Plastic Chair : L’icône des Eames s’offre une troisième vie

Parmi les icônes du design du XXe siècle, la famille des Plastic Chair de Charles et Ray Eames (1950) trône en bonne place. Son éditeur Vitra renoue aujourd’hui avec la fibre de verre, matériau d’origine abandonné au début des années 90. Retour sur la success-story d’une chaise toujours aussi désirable.

En 1948, Charles et Ray Eames participent au concours « International competition for low-cost furniture design » organisé par le MoMA, à New York. Le couple y présente plusieurs prototypes de sièges et remporte le deuxième prix. « Ces chaises ont été conçues pour être produites selon les techniques industrielles existantes, à un coût qui permet cette production de masse et selon un procédé qui garantit la plus haute qualité possible », peut-on lire sur la plaquette de présentation du concours.

Charles et Ray Eames prennent la pose dans leurs créations.
Charles et Ray Eames prennent la pose dans leurs créations. Eames office LLC

À cette époque, les Eames rêvent de démocratiser le design en proposant une chaise avec une coque d’assise réalisée d’un seul tenant, à un prix accessible. Fidèles à leur façon de travailler, Charles et Ray tâtonnent, effectuent de nombreux essais, à la recherche d’une technique de fabrication convaincante et d’un matériau susceptible de concrétiser leur but. Le contreplaqué, qu’ils ont beaucoup expérimenté au début de leur carrière, n’est pas satisfaisant, pas plus que le métal. C’est finalement grâce à la résine de polyester renforcée de fibre de verre – un assemblage utilisé dans l’automobile ou l’aéronautique mais encore jamais dans l’industrie du meuble – qu’ils vont découvrir la martingale.

Selon le directeur de la conception chez Vitra, Eckart Maise, la fibre de verre « tire son charme d’une surface irrégulière et apparaît presque comme un matériau naturel grâce à ;ses filaments bien visibles ».
Selon le directeur de la conception chez Vitra, Eckart Maise, la fibre de verre « tire son charme d’une surface irrégulière et apparaît presque comme un matériau naturel grâce à ;ses filaments bien visibles ». © MARC EGGIMANN

En 1950, ils mettent ainsi au point une première série de chaises à personnaliser dans une large palette de couleurs, sans compter, au choix, le fameux piétement « tour Eiffel » en fils d’acier soudés, celui en bois renforcé par des croisillons métalliques ou les quatre pieds métalliques. La Fiberglass Chair signe l’acte de naissance des « Plastic Chairs », une dénomination qui concernera bientôt plus spécifiquement des modèles en polypropylène. Le résultat est celui que l’on connaît : une chaise aux lignes organiques, adaptée à la morphologie humaine et offrant un confort d’assise inédit.

Renforcé par des croisillons métalliques, le piétement en bois se décline en plusieurs finitions.
Renforcé par des croisillons métalliques, le piétement en bois se décline en plusieurs finitions. © MARC EGGIMANN

Un objet qui a rencontré un succès populaire inespéré, jamais démenti, traversant les époques sans rien perdre de son aura. Pourtant, au début des années 90, Vitra en arrête la production. En cause, la nocivité de la fibre de verre pour ceux qui la manipulent, exposés à de fortes émanations chimiques. Directeur de la conception chez Vitra, Eckart Maise raconte : « Conçues à l’origine comme des meubles de série qui ont trouvé une large diffusion, les chaises en fibre de verre ont été progressivement dépassées par les progrès techniques et des matériaux moins chers. Cela a incité Vitra à arrêter la production des coques en fibre de verre. Une dizaine d’années plus tard, la société a relancé les chaises en polypropylène. » Cette nouvelle version va également rencontrer un franc succès même si les nostalgiques de la fibre de verre déplorent le changement de matériau.

Cette réédition est allée piocher six coloris de la palette d’origine. De gauche à droite, Navy Blue, Raw Umber, Sea Foam Green, Parchment, Red Orange et Elephant Hide Grey, ici en version DSR avec le piétement dit « tour Eiffel ».
Cette réédition est allée piocher six coloris de la palette d’origine. De gauche à droite, Navy Blue, Raw Umber, Sea Foam Green, Parchment, Red Orange et Elephant Hide Grey, ici en version DSR avec le piétement dit « tour Eiffel ». © MARC EGGIMANN

En 2018, Vitra profite du Salon du meuble de Milan pour annoncer le redémarrage de la production en fibre de verre. Pour l’occasion, six couleurs sont piochées dans la palette d’origine. Entre les pièces vintage et le fléau de la copie, cette version n’a jamais disparu du paysage, bien au contraire. Et ce succès s’explique en grande partie par un toucher incomparable, celui de la fibre, que l’on avait perdu avec la version en polypropylène. « Il y a toujours eu une forte demande du marché pour les chaises en fibre de verre. Au cours des quatre dernières années, Vitra a développé un nouveau procédé pour la production des coques de l’Eames Fiberglass Chair. Cette technique de production est basée sur un système fermé qui empêche les émissions nocives de vapeurs de styrène ou de poussière de verre », explique Eckart Maise.

La présentation des « Eames Fiberglass Chairs » au Salon du meuble de Milan cette année.
La présentation des « Eames Fiberglass Chairs » au Salon du meuble de Milan cette année. © EDUARDO PEREZ

Touchant d’abord en exclusivité quelques points de vente, comme Le Bon Marché et The Conran Shop, la commercialisation de l’Eames Fiberglass Chair sera généralisée fin février 2019 à un tarif oscillant entre 530 € et 650 €. Pas question pour autant d’abandonner la version en polypropylène. « Les deux produits sont complémentaires, estime Eckart Maise. L’Eames Fiberglass Chair s’adresse au secteur de la maison tandis que l’Eames Plastic Chair répond à une demande de sièges pour une distribution plus large dans le domaine public. L’Eames Fiberglass Chair vise les amateurs de design et les clients qui ont une expertise de la patine créée par le matériau. La coque en fibre de verre se démarque par un attrait visuel vivant très apprécié de nos jours. Ensemble, les deux groupes de chaises forment une vaste famille qui offre d’innombrables variantes à ce classique. »

Les matériaux, couleurs et finitions de la coque et du piétement favorisent la personnalisation.
Les matériaux, couleurs et finitions de la coque et du piétement favorisent la personnalisation. © MARC EGGIMANN

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