Rétrovision : Les icônes du Bauhaus

De 1919 à 1933, de Weimar à Berlin en passant par Dessau, les maîtres du Bauhaus décrassent le mobilier bourgeois du trop-plein de ses ornements XIXe. La sobriété s’impose ! Cent ans après la fondation de la célèbre école, les pièces emblématiques qui en sont issues, de bois, de métal ou de textile, sont devenues le trésor de guerre des éditeurs de design.

11/ Les tables gigognes B9 de Marcel Breuer (1902-1981)

Table B9 de Marcel Breuer (1925-1926).
Table B9 de Marcel Breuer (1925-1926). hans georg esch

Marcel Breuer n’a pas inventé les tables gigognes, mais il a eu l’idée de les moderniser en leur donnant une structure plus fine et plus élégante qu’avec le bois. Les B9 apparaissent dans le catalogue de l’éditeur allemand Thonet dès 1930. Si elles n’étaient pas destinées à une clientèle aisée au départ, ces tables, comme toute la lignée à laquelle elles appartiennent, sont devenues la « petite robe noire » du mobilier haut de gamme.


12/ La chaise S 33 de Mart Stam (1899-1986)

Chaise S3 de Mart Stam (1926).
Chaise S3 de Mart Stam (1926). hans georg esch

On retrouve l’influence de la forme cubique, chère aux acteurs du Bauhaus, mais posée cette fois-ci seulement sur les deux pieds avant. Quand il verra ce siège au piétement luge, l’artiste Kurt Schwitters se demandera pourquoi on mettait, jusque-là, quatre pieds aux chaises. Celle-ci, de l’architecte néerlandais Mart Stam, premier à avoir essayé l’acier tubulaire, a fait sensation à l’exposition du Werkbund dans la cité de Weissenhof, à Stuttgart, en 1927. Et dire que son prototype était fait de conduites de gaz reliées par des brides… C’est ainsi que la fameuse chaise en porte à faux est née.


13/ Le cendrier 90010 de Marianne Brandt (1893-1983)

1926, le cendrier 90010, de Marianne Brandt.
1926, le cendrier 90010, de Marianne Brandt. Tecnolumen

Pas mal pour un cendrier ! Il fait partie de ces petits objets dont la simplicité de forme sert la fonction tout en offrant, malgré sa taille, esthétique et variété de matériaux. Le label de design italien Alessi en propose cette année une version en laiton doré pour marquer le centenaire du Bauhaus. Pour l’occasion, Alberto Alessi en personne n’hésite pas à paraphraser Nietzche : « La seule chose qui peut encore aspirer à être un chef-d’œuvre de nos jours, c’est une petite chose. » Le design renaît de ses cendres !


14/ Le plafonnier DMB 26 de Marianne Brandt (1893-1983)

Plafonnier DMB 26, de Marianne Brandt (1926).
Plafonnier DMB 26, de Marianne Brandt (1926). Tecnolumen

On ne parle pas assez de Marianne Brandt de nos jours. Sa participation au Bauhaus a pourtant été capitale. Elle s’est en effet refusée à se cantonner au textile, vers lequel, malgré l’égalité de traitement promise, on destinait les femmes. Dès 1926, Marianne Brandt prouve que la maîtrise technique n’est pas une affaire de sexe : elle crée, et c’est tout. C’est Tecnolumen qui produit aujourd’hui ce plafonnier DMB 26, l’un des sept luminaires qu’elle a dessinés.


15/ La chaise S 533 de Ludwig Mies van der Rohe (1886-1969)

Chaise S533F de Mies van der Rohe (1927).
Chaise S533F de Mies van der Rohe (1927). Tecnolumen

Inspiré par les expérimentations de l’architecte néerlandais Mart Stam, lequel est suivi dans ses recherches par Marcel Breuer, Mies van der Rohe livre ici sa version du siège à piétement luge en porte à faux, aussi confortable qu’élégant. Thonet vient de sortir le fauteuil S 533 F (soit la version dotée d’accoudoirs) dans une édition limitée anniversaire développée par Studio Besau Marguerre, avec assise en cuir et deux finitions de métal.


16/ Le fauteuil pliant D4 de Marcel Breuer (1902-1981)

Fauteuil pliant D4 Bauhaus de Marcel Breuer (1927).
Fauteuil pliant D4 Bauhaus de Marcel Breuer (1927). hans georg esch

Alors que son fauteuil B3 « Wassily » était parfois considéré comme encombrant, Marcel Breuer en produit, sous le nom de B4, une version pliante, ne prenant ainsi de la place que lorsqu’on s’en sert. On reconnaît d’emblée l’usage de l’acier tubulaire, dont l’architecte est coutumier, habillé de panneaux de cuir ou de toile, notamment un tissu de fil d’acier particulièrement adapté à un usage extérieur. Réédité (et rebaptisé D4) par Tecta, il est depuis lors exposé au musée de l’éditeur, à Lauenförde, ce qui a inspiré à Breuer, peu de temps avant sa mort, cette déclaration : « C’est comme un vieux rêve oublié. »


17/ Le fauteuil D42 Weissenhof de Ludwig Mies van der Rohe (1886-1969)

Fauteuil D 42 de Mies van der Rohe (1927).
Fauteuil D 42 de Mies van der Rohe (1927). hans georg esch

Mies van der Rohe a été inspiré par la chaise à piétement luge de Mart Stam. Pour l’exposition au Weissenhof de Stuttgart en 1927, l’Allemand enfonce le clou avec ce grand arc métallique formant le porte-à-faux et cette illusion d’être assis sur de l’air. L’architecte veut voir son siège dans les maisons élégantes qu’il construit. Quelque part, il donne une forme moderne au lifestyle de l’époque. Un fauteuil devenu un intemporel du catalogue Tecta.


18/ Le service sucre et crème 90042 de Marianne Brandt (1893-1983) et Helmut Schulze

Service à thé 90042 de Marianne Brandt et Helmut Schulze (1928).
Service à thé 90042 de Marianne Brandt et Helmut Schulze (1928). hans georg esch

Brillant de tous ses atomes d’acier inoxydable, ce service comprend un pot à crème, un sucrier, un plateau et une pince. Mince, il n’y a pas un angle droit dans l’ensemble ! Tout y est rond, miroitant et quasiment sans aspérité. On ne saura jamais si Marianne Brandt, première femme à diriger l’atelier du métal au Bauhaus, l’a conçu ainsi pour évoquer la sensualité ou par souci de perfection technique et par obsession du détail. Qu’importe la réponse, le résultat ­combine les trois. Une aubaine pour Alessi, qui le réédite aujourd’hui.


19/ La chaise longue sur roues F41E de Marcel Breuer (1902-1981)

Chaise longue F41 de Marcel Breuer (1928).
Chaise longue F41 de Marcel Breuer (1928). hans georg esch

Ce trésor vintage, toujours édité par Tecta, donne invariablement l’impression d’être vu pour la première fois. L’architecte Marcel Breuer l’a pourtant conçu il y a 90 ans, et son épure lui a permis de passer entre les gouttes de l’obsolescence. Rien de gratuit dans ses formes. Ses roues, qui lui permettent d’être déplacé, mais lui donnent aussi des airs de bolide, même quand il est à l’arrêt. Marcel Breuer ne faisait pourtant pas de clin d’œil de style. Néanmoins, ses œuvres parviennent toujours à capter le regard rien que par leur intégrité, et l’indifférence à l’effet leur confère une grâce extraordinaire.


20/ Le fauteuil S35 de Marcel Breuer (1902-1981)

Chaise S35 de Marcel Breuer (1929).
Chaise S35 de Marcel Breuer (1929). Tecnolumen

Il a fait sensation en 1930, lors de l’exposition du Deutscher Werkbund au Grand Palais, à Paris. Tout y semble une réaction au confort bourgeois traditionnel. Avec le S35, Marcel Breuer nous assoit dans un dessin dont les traits seraient un fil d’acier tubulaire. Et chez Thonet, qui l’édite, si les oscillations des accoudoirs et de l’assise ne suffisent pas au confort, un repose-pieds assorti est prévu.

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