Dix personnalités de la création nous parlent de leur New York

Ils ont connu le Manhattan de Woody Allen ou celui du 11 Septembre. Ils ont apprécié une ville ultra-accueillante, au dynamisme échevelé, mais qui accepte mal l’échec. Ils ont découvert un cosmopolitisme euphorisant, qui parle à la jeunesse du monde entier… Jérôme Dreyfuss, Sarah Lavoine, Laura Gonzalez… Dix personnalités créatives ont confié à IDEAT leur vision de New York et leurs meilleurs plans.

 

1/ Sandra Benhamou / Architecte d’intérieur

Sandra Benhamou.
Sandra Benhamou. Cyrille Jerusalmi

« J’ai habité dix ans à New York alors que je travaillais dans la distribution de films. Au départ dans West Village, puis Uptown, par le hasard d’un appartement plus grand, qui nous convenait. C’est une ville à laquelle je suis très attachée, qui a une véritable âme. J’y ai vécu des moments très marquants, comme la journée du 11 septembre 2001, mais aussi plus heureux, comme la naissance de mes enfants. C’est là que j’ai fait mes premières armes en tant que décoratrice pour une maison dans les Hamptons que nous avions achetée avec mon mari, où tout était à refaire. J’ai ensuite vécu quatre ans à Londres : je ne lui porte pas du tout les mêmes sentiments. Retourner à New York, c’est un peu comme retourner à la maison. Il y a une très grande chaleur humaine, les gens se mélangent facilement. Je peux revenir dans une pharmacie que je fréquentais ou passer devant l’immeuble où j’ai habité, les gens vont immédiatement engager la conversation parce qu’ils se souviennent de nous. New York a cette capacité à changer très vite et en même temps à conserver des repères immuables. » O.R.


2/ Jérôme Dreyfuss / Créateur de mode

Jérôme Dreyfuss.
Jérôme Dreyfuss. Photo DR

« C’est une ville où, lorsque l’on travaille dans la mode, on est un peu obligé d’aller. Notamment, en ce qui me concerne, parce que j’y ai ouvert une boutique en 2010, dans SoHo. Sans tomber dans le cliché, SoHo reste un quartier extraordinaire. Que ce soit pour son histoire récente liée à l’art, comme pour ses espaces aux volumes fabuleux, ou son architecture… New York est une ville extrêmement inspirante, qui a une capacité à se réinventer en permanence et à créer de la surprise. Quelque chose de spécial qu’on ne trouve que là-bas. Par exemple, un jour, en me baladant, je suis tombé sur un hôtel totalement insolite, le Desmond Tutu Center, aujourd’hui fermé, logé dans un ancien couvent, à Chelsea. Rien de luxueux, mais il était pourvu d’un petit parc et idéalement placé pour permettre une découverte rapide des galeries voisines. C’est malheureusement une ville que je ne fréquente que professionnellement et, avec Isabel (Marant, sa compagne, NDLR), nous n’avons jamais vraiment réussi à accorder nos agendas. Hormis pour l’inauguration de nos boutiques respectives, la seule fois où nous avons pu y passer une petite semaine ensemble. » O.R.


3/ Laura Gonzalez / Architecte d’intérieur

Laura Gonzalez.
Laura Gonzalez. Yann Deret

« Je suis allée la première fois à New York à 18 ans, j’y suis restée un mois. J’y retourne régulièrement pour le travail et je devrais y passer pas mal de temps dans les mois à venir pour un très gros projet. En s’y baladant, on déniche toujours quelque chose d’intéressant : une boutique, un café, un restaurant… avec une architecture particulière. Cet éclectisme est vraiment captivant : tout est mélangé et disparate, les nationalités comme les styles… à la fois, chics, bohèmes et urbains. Ces derniers temps, je descends au Greenwich Hotel, créé par Robert De Niro dans le nord de TriBeCa. J’adore le mélange des genres entre les chambres, toutes différentes, la suite conçue par le marchand d’art Axel Vervoordt, le spa japonais d’un raffinement inouï et l’auberge italienne, la Locanda Verde, dont je ne me lasse pas. Mais si je devais y vivre à plein temps, j’irais plutôt dans l’Upper East Side. C’est assez calme et proche de Central Park pour se détendre ! Et plus approprié pour la vie de famille. » O.R.


4/ Jacques Barret / Fondateur de la galerie Triode Design

Jacques Barret.
Jacques Barret.

« Je suis originaire de Châteauroux où, après la guerre, il y a longtemps eu une base de l’armée américaine. Dans mon enfance, la ville était très américanisée, ce qui a sans aucun doute nourri mon attrait pour les États-Unis et New York, bien entendu. J’ai commencé à m’y rendre pour le travail – avec mon activité précédente d’architecte paysagiste – et évidemment par plaisir, à tel point que j’y ai acheté un appartement, dans le quartier de Murray Hill, à Manhattan. Je m’y rends en moyenne tous les mois et demi et j’y reste cinq ou six jours. La galerie Triode et le travail que j’ai mis en place avec les designers new-yorkais, Jason Miller en tête, sont devenus de parfaits alibis. Le quartier où je réside est assez tranquille : on peut s’y déplacer à pied si bien que j’y ai mes habitudes comme n’importe quel New-Yorkais. Je vais prendre mon petit déjeuner chez Delectica avant de démarrer des journées assez rythmées par des rendez-vous, des visites de studios. Je me rends beaucoup à Brooklyn car le design y est pas mal implanté. Et puis, je fais des choses que je ne prends pas le temps de faire à Paris, comme sortir le soir. Cette semaine new-yorkaise est une parenthèse et, assez paradoxalement, je l’avoue, un moment de repos. » O.R.


5/ Charles Zana / Architecte d’intérieur

Charles Zana.
Charles Zana. Nicolas Krief

« Je suis parti à New York juste après avoir fini mes études, avec deux amis. C’était en 1985 et j’y suis resté un an et demi. L’une de nos copines était embauchée dans une agence et on a travaillé sur les premières implantations des boutiques Louis Vuitton. Les choses étaient peut-être plus faciles pour les jeunes à l’époque, elles étaient moins focalisées sur l’argent, mais en même temps il y avait une moitié de la ville où tu ne pouvais pas mettre les pieds. New York était dure. Aujourd’hui, je m’y rends régulièrement pour travailler ; j’ai actuellement quatre projets en cours et une antenne gérée par une Française pour faire le lien. Pour certains clients, les archis français combinent plusieurs “talents” : l’architecture, l’architecture d’intérieur, l’expertise sur les objets, et le fait de savoir exporter un certain art de vivre. Quand je suis à New York, je me balade de Gramercy Park à University Place, un quartier étudiant resté sympa ; West Village, Charles Street… Le matin, j’aime prendre mon café chez Dean & DeLuca. Il y a des restaurants que j’adore : Harry Cipriani (Uptown), Sant Ambroeus (West Village), Raoul’s (SoHo), ou EAT, pour un brunch (Upper East Side). Je descends généralement au Mercer (SoHo). Mais je reste nostalgique du New York de Woody Allen, celui de ma jeunesse ; il y a un côté old fashion qui est en train de disparaître. Quand j’y suis allé récemment avec mon fils, on a assisté à un concert à l’Apollo Theater, on est allé dans des petits restos où il n’y a pas besoin de réserver, très agréables. Le musée de la fondation Noguchi est l’un des plus beaux endroits que je connaisse (étrangement méconnu !), c’est très fort… J’aime beaucoup la programmation du Musée juif – l’exposition sur Pierre Chareau, il y a deux ans, était vraiment extraordinaire – et j’apprécie l’ambiance du MoMA PS1, mais pas forcément ses expos. Et, bien sûr, la galerie Friedman Benda, qui suit des créateurs hypertalentueux… Notre génération va dans les galeries contemporaines voir des choses récentes, mais plus au Met, c’est dommage. L’an dernier, j’y ai vu les dessins de Michel-Ange, c’était rare, superbe ! Avant, je rapportais toujours du calque jaune, parce que c’est sur ce calque, au crayon et pas au Rotring, que je travaillais. C’est un petit snobisme… Je rapporte parfois des tee-shirts de James Perse, même si je pourrais les acheter ici, parce que j’aime bien ce type qui fabrique ses propres tee-shirts, dans un excellent coton, et des chaussures Alden. New York est une ville qui avait des codes à part. C’est en train de s’aplanir. Pourtant, quand j’y vais, je reçois toujours une vraie dose d’adrénaline, même si je reste attaché aux endroits que je fréquentais et aux institutions, avec une pointe de nostalgie. » V.C.

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