Archi d’intérieur : L’atelier NoMa bouscule la scène strasbourgeoise

Art, entrepreneuriat, mode, gastronomie… Pas de doute, Strasbourg sait se réinventer. L'art de vivre local le démontre notamment dans de nouveaux lieux orchestrés par un studio d'architectes dynamique : l'atelier NoMa. Son équipe a récemment repensé trois restaurants de la ville appartenant à l’entrepreneur Christophe Gros. Des projets qui ont su créer des ambiances surprenantes et en harmonie avec la ville.
Photos Henri Vogt.

Le Café Bâle

L’ancien « A la Ville de Bâle » est l’expression sensible de ce que l’on appelle rénover. « Tout ce qui a pu être réutilisé de façon cohérente l’a été », plastronne son directeur, Jean-Baptiste Allard. L’enseigne du précédent bistrot a par exemple pris place au-dessus des cuisines. Le lieu colle ainsi aux codes de la brasserie à l’alsacienne mais en propose une relecture tout en contrastes subtils. Le tumulte du débit de boissons, avec son immense table centrale conçue à partir d’anciennes traverses de chemin de fer et son comptoir en Inox, est contre-balancé par des espaces aux allures de salon, cosy et aux lumières tamisées. Leonard Jeanson de l’Atelier Flottant a conçu des appliques sur mesure ainsi qu’une cage où viennent se loger les bouteilles du barman. Des éléments en acier qui rentrent en dialogue avec le mobilier chiné par le décorateur Charles du Pouget (à qui l’on doit notamment le restaurant Fichon à Paris). Le design d’intérieur est abordé ici comme un parti pris, un « filtre » selon Jean-Baptiste, une volonté de bousculer les idées avec volupté.

> Café Bâle. 24, rue d’Austerlitz, 67000 Strasbourg. 


Le MiTo

Changement de décor mais aussi de région ! Situé non loin du Café Bâle, le MiTo (pour Milano-Torino) propose des pizzas aux recettes venues directement d’Italie et assume pleinement ses racines méditerranéennes. Ce qui saute au yeux, c’est évidemment le comptoir et l’immense four, carrelés de blanc et bleu d’où sortent en continu des pizzas préparées par deux chefs napolitains. « Une pièce de plus de deux tonnes qu’il a fallu rentrer à la grue », se rappelle Damien Abdiche qui a participé aux travaux de rénovation. De l’ancien pub celtique, ne reste que les becs de la tireuse à bière. Pour le reste, on retrouve une certaine alchimie de l’ancien et du moderne. Les comptoirs de fenêtres pensés par le duo d’ébénistes Boys in the Wood (Eric Perez et Julien Arnaud) sont mis en regard d’un mur habillé de planches récupérées dans une vieille maison. Le lettrage des vitres exécuté par Thomas Pistone permet d’évoquer l’univers du graffiti. Quant aux traces sur le plafond bleu, ce sont les « souvenirs de la victoire de la France au Mondial laissés par les bouchons de champagne » !

> MiTo. 8, place d’Austerlitz, 67000 Strasbourg. 


Aux Douze Apôtres

« Les 12 » sont une véritable institution à Strasbourg. Implantée au pied de la cathédrale, cette brasserie gérée par Ilona Garnier vit au rythme de l’Histoire. Un nouveau chapitre est ouvert depuis l’été avec une refonte totale du lieu dans le respect du patrimoine. Ici, le plus petit objet, la moindre courbe, la plus discrète couture est en lien avec la culture alsacienne. Le vert des murs rappelle les forêts des Vosges et l’habillage du comptoir au motif queue de castor évoque les tuiles des maisons traditionnelles (Boys in the Wood). Des rappels discrets mais toujours pertinents (comme les menus pensés par la graphiste Chloé Desvenain de Fakepaper) qui se résument en une forme d’évidence : ici, tout est à sa place malgré le mélange des époques voulu par Charles du Pouget, des appliques « space age » Mazzega jusqu’aux chaises du designer suisse Bruno Rey. Dans le caveau, un plafond en ogive, un puits du XIe siècle et des lustres christiques (Boboboom) achèvent le voyage temporel. Précieux, essentiel et quasi mystérieux, les 12 Apôtres est un lieu tout en dédale, où la magie opère à chaque recoin.

> Aux 12 apôtres. 7, rue Mercière, 67000 Strasbourg.

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