Interview : Filippo Francescangeli, directeur artistique de Jean Nouvel Design

Il y a tout juste un an, Filippo Francescangeli a été nommé directeur artistique de Jean Nouvel Design, la structure consacrée au design et à l’architecture d’intérieur de l’architecte. Une ascension fulgurante pour ce jeune Italien au parcours déjà riche.

 

Quelle est, selon vous, la différence entre un designer et un architecte qui fait du design ?
J’ai une sensibilité globale différente de celle d’un designer. Les études d’architecture sont plus amples que celles de design et font appel à davantage de disciplines : nous étudions l’histoire de l’art, l’histoire de l’architecture. Il me semble qu’un architecte peut voir plus loin. Nous sommes habitués à dessiner des boîtes dans lesquelles s’insère l’objet ; on comprend mieux le contexte, l’espace. Par exemple, la table autour de laquelle nous sommes assis a été dessinée pour la Fondation Cartier, et cela se sent. Il y a un lien très fort entre l’objet et l’architecture. L’exemple le plus frappant et le plus émouvant, pour moi, c’est Ettore Sottsass. À l’occasion de la Biennale de Venise, je suis tombé sur une collection privée d’objets qu’il avait dessinés. J’étais alors étudiant en première année d’architecture et j’ai ressenti des émotions très fortes. J’ai cherché à comprendre pourquoi j’éprouvais le besoin de regarder les miroirs et les bibliothèques de cet architecte avec tellement d’insistance, et c’est ainsi que l’objet est entré dans ma vie.

En 2016-2017, le musée des Arts décoratifs de Paris (MAD) a consacré une exposition aux objets de Jean Nouvel, architecte auteur de plus d’une centaine de créations de design depuis 1987.
En 2016-2017, le musée des Arts décoratifs de Paris (MAD) a consacré une exposition aux objets de Jean Nouvel, architecte auteur de plus d’une centaine de créations de design depuis 1987. Thomas Lannes

Quel a été votre parcours avant d’arriver chez Jean Nouvel Design ?
Je suis originaire de Terni, en Ombrie, où j’ai grandi à proximité de lieux magnifiques comme Spolète, Assise ou Orvieto, avant de déménager à Rome. J’ai démarré mes études à Florence avant de m’envoler à nouveau pour Rome, où je me suis spécialisé en architecture d’intérieur, design et scénographie à l’université Sapienza. J’ai toujours préféré ce domaine à l’architecture pure. J’adore changer d’échelle, être sur un bâtiment immense et, le lendemain, sur le dessin d’une tasse. J’aime l’idée d’investir les appartements des gens, d’entrer dans leur quotidien, de savoir qu’ils vivront tous les jours avec un objet que j’ai dessiné… C’est gratifiant, je trouve. À Rome, j’ai rencontré mes maîtres : les architectes Marta Laudani et Marco Romanelli, dont je suis devenu l’assistant. J’ai gagné un concours qui avait trait au travail de Rosario Messina, le fondateur de la marque de lits Flou, puis j’ai été missionné pour la scénographie d’une émission de la Rai. J’ai ensuite exposé à SaloneSatellite, l’espace consacré aux jeunes designers du Salon du meuble de Milan. J’y ai proposé une série d’objets et de meubles qui intégraient des technologies, comme un port USB… Mais, aujourd’hui, je pense que la technologie va tellement vite qu’elle doit accompagner le design, mais pas lui être incorporée. Nous réalisons en ce moment des fauteuils d’aéroport dont les chargeurs de téléphone seront fixés dans des éléments extérieurs. Ainsi, ce module externe pourra évoluer avec les technologies tandis que le siège restera intact.

Pour Glass Italia, Jean Nouvel a signé Cryptée, une table en verre striée (2018).
Pour Glass Italia, Jean Nouvel a signé Cryptée, une table en verre striée (2018). Class Italia

Vous avez aussi œuvré dans le domaine artistique…
J’ai travaillé pour la paysagiste Marta Fegiz qui possédait aussi une galerie d’art et pour qui j’ai réalisé de petites scénographies. J’y ai beaucoup appris sur la collaboration avec les artistes. J’ai pu réunir toutes ces bases acquises dans mes diverses expériences ici, chez Jean Nouvel, où j’ai pu passer d’un bâtiment temporaire de 4 000 m2 en Corée, consacré à la grotte de Lascaux, à une tasse. On en revient toujours à ce jeu entre les échelles…

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