Expo : Au musée de Vitra, le design rencontre la bande dessinée

Pour son exposition estivale, le Vitra Design Museum revisite sa collection à travers le prisme du 9e art. L’occasion d’un dialogue inédit et pertinent entre deux univers : le design et la bande dessinée.

Après avoir exposé le design comme enjeu de pouvoir avec « Seats of power », le Vitra Design Museum confronte sa formidable collection du Schaudepot à l’univers non moins foisonnant de la bande dessinée. Apparu dans le courant du XIXe siècle, ce genre à la fois graphique et littéraire fait désormais partie intégrante de la culture mondiale, de la ligne claire belge aux comics américains, en passant par les mangas japonais. L’exposition « Living in a Box » propose de mettre en regard ces codes esthétiques avec ceux du design, à travers une double mise en scène.

Les Moomins ont des jambes trop petites pour profiter de la BUtterfly Chair…
Les Moomins ont des jambes trop petites pour profiter de la BUtterfly Chair… Tove Jansson / Vitra Design Museum

Un premier axe de l’exposition présente l’intrication des deux univers. On découvre chez de grands auteurs de BD des références explicites à des meubles iconiques, comme dans Diabolik (série italienne à succès des sœurs Giussani) où l’un des personnages s’assoit dans une Lounge Chair des Eames. L’utilisation de cette référence fait du héros un homme moderne au goût sûr, là où, à l’inverse, un personnage des Moomins démontre son ignorance en critiquant une Butterfly chair. Franquin, Hergé, mais également les auteurs américains de comics : tous, dès les années 1920, ont intégré des objets de design dans leurs récits. Le design est mis en case pour construire le décor mais aussi comme un élément narratif qui, parfois, sert l’intrigue. Dans Here de Richard McGuire (1989), on découvre ainsi l’histoire d’une pièce et des événements qui s’y sont déroulés au cours de centaines de milliers d’années.

Planche tirée d’Asterios Polyp de David Mazzucchelli (2009)
Planche tirée d’Asterios Polyp de David Mazzucchelli (2009) David Mazzucchelli

Les designers ont eux aussi puisé dans les codes esthétiques de la bande dessinée via des clins d’œil tantôt explicites (la lampe Snoopy d’Achille Castiglioni), tantôt subtils (la Tomato Chair d’Eero Aarnio, référence au personnage de comics Plastic Man). Le designer japonais Oki Sato (du studio Nendo) a même dédié une collection de 50 chaises, les Manga Chair, à l’art de la BD nippone et sa mise en cases tout en mouvement.

Manga Chair #47 d’Oki Sato (Nendo, 2015).
Manga Chair #47 d’Oki Sato (Nendo, 2015). andreas-sutterlin

Le second axe de l’exposition propose, lui, un dialogue sous forme de bulles placées sur des œuvres du Schaudepot, bâtiment où est stockée l’extraordinaire collection du Vitra Design Museum. Dans une scénographie quelque peu irrévérencieuse, les meubles dialoguent entre eux, s’interpellent, pour évoquer l’histoire du design et ses enjeux. Toutes deux issues des collections Memphis, la chaise First de Michele De Lucchi (1983) apostrophe la bibliothèque Carlton d’Ettore Sottsass (1981), lui demandant si elle sert bien à quelque chose. Et cette dernière de lui répondre qu’en réalité, elle est très pratique !

Dialogue de chaises Eames dans le Vitra Design Museum.
Dialogue de chaises Eames dans le Vitra Design Museum. Aurelien Montinari

La Lockheed Lounge de Marc Newson (1986) clôt le débat en déclarant : « Carlton, je t’en prie, nous avons été conçus pour les musées, tu le sais bien ! » Dans un registre plus léger, la Lounge Chair des Eames (1956) complimente la Lady Chair de Marco Zanuso (1951) : « Le rouge te va à ravir, Lady » ; « Tu me fais rougir », lui répond le fauteuil écarlate. Des objets iconiques personnifiés pour une réflexion pleine d’humour qui convie le visiteur à la joute verbale. Avec « Living in a Box », la bande dessinée se fait design et le design se fait bande dessinée, dans un double mouvement esthétique et sémantique.

> Living in a Box : design and comics au Vitra Design Museum, Schaudepot, jusqu’au 20 octobre 2019.

La Ball Chair d’Eero Aarnio (1963) en pleine crise existentielle.
La Ball Chair d’Eero Aarnio (1963) en pleine crise existentielle. Aurelien Montinari

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