour vous, évoque le voyage ?
Celles de la série « Uncommon Places », de Stephen Shore.

La destination la plus photogénique ?
Los Angeles.

Le musée « The Broad » de l’agence new-yorkaise Diller Scofidio + Renfro, à Los Angeles.
Le musée « The Broad » de l’agence new-yorkaise Diller Scofidio + Renfro, à Los Angeles. Iwan Baan

La saison la plus photogénique ?
L’été !

Votre moyen de transport favori ?
Le vélo. Mais aussi la marche.

Le plus beau voyage de votre vie ?
C’était dans les Alpes…

Les Alpes en hiver…
Les Alpes en hiver… Jean-Christophe Camuset

Ce que vous n’aimez pas dans le voyage contemporain ?
La pollution qu’il engendre et la bulle dans laquelle la plupart des voyageurs s’enferment et qui les empêche de véritablement expérimenter le lieu où ils se trouvent.

Le voyage que vous rêveriez de faire ?
Une virée en Europe centrale entre Budapest, le Monténégro, la Croatie et les Alpes autrichiennes.

Où se cache la ville du futur ?
À Los Angeles.

Quelle est la ville la plus fascinante à vos yeux ?
Tokyo.

Le siège de la chaine de télévision Fuji TV à Tokyo.
Le siège de la chaine de télévision Fuji TV à Tokyo. tupungato-shutterstock-com

Une ville dont vous ne vous lasserez jamais ?
Paris.

Une anecdote dans un avion ?
À mon retour de New York, où j’avais montré mon travail à l’exposition « New Photography », au MoMA, j’étais assise à l’arrière de l’appareil. Je me sentais épuisée mais, au moment où j’allais m’endormir, l’hôtesse de l’air a commencé à me parler et me dire qu’elle était fan de mes photos. Comme c’est arrivé juste après le décollage, j’ai passé tout le trajet à me croire épiée par cette personne chaque fois qu’elle passait devant moi en souriant. Au quotidien, je suis habituée à être derrière l’objectif, à être la personne qui regarde sans être vue. C’est vraiment étrange d’être reconnue, à plus forte raison dans la cabine d’un long-courrier où l’on doit passer cinq heures sans pouvoir se cacher.

Un hôtel au bout du monde ?
The Opposite House, à Pékin (dessiné par le Japonais Kengo Kuma, NDLR), un mélange parfait de cultures asiatique et occidentale.

Et au cœur du monde ?
Le Bowery Hotel, à New York. Entre le Lower East Side et l’East Village, un classique très chaleureux et intime.

Où aller prendre des nouvelles du monde ?
À Istanbul, véritable creuset de cultures.

Où se rendre pour oublier le monde ?
Dans la campagne irlandaise, à West Cork, une région du comté de Cork. Je l’aime pour ses péninsules escarpées, ses plages et ses adorables villages en pierres.

Où sont vos racines ?
À Los Angeles.

Annie d’Alex Prager (2018).
Annie d’Alex Prager (2018). 2018

Comment les voyages vous inspirent-ils ?
Le meilleur exemple est sans doute mon livre Silver Lake Drive, qui a été directement inspiré de mes fantasmes et de mon expérience du monde.

Le meilleur musée consacré à la photographie ?
Les adresses auxquelles je pense correspondent à deux musées européens : le FOtografiemuseum AMsterdam (FOAM), dans la capitale néerlandaise, et The Photographers’ Gallery, à Londres.

Vous ne voyagez jamais sans…
Des chaussettes de contention !

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