Hella Jongerius convertit Lafayette Anticipations en fabrique de tissus

Tout l’été, la designer et directrice artistique de Vitra investit la fondation parisienne des Galeries Lafayette avec « Entrelacs, une recherche tissée ». Une exposition imaginée sous forme d’atelier textile, qui transforme littéralement le bâtiment de Rem Koolhaas en un gigantesque métier à tisser.

Conçue comme une machine curatoriale, la fondation Lafayette Anticipations n’a jamais autant collé à sa vocation. Depuis le 7 juin, l’édifice parisien livre ses espaces d’exposition à Hella Jongerius pour trois mois de tissages ininterrompus. Sous les yeux du public, « Entrelacs » met en scène son processus de recherche et de création textile en temps réel, grâce à trois métiers à tisser expérimentaux. Utilisés à tour de rôle par l’équipe du Jongeriuslab, ils déploient leurs nouvelles techniques de tissages 3D et numériques, tout en exploitant l’architecture du lieu pour confectionner une œuvre monumentale.

Conçu pour être évolutif, l’espace de la fondation accueille jusqu’au mois de septembre un métier à tisser aux dimensions hors-normes.
Conçu pour être évolutif, l’espace de la fondation accueille jusqu’au mois de septembre un métier à tisser aux dimensions hors-normes. © Roel van Tour

Découvrir l’exposition en vidéo ici.

 

Pièce maîtresse du bâtiment imaginé par Rem Koolhaas, l’atrium central devient « Space Loom » : un métier à tisser développé in situ, qui s’inscrit dans la verticalité du bâtiment avec des fils de 16 mètres de long. Depuis les fameuses plateformes amovibles imaginées par l’architecte néerlandais dans cette « tour d’exposition», des artisans doivent à terme entrecroiser la forêt de fils pour composer des sphères, des volumes et des jeux graphiques dans l’espace. Une performance aux frontières du design et de l’art contemporain qui semblait évidente pour Hella Jongerius.

Imaginées lors de la conception du bâtiment par l’agence OMA, des plateformes mobiles permettent aux tisserands d’évoluer à la verticale pour atteindre la hauteur de fil souhaitée.
Imaginées lors de la conception du bâtiment par l’agence OMA, des plateformes mobiles permettent aux tisserands d’évoluer à la verticale pour atteindre la hauteur de fil souhaitée. © Roel van Tour

« Comme le bâtiment est fondamentalement une machine de par son architecture, il était logique de l’utiliser comme une machine à tisser, explique la designer hollandaise. Bien sûr, il s’agit d’une approche beaucoup moins précise qu’avec des métiers traditionnels, mais elle est à la fois plus tactile et plus flexible. Même si j’avoue que je n’ai aucune idée du résultat final ! » Car, plutôt que d’exposer des pièces définies, la directrice artistique en charge des couleurs et des matériaux chez Vitra s’est fixée une mission : « déconstruire les métiers à tisser » pour mettre en lumière un savoir-faire méconnu et réfléchir à son devenir.

Réalisés spécialement pour l’exposition, les fils de l’installation centrale alternent les couleurs, les diamètres et les techniques de tressage en formant parfois d’épais cordages .
Réalisés spécialement pour l’exposition, les fils de l’installation centrale alternent les couleurs, les diamètres et les techniques de tressage en formant parfois d’épais cordages . © Roel van Tour

Tout aussi unique, un second métier à tisser aborde ainsi le tissage 3D au premier étage du bâtiment. « Pourquoi devrions-nous concevoir des tissus en 2D alors que notre environnement est entièrement constitué d’objets en 3D ? », questionne la designer devant cette machine qui s’apprête à produire deux « briques » par jour. Des volumes plus ou moins parallélépipèdes, tissés autour d’une fine armature et dont les différents tressages invitent à introduire de nouvelles qualités tactiles dans notre quotidien. Assemblées au fur et à mesure, ces briques dresseront un mur d’une souplesse singulière à la fin de l’exposition.

Un métier à tisser d’un nouveau genre permet de réaliser des textiles en volume, sans jamais recourir à la couture.
Un métier à tisser d’un nouveau genre permet de réaliser des textiles en volume, sans jamais recourir à la couture. © Roel van Tour

D’ici le 8 septembre, des designers venus de toute l’Europe, étudiants, récemment diplômés ou intégrés au studio berlinois d’Hella Jongerius, pourront également développer leur recherches personnelles avec TC2. Cette machine allie pour la première fois la technique industrielle à la liberté d’une fabrication artisanale. Dédiée au jacquard, elle retranscrit fidèlement des motifs dessinés sur des logiciels grands publics comme Photoshop. Chaque pixel de l’image correspond à un nœud du tissu et l’utilisateur peut à tout moment en modifier le fil et la couleur. Une nouvelle liberté dont les premières expérimentations vont peu à peu gagner les murs de l’exposition aux côtés de celles de la designer.

Pour tester le potentiel de TC2, comme pour le reste des expérimentations, des fils de lin sont fournis par des fabricants certifiés du label Master of Linen, garantissant une traçabilité 100 % made in Europe.
Pour tester le potentiel de TC2, comme pour le reste des expérimentations, des fils de lin sont fournis par des fabricants certifiés du label Master of Linen, garantissant une traçabilité 100 % made in Europe. © Roel van Tour

Au-delà de l’exposition, Hella Jongerius et Vitra profitent de l’occasion pour dévoiler les derniers nés de leur collaboration chez A Rebours, la boutique de la fondation. Un canapé et un pouf baptisés Vlinder, dont les couleurs et motifs chamarrés célèbrent une fois de plus l’art du tissage.

Hella Jongerius avec le canapé et le pouf « Vlinder » (Vitra).
Hella Jongerius avec le canapé et le pouf « Vlinder » (Vitra). VitrA

> « Entrelacs, une recherche tissée ». Jusqu’au 8 septembre 2019. 9, rue du Plâtre, 75004 Paris. www.lafayetteanticipations.com

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