Tendances 2019 : Des matières recyclées pour sublimer les déchets

Meubles en jean, chaises en filets de pêche… En 2019, les designers se mobilisent pour rendre sexy le recyclage. IDEAT vous explique comment nos poubelles fournissent les matières premières de nos meubles de demain.

L’état de notre planète a de quoi inquiéter… Le climat se réchauffe inexorablement, de nombreuses espèces animales disparaissent et la perspective de notre propre extinction se profile si rien n’est fait pour enrayer la dégradation de notre environnement. Dans ce contexte, trier et recycler ses déchets est devenu un geste naturel pour la plupart d’entre nous. Les designers, eux, cherchent plus de solidité en économisant les matières premières. Et pourtant, il est une ressource dont nous disposons en quantités quasi illimitées : les déchets ! Un filon jusqu’ici sous-exploité, dont le potentiel est immense, et dans lequel les designers viennent de plus en plus puiser l’inspiration. Doucement mais sûrement, l’économie circulaire s’impose comme le modèle de production industriel de demain. Petit tour d’horizon des dernières innovations…

1/ Purifier les océans

De nouvelles collaborations se nouent régulièrement entre designers et organisations spécialisées dans la collecte de débris marins. Les studios Snohetta (en Norvège) et Mater (au Danemark) viennent chacun de produire une chaise à base de déchets plastiques ramassés dans les océans. Starbucks, Soma, et Parley for the Oceans se sont également associés pour lancer une bouteille d’eau en verre dotée d’un manchon en matériau équivalent à deux bouteilles en plastique.

Avec la chaise S-1500, Snohetta recycle les déchets plastiques des fermes industrielles norvégiennes.
Avec la chaise S-1500, Snohetta recycle les déchets plastiques des fermes industrielles norvégiennes. Photo DR

La matière première est recueillie à la fois dans des îles éloignées et des communautés côtières. « Notre concept est simple », explique Priyanka Rao de Spark & Burnish, éditeur de boutons de porte en plastique des mers : « La consommation des particuliers génère tant de déchets, pourquoi ne pas créer un objet attrayant et fonctionnel pour la maison afin de rappeler à ses occupants de repenser leur consommation d’emballages en plastique ? »


2/ Reconsidérer les rebuts industriels

Les débris issus des chantiers de construction et de démolition constituent un autre flux de déchets important. En Europe, ils représentent environ 30 % du volume total produit. StoneCycling les recycle sous forme de briques, dans une large gamme de couleurs et de textures, prouvant qu’il est possible de construire des structures de haute qualité à partir de ces gravats. Les éclats de matière sont laissés apparents et deviennent des motifs décoratifs.

Le Danois Really produit un matériau réalisé à partit de vieux draps.
Le Danois Really produit un matériau réalisé à partit de vieux draps. Photo DR

En Chine, la ville de Chaozhou est le plus grand centre de production céramique au monde. Bentu Design y recycle les rebuts de cette industrie dans une collection de mobilier sur laquelle on peut encore discerner des morceaux de tasses, de bols ou de statuettes.

Le mobilier de Bentu Design laisse apparent les chutes de bols, coupes et autres objets en céramique mis au rebut.
Le mobilier de Bentu Design laisse apparent les chutes de bols, coupes et autres objets en céramique mis au rebut. Photo DR

D’une façon générale, tout produit industriel qui n’est plus utilisé peut maintenant servir de matière première : le quartz ou la fibre de verre contenus dans nos appareils ménagers sont sublimés par Studio Plastique, nos vieux draps sont transformés en mobilier par Really et nos vernis à ongles sont mélangés à du béton pour créer du terrazzo coloré (LLot Llov).

Table Glacier de Llot Llov en terrazzo qui inclut des flacons de vernis à ongles.
Table Glacier de Llot Llov en terrazzo qui inclut des flacons de vernis à ongles. Photo DR

3/ Optimiser les déchets animaux

A l’heure où le véganisme gagne chaque jour en popularité, où les consommateurs réclament plus de respect pour les animaux, un nombre grandissant de designers cherche à réduire le gaspillage engendré par l’élevage industriel. Des milliers de tonnes de plumes sont par exemple produites chaque jour par la filière volaille. Légères, solides et isolantes, elles offrent une alternative naturelle au polystyrène expansé. Les entreprises Pluumo et Aeropowder ont donc développé le premier emballage thermique qui valorise ce déchet.

Emballage Pluumo en plumes recyclées.
Emballage Pluumo en plumes recyclées. Photo DR

En janvier dernier, la designer Israélienne Shahar Livne et Nat2 (marque allemande de footwear éco-responsable) ont lancé une paire de baskets en cuir synthétique bio, fabriqué à base de sang, de graisse et d’os récupérés dans des abattoirs (bon appétit…). Une démarche radicale dans sa forme mais qui a le mérite de s’attaquer frontalement à un problème concret.

Sneakers de Shahar Livne pour Nat2.
Sneakers de Shahar Livne pour Nat2. Salan Boom

Dans le même esprit, Tobias Trübenbacher a créé une collection de mobilier pertinemment baptisée « Valeurs intérieures », à partir d’intestins de bœuf et de vessie de porc. Quant à l’entreprise Shellworks, elle transforme des coquilles de crustacés en un bioplastique biodégradable et recyclable.

Verres de la collection Shellworks.
Verres de la collection Shellworks. Photo DR

Loin d’être des actes isolés, ces différentes initiatives forment une vraie tendance en 2019 car elles répondent à des préoccupations écologiques autant qu’économiques. Le prochain salon de Milan réserve de ce côté quelques jolies surprises, à découvrir en temps réel sur ideat.fr

Revêtement Stonecycling créé à partir de gravats.
Revêtement Stonecycling créé à partir de gravats. Photo DR
Chaise Ocean en plastique recyclé des océans (Mater).
Chaise Ocean en plastique recyclé des océans (Mater). Mater

 

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