Tendances 2019 : les designers s’emparent des nouveaux matériaux naturels

Conscients qu'il faut désormais employer des matériaux plus durables, les designers puisent dans un nouveau genre de ressources naturelles pour sauver la planète.

De designer à chercheur il n’y a qu’un pas, que franchissent aujourd’hui les praticiens les plus audacieux, pour offrir une alternative aux procédés de fabrication issus des Trente Glorieuses. Explorant de nouveaux territoires pour l’objet, un grand nombre de créatifs inventent de nouvelles matières premières. Car même nos ressources les plus écologiques, telles le bois, le bambou ou le rotin, ont un impact sur la planète. Quels autres matériaux naturels sont à notre disposition ? Quels sont ceux qui remplaceront les plastiques ? IDEAT tente d’y voir plus clair…

Des fruits et des légumes

Cassina vient de lancer une gamme de seize canapés et fauteuils habillé d’un simili-cuir à base de pelures et trognons de pomme.
Cassina vient de lancer une gamme de seize canapés et fauteuils habillé d’un simili-cuir à base de pelures et trognons de pomme. Cassina / Philippe Starck

Des pelures de fruits et légumes aux trognons et noyaux, aujourd’hui, plus rien ne se perd ! Pourquoi ne pas utiliser ces restes ménagers pour créer du mobilier ? C’est le pari relevé par Cassina et Philippe Starck, avec une nouvelle ligne de fauteuils et canapés en « cuir de pomme ». L’esprit végan ne se limite pas à nos assiettes mais prend lentement de l’ampleur dans nos intérieurs et inspire le marché du luxe, comme le prouve le grand éditeur  italien.


Expériences biophiles

From Peel to Peel, de Emma Sicher, un packaging alimentaire fait de déchets alimentaires.
From Peel to Peel, de Emma Sicher, un packaging alimentaire fait de déchets alimentaires. Emma Sicher

En Italie toujours, Emma Sicher combine des déchets alimentaires avec des bactéries et levures pour créer un matériau de packaging jetable, vraiment jetable, tandis qu’en Angleterre, le quotidien The Guardian a abandonné son enveloppe en polyéthylène au profit d’un emballage compostable à base d’amidon de pomme de terre.

Les lampes de Nir Meiri explorent le potentiel de cultures bactériennes comme mode de production.
Les lampes de Nir Meiri explorent le potentiel de cultures bactériennes comme mode de production. Nir Meiri

Le mycélium (la partie végétative du champignon) représente une autre ressource très étudiée aujourd’hui car il se nourrit de déchets organiques mais aussi synthétiques. Placé dans un moule, il croît dans des conditions contrôlées, ce que le designer londonien Nir Meiri a mis à profit pour une série de lampes. Basé sur le pouvoir de guérison de la nature, le design biophile et ses matériaux bio-sourcés nous permettent de construire un environnement plus sain pour demain, tout en créant, ou re-créant, un lien émotionnel avec la Terre.


La clé des champs

La gamme Hayfield de Nat2 est fabriquée à partir de foin pressé, d’herbe et de fleurs récoltés dans les Alpes.
La gamme Hayfield de Nat2 est fabriquée à partir de foin pressé, d’herbe et de fleurs récoltés dans les Alpes. Nat2

Prenant le concept dans son sens littéral, certains créatifs utilisent l’herbe qui pousse à foison dans les champs comme matière première. C’est le cas de Nat2, une boîte fondée autour d’une équipe d’ingénieurs allemands qui produit des chaussures 100 % végétaliennes. La gamme « Hayfield » est fabriquée à partir de foin pressé, d’herbe et de fleurs, avec une semelle en liège naturellement anti-bactérienne. Existe également les lignes « Champignon », « Café » et « Lait », qui recyclent les parties du lait non-utilisées dans l’alimentation.

Les carreaux de linoleum d’Atelier LVDW pour Forbo sont fabriqués à partir de fibres de jute.
Les carreaux de linoleum d’Atelier LVDW pour Forbo sont fabriqués à partir de fibres de jute. atelier-lvdw

En Hollande, ce sont des fibres de jute, totalement biodégradable, qu’Atelier LVDW remanie pour fabriquer du linoleum. Mélangé à du plâtre, le jute devient un revêtement durable, avec des motifs marbrés naturels, introduisant le concept du design biophile dans l’univers du revêtement de sol.


Quid du fumier?

Le projet Manureality de Studio Tinus interroge sur la possibilité d’intégrer des objets en excréments équins dans nos intérieurs.
Le projet Manureality de Studio Tinus interroge sur la possibilité d’intégrer des objets en excréments équins dans nos intérieurs. Studio Tinus

Martijn Straatman de StudioTinus a poussé la réflexion encore plus avant, en développant une collection de produits à base de fumier. Après une large recherche, le designer a déterminé que les excréments de chevaux possédaient les meilleures qualités pour fabriquer du mobilier, avec des propriétés similaires à l’aggloméré. Alors que nous avançons vers un avenir où tous les déchets seront considérés comme une matière première potentielle, celui-ci n’est pas plus étrange qu’un autre, après tout… Et surtout, cette démarche met l’accent sur le fait qu’aujourd’hui, l’inspiration est à chercher autour de nous…

Manureality de Studio Tinus.
Manureality de Studio Tinus. Studio Tinus

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