Expo : Balkrishna Doshi, un Pritzker chez Vitra

C’est le doyen du célèbre prix d’architecture qui a les honneurs du Vitra Design Museum ce printemps. Disciple de Le Corbusier, Balkrishna Doshi y fait l’objet d’une exposition rétrospective permettant de découvrir la portée du travail de ce précurseur dans son pays de naissance, l’Inde.

L’annonce a surpris le monde de l’architecture. Le 8 mars 2018, l’Indien Balkrishna Vithalas Doshi, né à Pune, au sud-est de Mumbai, a remporté le Pritzker Prize, à l’âge canonique de 90 ans. En quarante années d’existence de la récompense suprême, c’est la première fois qu’un architecte issu du sous-continent indien est ainsi distingué.

L’agence d’architecture de Balkrishna Doshi, Sangath Architect’s Studio, a été construite à Ahmedabad, en Inde, en 1980.
L’agence d’architecture de Balkrishna Doshi, Sangath Architect’s Studio, a été construite à Ahmedabad, en Inde, en 1980. Photo courtesy of VSF

Virtuose du béton et de la brique, ce disciple de Le Corbusier, avec qui il a collaboré en France pendant les années 50, a ensuite représenté le maître jusqu’en 1959 à Chandigarh (Pendjab) et à Ahmedabad (Gujarat), où est implantée son agence. À Ahmedabad aussi, il a travaillé aux côtés de l’Américain Louis Kahn, avec lequel il a signé l’Indian Institute of Management. Son travail est sans aucun doute imprégné de cette influence moderniste, qu’il a adaptée avec sensibilité à la culture, aux traditions, aux ressources et à la végétation locales.

L’une des spacieuses allées inondées de lumière de l’Indian Institute of Management de Bangalore, réalisé par Balkrishna Doshi entre 1977 et 1992.
L’une des spacieuses allées inondées de lumière de l’Indian Institute of Management de Bangalore, réalisé par Balkrishna Doshi entre 1977 et 1992. © VINAY PANJWANI

Le Vitra Design Museum est le premier à proposer une rétrospective de son œuvre en dehors de l’Asie. Le musée a notamment sollicité Khushnu Hoof, petite-fille de Balkrishna Doshi, elle-même architecte, pour réaliser cette exposition présentant nombre de projets conduits entre 1958 et 2014 : des plans d’urbanisme, des campus, des administrations, des institutions culturelles et des maisons, que l’on retrouve sous forme de dessins, de maquettes, de photos et de vidéos.

Une portion du lotissement achevé en 1973 pour le compte de la Life Insurance Corporation. Un projet conçu pour s’adapter aux besoins de chaque famille.
Une portion du lotissement achevé en 1973 pour le compte de la Life Insurance Corporation. Un projet conçu pour s’adapter aux besoins de chaque famille. Photo courtesy of VSF

Au-delà du propos des formes architecturales, cet événement rend aussi compte de l’évolution de la société indienne depuis le début des années 50. C’est l’occasion de découvrir le rôle de pionnier endossé par Doshi, malgré les critiques de certains lui reprochant d’être aveuglément resté un inconditionnel de Le Corbusier. L’exposition témoigne ainsi des expérimentations qu’il a menées à bien dans son pays, comme ces logements sociaux qui s’adaptent aux évolutions des besoins des habitants, un système modulaire conçu par l’architecte leur permettant de personnaliser leurs maisons en fonction de leur culture et de leurs revenus… Preuve que modernisme peut rimer avec humanisme.

Indian Institute of Management de Bangalore.
Indian Institute of Management de Bangalore. © VINAY PANJWANI

> « Balkrishna Doshi: Architecture for the People ». Au Vitra Design Museum, à Weil am Rhein (Allemagne), jusu’au 8 septembre.

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