Suisse : 8 cabanes d’architectes éclosent à la Fondation Michalski

Initialement consacrée à la littérature et à l’écriture, la Fondation Jan Michalski a eu l’excellente idée d’y associer l’architecture. Si l’agence Vincent Mangeat-Pierre Wahlen a, entre autres, conçu et érigé une haute canopée protectrice, elle a ensuite invité sept agences latino-américaines, européennes et japonaise à imaginer chacune, à l’intérieur de cette structure, une « cabane ». Résultat, des résidences d’artistes suspendues entre le lac Léman et le Jura.

Écriture, architecture : une question de plan

On se console donc avec les autres résidences, dont la taille ne dépasse pas 30 m2 pour la plus grande, ayant obligé leurs architectes à déployer des trésors d’astuce et parfois d’humour. En surplomb de la grande place centrale et de la bibliothèque, la cabane Rintala-Eggertsson, conçue par l’agence du Finlandais Sami Rintala, de l’Islandais Dagur Eggertsson et du Norvégien Vibeke Jenssen, s’organise par fonction sur quatre demi-étages (entrée, cuisine, chambre et bureau) habillés de chêne.

Avec ses larges ouvertures, la cabane Rintala-Eggertsson a comme des airs de périscope.
Avec ses larges ouvertures, la cabane Rintala-Eggertsson a comme des airs de périscope. tonatiuh-ambrosetti / leo-fabrizio

Le projet MK27 de l’agence brésilienne de Marcio Kogan offre, lui, un parallélépipède blanc dehors, lambris dedans. À l’intérieur, un cube entièrement recouvert de panneaux de bois contient une cuisine cachée, des placards et un escalier dérobé qui dessert la chambre invisible située au-dessus (d’où le panorama est décoiffant), alors que le bureau occupe toute la façade du premier niveau.

Le module MK27 (à droite) conçu par l’agence d’architecture brésilienne de Marcio Kogan suggère l’« arrimage » au sol de la petite maison grâce à deux escaliers, un en dessous qui arrive au milieu de la zone de vie et un sous le balcon. Cette cabane se veut aussi une boîte dans la boîte : une structure intérieure plus petite englobe la cuisine, la salle de bains et des placards.
Le module MK27 (à droite) conçu par l’agence d’architecture brésilienne de Marcio Kogan suggère l’« arrimage » au sol de la petite maison grâce à deux escaliers, un en dessous qui arrive au milieu de la zone de vie et un sous le balcon. Cette cabane se veut aussi une boîte dans la boîte : une structure intérieure plus petite englobe la cuisine, la salle de bains et des placards. © TONATIUH AMBROSETTI

Le contraste est frappant avec la cabane Mangeat-Wahlen, aussi minimaliste que monacale, découpée en deux parties distinctes – habitat d’un côté, bureau de l’autre – reliées par un palier extérieur. La maison des Zurichois Fuhrimann-Hächler joue, elle, au contraire, et avec bonheur, la carte de la couleur : cuisine vert sapin, murs et escalier vertical plaqués de mélèze blond poncé, banquette Grid, signée Pool (Petite Friture), embellissent l’espace souplement conçu avec une terrasse dont l’auvent se replie à volonté.

La cabane Mangeat-Wahlen se distingue par une enveloppe métallique qui tranche avec l’espace intérieur tapissé de bois clair.
La cabane Mangeat-Wahlen se distingue par une enveloppe métallique qui tranche avec l’espace intérieur tapissé de bois clair. © Leo Fabrizio
Accoya dehors, pin dedans, la cabane Fuhrimann-Hächler cache un escalier à pas décalé qui mène à la chambre et au bureau. Déco et économie de moyens pour un résultat lumineux efficace.
Accoya dehors, pin dedans, la cabane Fuhrimann-Hächler cache un escalier à pas décalé qui mène à la chambre et au bureau. Déco et économie de moyens pour un résultat lumineux efficace. © TONATIUH AMBROSETTI

Également zurichois, le module Schaub-Zwicky reçoit des écrivains handicapés et déroule un plan horizontal en loft, poétiquement ravivé de tons orangés au sol et sur le mobilier, de grandes banquettes vert-degris et d’immenses vitres encadrant la nature. L’écrivain qui occupera la cabane Bonnet, du nom de ses architectes genevois, se retrouvera pris derrière une résille métallique sur les quatre côtés, lui garantissant une magnifique intimité tout en lui ménageant une vue en coulisse.

Équipée d’une rampe, la cabane Schaub-Zwicky permet d’accueillir des résidents à mobilité réduite à la cité des écrivains. De plain-pied pour faciliter les déplacements, elle offre deux larges fenêtres donnant sur le village et sur les Alpes.
Équipée d’une rampe, la cabane Schaub-Zwicky permet d’accueillir des résidents à mobilité réduite à la cité des écrivains. De plain-pied pour faciliter les déplacements, elle offre deux larges fenêtres donnant sur le village et sur les Alpes. © Leo Fabrizio
Une résille s’enroule autour de la cabane Bonnet, qui cultive un certain art de vivre. Chêne clair et ouverture au-dessus du lit sur la canopée… ça fait rêver. Connexions Wi-Fi et avec les étoiles garanties !
Une résille s’enroule autour de la cabane Bonnet, qui cultive un certain art de vivre. Chêne clair et ouverture au-dessus du lit sur la canopée… ça fait rêver. Connexions Wi-Fi et avec les étoiles garanties ! © Leo Fabrizio

Enfin, Jean-Gilles Décosterd, architecte à Lausanne, a accroché lui aussi sa petite habitation entre les piliers de la canopée, la seule côté Jura. Les parois extérieures arborent une citation du philosophe naturaliste Henry David Thoreau… en morse : « In addition to simplicity, nudity (en plus de la simplicité, la nudité) » (dans Walden, Life in the Woods). À l’intérieur, le ton est celui d’un strict cocon japonisant, orné de claustras de bois qui grimpent jusqu’au toit.

La cabane Décosterd aime les moucharabiehs. Si à l’extérieur, ses parois sont percées de trous délivrant un message en morse, à l’intérieur, un jeu de claustras habille les vitres, les murs et les escaliers pour un voyage radical. Intimité chérie…
La cabane Décosterd aime les moucharabiehs. Si à l’extérieur, ses parois sont percées de trous délivrant un message en morse, à l’intérieur, un jeu de claustras habille les vitres, les murs et les escaliers pour un voyage radical. Intimité chérie… © Leo Fabrizio

Reposant sur une esthétique aussi simple que soignée, ces sept résidences et leur salle commune souhaitées par Vera Michalski remplissent leur mission : offrir une page blanche aux créateurs de la littérature qui peuvent y vivre en n’ayant d’autre souci que d’y produire un beau projet d’écriture.

www.fondation-janmichalski.com

 

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