Tendances 2019 (2/9) : La masterclass de l’agence Chan + Eayrs

Depuis 2014, Zoe Chan et Merlin Eayrs apportent un vent de renouveau à l’architecture d’intérieur. Couple à la ville comme à la scène, ces Londoniens envisagent leur métier de façon holistique. Pour mieux s’imprégner du lieu qu’ils vont métamorphoser, le talentueux duo y habite un an ou deux avant de le réinventer, le vendre puis passer au projet suivant ! Ils viennent d’élire domicile avec Max, leur fille de 2 ans, dans une maison isolée d’Hampstead, qui a appartenu au sculpteur Anthony Caro.

Merlin Eayrs et Zoe Chan, deux architectes pour une vision commune.
Merlin Eayrs et Zoe Chan, deux architectes pour une vision commune. Toby Lewis Thomas

Une couleur ?
Nous aimons créer des ambiances et des atmosphères en mariant subtilement les couleurs. Notre dernier projet, The Beldi, plonge les visiteurs dans une oasis verte, qui contraste avec le gris de la jungle urbaine à l’extérieur.

Un matériau ?
Le bois ou la pierre, des matières naturelles qui racontent des histoires et dont le grain et la patine rappellent le temps passé.

Un meuble ?
Une bonne chaise. En ce moment, nous louchons sur deux superbes assises de Charlie Froud (designer britannique né en 1987, NDLR) en bois de merisier sculpté.

Le salon de la Weaver House, à Spitalfields, près de Londres. Cette ancienne maison de Huguenot de 302 m2 a été totalement restaurée par le couple d’architectes, qui avait pour objectif de réinterpréter l’héritage du lieu avec un regard contemporain, en combinant par exemple des matériaux traditionnels et modernes.
Le salon de la Weaver House, à Spitalfields, près de Londres. Cette ancienne maison de Huguenot de 302 m2 a été totalement restaurée par le couple d’architectes, qui avait pour objectif de réinterpréter l’héritage du lieu avec un regard contemporain, en combinant par exemple des matériaux traditionnels et modernes.

Une ville ?
Paris pour son côté romantique et Lisbonne pour son énergie. Mais Londres restera toujours notre base. Cette ville a réussi à s’adapter au changement, à s’ouvrir à l’innovation tout en conservant son histoire.

Un quartier ?
Hampstead. Longtemps repaire d’artistes et de bohèmes, ce quartier londonien reste magique par endroits. Son atmosphère paisible, avec la proximité du parc Hampstead Heath et son air pur, est bien agréable.

Un voyage ?
Nous adorons voyager, mais nous faisons désormais attention à réduire notre empreinte écologique. Un périple en train à travers l’Europe nous semble aussi excitant que d’accumuler les miles. Nous essayons d’explorer le monde de façon plus locale.

The Beldi, à Shoreditch. Briques au sol, tons crème et verts, matériaux naturels… La douceur est de mise.
The Beldi, à Shoreditch. Briques au sol, tons crème et verts, matériaux naturels… La douceur est de mise. Taran Wilhu

Un hôtel ?
Lorsque nous voyageons loin, c’est souvent avec une idée de recherche en tête. En février dernier, nous sommes partis au Sri Lanka sur les traces de l’architecte Geoffrey Bawa. L’hôtel Kandalama, qu’il a construit en 1966 au cœur de la jungle est l’un des bâtiments les plus inspirants que nous ayons vus sur place. En parfaite harmonie avec le paysage, il se fond dans la forêt sans qu’il y ait eu à abattre beaucoup d’arbres.

Un artisanat ?
Nous adorons les poteries de Christopher Magarshack (disparu en 2018, cet artiste était une figure de Hampstead depuis les années 50, NDLR). Nous collectionnons ses céramiques, qui habillent certains de nos projets.

Un jardin ?
Celui qui se trouve entre les vitres intérieures et extérieures de la véranda de la Villa Necchi Campiglio, à Milan. Ce petit jardin, qui a trouvé sa place au sein d’un large double-vitrage est pour nous source d’inspiration, surtout en milieu urbain.

A Shoreditch, les 265 m2 de la demeure respirent l’épure et le raffinement chers au duo.
A Shoreditch, les 265 m2 de la demeure respirent l’épure et le raffinement chers au duo.

Une boutique ?
Egg, à Belgravia, et Livingstone Studio, à Hampstead. Nous soutenons les boutiques indépendantes. Leurs propriétaires, Maureen et Inge, sont des passionnées, aussi charismatiques que les vêtements qu’elles fabriquent.

Un designer ?
Richard Buckminster Fuller (1895-1983), un penseur américain vraiment original, fasciné par les systèmes et les théories qui permettaient de faire le maximum avec le minimum de ressources. Dans le contexte actuel de raréfaction des ressources naturelles et de crise accrue du logement, ses idées n’ont jamais été autant d’actualité.

Un architecte ?
Carlo Scarpa (1906- 1978), pour son amour du détail, que ce soit à l’échelle d’un bâtiment ou pour la pose d’un carrelage. Notre édifice favori est le cimetière de Brion qu’il a construit près de Trévise.

The Herringbone House, à Islington. Cette maison de 173 m2 a été totalement construite par Zoe et Merlin.
The Herringbone House, à Islington. Cette maison de 173 m2 a été totalement construite par Zoe et Merlin.

Un artiste ?
Deux jeunes peintres : Faye Wei Wei (née en 1994, NDLR) pour ses visions oniriques de la mythologie et Shadi al-Atallah (23 ans, NDLR), dont les autoportraits torturés sont puissants. Et Rothko, car il n’y a rien de tel que de s’immerger dans l’un de ses tableaux.

Une devise ?
Cette phrase de William Morris, designer fabricant de textile du XIXe siècle : « Le vrai secret du bonheur consiste à réellement s’intéresser à tous les détails de la vie quotidienne. »

Un rêve ?
Le vivre ! C’est ce qui est plaisant avec le fait d’être designer : on peut avoir un rêve, trouver ensuite le lieu parfait et y envisager sa vie. Nos rêves tournent beaucoup autour du concept de famille et du « home sweet home ».

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