Trine sondergaard courtesy martin asbaek gallery copenhague et bruce silverstein gallery new york

Photo : la Danoise Trine Sondergaard explore les silences intérieurs

Jusqu’au 27 janvier prochain, le MuMa du Havre accueille la première exposition personnelle en France de l’artiste danoise. Une immersion dans un univers où tout semble figé mais où la lumière révèle avec grâce la matière des corps et des tissus aussi bien que celle des murs abandonnés.

Une enfilade de couloirs, de portes et de fenêtres composant d’énigmatiques perspectives qu’aucune couleur vive ne vient animer. C’est ce qu’a peint inlassablement, pendant plus de trente ans, le Danois Vilhelm Hammershøi (1864-1916). Trine Søndergaard (née en 1972), qui a étudié la peinture et le dessin avant de découvrir la photographie, voue à son compatriote une véritable admiration.

« Intérieur, Strandgade 30 » de Vilhelm Hammershøi (1904), le tableau prêté par le musée d’Orsayau au MuMa du Havre à l’occasion de l’exposition de la photographe Trine Sondergaard.
« Intérieur, Strandgade 30 » de Vilhelm Hammershøi (1904), le tableau prêté par le musée d’Orsayau au MuMa du Havre à l’occasion de l’exposition de la photographe Trine Sondergaard.

Au musée d’art moderne André Malraux (le MuMa), au Havre, son exposition est donc introduite par un petit tableau dudit artiste, prêté par le musée d’Orsay. Une heureuse confrontation, tant la quinzaine d’images de sa série « Interior », réalisée entre 2008 et 2012 dans des manoirs inhabités, ressemble à une suite contemporaine de cette toile datée de 1904 : mêmes compositions minimalistes, zébrées de lignes et de courbes et dépourvues de présence humaine.

Interior #4, de Trine Søndergaard (2010).
Interior #4, de Trine Søndergaard (2010). and Bruce Silverstein Gallery

Dans ce décor vide et silencieux, un sentiment de quiétude sourd des murs écaillés, des papiers peints décollés. Ce travail s’articule idéalement avec une autre série, « Guldnakke » (« Nuque d’or », 2012-2013), dans laquelle l’artiste danoise a photographié des adolescentes portant des coiffes du XVIIIe siècle brodées d’or et d’argent. Ces modèles sans visage, car immortalisés de dos ou de trois quarts, sont figés dans la lumière naturelle sur un fond monochrome.

Guldnakke #4, de Trine Søndergaard (2012).
Guldnakke #4, de Trine Søndergaard (2012). and Bruce Silverstein Gallery

Ainsi statufiés, ils semblent aussi intemporels que les héroïnes des œuvres de Vermeer. Mais, ­au-delà de la référence à l’histoire de l’art, Trine Søndergaard interroge les notions de patrimoine et d’identité, en juxtaposant ces accessoires traditionnels « confectionnés en deux semaines par des artisans d’art et réservés aux dames de grandes familles » avec les vêtements « made in China » et sans indice d’appartenance sociale qui habillent ces jeunes filles. Judicieusement intitulée « Still », cette exposition s’entrouvre sur un monde introspectif. Un monde qui ­s’accommode à merveille de la lumière du Havre, si prisée des impressionnistes.

> « Trine Søndergaard – Still ». Au MuMa, au Havre, jusqu’au 27 janvier 2019. Tél. : 02 35 19 62 62. 

Interior #10 de Trine Sondergaard (2010).
Interior #10 de Trine Sondergaard (2010). and Bruce Silverstein Gallery

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