Expo : Jenny Holzer confronte ses mots au Guggenheim de Frank Gehry

Au musée Guggenheim de Bilbao, l’artiste conceptuelle américaine Jenny Holzer bénéficie, à 69 ans, d’une rétrospective de son œuvre militante, dont le principe est l’affichage dans l’espace public de messages percutants.

Imper mastic, jean et chemise noirs, longs cheveux raides et dénoués… Jenny Holzer impressionne par sa prestance. L’Américaine née en 1950 à Gallipolis (Ohio) inaugure la rétrospective que lui consacre le Guggenheim de Bilbao. Le parcours s’ouvre sur une salle entièrement tapissée de citations et de proverbes que, dès 1977, alors jeune diplômée des beaux-arts à l’université de l’Ohio, elle affichait sur les murs de Manhattan. Ces affiches colorées, collées anonymement, l’ont par la suite rendue célèbre.

L’artiste Jenny Holzer.
L’artiste Jenny Holzer. Nanda Lanfranco

Ses brûlots, qui dénoncent l’ignorance et la violence, défendent les luttes féministes ou l’égalité raciale, Jenny Holzer, future lauréate du Lion d’or à la Biennale de Venise en 1990, les nomme « Truismes » ou « Essais incendiaires ». À l’instar de celui de ses contemporains (Lawrence Weiner, Joseph Kosuth ou Barbara Kruger), son questionnement sur la définition de l’artiste et sa place au sein de l’institution aboutit à des pratiques où l’utilisation du langage comme vecteur de l’idée devient une condition essentielle, parfois même suffisante, à l’existence de l’œuvre.

Ram (Bélier) (2016), de Jenny Holzer. Un panneau de LED diffuse le texte « Two Faces the Color of Iron » issu de Building the Barricade, d’Anna Swirszczynska.
Ram (Bélier) (2016), de Jenny Holzer. Un panneau de LED diffuse le texte « Two Faces the Color of Iron » issu de Building the Barricade, d’Anna Swirszczynska. Collin LaFleche

L’art et la force des mots

« There Was a War » (2019).
« There Was a War » (2019). Photo Collin LaFleche

Ses messages s’étalent donc sur tous les supports, bancs de pierre, tableaux sérigraphiés, aquarelles expressionnistes, évoquant les crimes sexuels, les abus de pouvoir… Autant d’agressions qui traversent aussi les dessins de sa collection personnelle, présentés en contrepoint, signés Louise Bourgeois, Kiki Smith, Alice Neel ou Nancy Spero. Jenny Holzer est l’une des premières à avoir adapté la technologie LED – jusque-là réservée aux annonces commerciales et publicitaires – au domaine artistique.

Projeté sur le Guggenheim de Frank Gehry, « Iron Currycomb » utilise un texte tiré de « Talking to My Body » d’Anna Świrszczyńska.
Projeté sur le Guggenheim de Frank Gehry, « Iron Currycomb » utilise un texte tiré de « Talking to My Body » d’Anna Świrszczyńska. Erika Ede

Le choix de panneaux électroniques sur lesquels défilent des phrases-chocs lui permet alors de toucher le plus grand nombre, tout comme les extraits de poèmes qu’elle projette, une fois la nuit tombée, sur la façade arrière du musée. Une intervention souhaitée par l’artiste depuis l’ouverture du Guggenheim, pour lequel elle créa, en 1997, un ensemble de piliers diffusant aujourd’hui encore des messages verticaux qui saccadent la lumière comme autant de manifestants scandant leurs revendications. Un vœu enfin réalisé.

> « Jenny Holzer. L’Indescriptible ». Au musée Guggenheim, à Bilbao (Espagne), jusqu’au 9 septembre. Tél. : +34 944 35 90 00.

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