Bordeaux : le MADD sur la piste des lanternes en papier japonaises

La passionnante épopée des chôchin, ces ancestrales lanternes japonaises de papier, est retracée jusqu’au 19 mai à Bordeaux, au musée des Arts décoratifs et du Design, dans un parcours irrigué par des estampes venues du musée Guimet et près de 200 luminaires d’hier et d’aujourd’hui.

Vous avez dit « chôchin » ? Derrière cette mystérieuse appellation se cache un objet traditionnel de la culture japonaise dont on dépiste aujourd’hui les parentés dans les populaires suspensions sphériques distribuées par les mastodonte de l’ameublement comme IKEA. Pour autant, l’ascension de ce best-seller du design ne s’accorde pas les grâces de l’insipide linéarité.

Fabricants de lanternes en papier dits « chōchin » peignant (début du XXe siècle).
Fabricants de lanternes en papier dits « chōchin » peignant (début du XXe siècle). © New York Public Library - D.R.

Particulièrement utilisés à l’époque d’Edo (1603-1868) comme lampes portatives, les chôchin sont alors constitués d’une structure en bambou recouverte de papier à l’intérieur de laquelle on dispose une bougie. Avec l’arrivée de l’électricité, au début du XXe siècle, leur usage se raréfie et gagne les sphères de l’ornementation, de la signalétique ou une valeur symbolique propre aux fêtes et aux rituels.

Avenue Benten-dori à Yokohama, vers 1890.
Avenue Benten-dori à Yokohama, vers 1890. Collection Photovintagefrance

La destinée de ces petits phares fragiles aurait pu s’arrêter là si Isamu Noguchi n’avait croisé leur route. Au début des années 50, le sculpteur et designer américain d’origine japonaise fait escale à Gifu, sur l’île de Honshu, où il rencontre Tameshirô Ozeki, dont l’entreprise familiale produit des chôchin depuis le XIXe siècle. Ensemble, ils vont créer les célèbres lampes Akari, qui métamorphosent « l’éclat froid de la lumière électrique en lumière éternelle du soleil », pour paraphraser Noguchi.

Lampes Akari 1AD, 1AS et 1AY d’Isamu Noguchi (1952-1954). Fabriquées par Ozeki (Gifu, Japon) et distribuées en France par Sentou.
Lampes Akari 1AD, 1AS et 1AY d’Isamu Noguchi (1952-1954). Fabriquées par Ozeki (Gifu, Japon) et distribuées en France par Sentou. Francis Amiand – Sentou

Avec l’introduction de ces objets dans l’espace domestique, le succès est éclatant. L’alliage de simplicité, de tradition et de modernité qui les caractérise se répand au-delà des frontières nipponnes et connaît un formidable retentissement aux États-Unis et en France, où ils sont distribués à partir de 1956 par la galerie parisienne Steph Simon.

Ionna Vautrin, lampes Chouchin (2011, Foscarini).
Ionna Vautrin, lampes Chouchin (2011, Foscarini). © Massimo Gardone

Cette dynamique encouragera plusieurs designers à prolonger les explorations formelles de la typologie, comme le met en perspective l’exposition bordelaise du musée des Arts décoratifs et du Design, qui vient clore la saison « Japonismes 2018 » célébrant le 160e anniversaire des relations diplomatiques entre la France et le Japon.

> « As Movable as Butterflies. Les chôchin du Japon ». Au musée des Arts décoratifs et du Design de Bordeaux, jusqu’au 19 mai.

Lampes Formakami JH5, JH4, JH3 de Jaime Hayon (&tradition), des modèles uniques peints par le designer en 2018.
Lampes Formakami JH5, JH4, JH3 de Jaime Hayon (&tradition), des modèles uniques peints par le designer en 2018. © &tradition & Jaime Hayon
The Porcini Family de Jasper Morrison (2005). Fabriquée par Asano (Gifu, Japon).
The Porcini Family de Jasper Morrison (2005). Fabriquée par Asano (Gifu, Japon). ©Takuya Yamauchi

 

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