Reportage déco : Desjeux-Delaye réinvente le classicisme parisien

Initialement spécialisées dans l’hôtellerie, les architectes d'intérieur Dorothée Delaye et Daphnée Desjeux signent également des appartements d’exception. Dernier en date, un espace de 160 m2 où le mélange des genres revigore les moulures d’un immeuble du IIIe arrondissement de la capitale.

Avec son salon en rotonde exposé plein sud, le dernier projet de l’agence Desjeux-Delaye dispose d’une rare luminosité et de vues variées sur les toits de Paris et le marché du Carreaux du Temple. Des atouts qui ont logiquement séduit un couple et ses deux enfants, nouveaux résidents de cet appartement logé aux derniers étages d’un immeuble des années 1900. « Les propriétaires cherchaient à conserver un maximum de lumière, ce qui nous a poussées à peindre le salon en blanc. En revanche, ils souhaitaient aussi amener un peu de fantaisie, ce que nous avons fait par le mobilier et les objets », indique Daphné Desjeux.

Créatrices de mobilier et de luminaires, notamment pour Ligne Roset et Versant Editions, Daphné Desjeux et Dorothée Delaye n’en délaissent pas pour autant le mobilier chiné, comme en attestent ces tables basses en marbre et métal et ce fauteuil « Emmanuelle », qui apporte une incontestable touche de fantaisie à cet intérieur parisien.
Créatrices de mobilier et de luminaires, notamment pour Ligne Roset et Versant Editions, Daphné Desjeux et Dorothée Delaye n’en délaissent pas pour autant le mobilier chiné, comme en attestent ces tables basses en marbre et métal et ce fauteuil « Emmanuelle », qui apporte une incontestable touche de fantaisie à cet intérieur parisien. Nicolas Anetson

Associée à Dorothée Delaye depuis 2012, l’architecte d’intérieur poursuit : « Les grandes lignes du projet consistaient à redynamiser le classicisme de l’appartement, notamment grâce au choix des couleurs. » En témoigne le kaki qui habille les boiseries d’un second salon, en vis-à-vis de deux fauteuils tapissés de velours orangé. Pour rehausser la scénographie d’un espace, l’agence parisienne s’est fait une spécialité de ces associations entre teintes chaudes et coloris « masculins ».

Mise en abîme de miroirs dans ce salon kaki qui tranche avec la blancheur immaculée de l’espace principal. Lampes à poser Versmissen, objets et vaisselle variés (Boutique Ailleurs, rue Saint-Nicolas, 75012).
Mise en abîme de miroirs dans ce salon kaki qui tranche avec la blancheur immaculée de l’espace principal. Lampes à poser Versmissen, objets et vaisselle variés (Boutique Ailleurs, rue Saint-Nicolas, 75012). Nicolas Anetson
Largement ouvert sur l’extérieur, le séjour prendrait presque des airs de jardin d’hiver avec cette étonnante console chinée. Fauteuil ARP habillé de velours orange (Pierre Frey), lampe à poser Vanity Boom.
Largement ouvert sur l’extérieur, le séjour prendrait presque des airs de jardin d’hiver avec cette étonnante console chinée. Fauteuil ARP habillé de velours orange (Pierre Frey), lampe à poser Vanity Boom. Nicolas Anetson

Après le terracotta et le vert-de-gris, qui se déclinent dans l’hôtel la Planque, place au duo pourpre et vert profond, l’un des favoris de Daphné Desjeux, dans la chambre parentale. Caractéristiques de leur travail, les lignes franches de la tête de lit répondent à celles d’une suspension aux accents Art Déco. Une inspiration également palpable dans la salle de bains sertie de marbre, tandis que du lambris apporte un charme bucolique à la cuisine. A la fois raffiné et chaleureux, l’aménagement mêle des matières nobles aux finitions rustiques, en multipliant les « mariages improbables ».

De la cuisine à la chambre parentale, le duo démontre un goût très sûr pour les associations de couleurs. A droite, applique Bert Frank, liseuse Marset en laiton brossé, tableau abstrait de Jeni Camdessus, lampe à poser Vanity Boom, pouf Desjeux-Delaye, coussins et tête de lit Caravane, tapissée d’un tissu velours (Lelièvre).
De la cuisine à la chambre parentale, le duo démontre un goût très sûr pour les associations de couleurs. A droite, applique Bert Frank, liseuse Marset en laiton brossé, tableau abstrait de Jeni Camdessus, lampe à poser Vanity Boom, pouf Desjeux-Delaye, coussins et tête de lit Caravane, tapissée d’un tissu velours (Lelièvre). Nicolas Anetson
Des finitions brutes introduisent une note romantique dans tout l’appartement, en contraste avec des matériaux plus précieux. Pratiquement inexistant au sein du projet, le design industriel trouve tout de même place dans la salle de bains, sous la forme d’une suspension de Tom Dixon. A gauche, lampe à poser Eichholtz et tableau d’Isabelle Guillon.
Des finitions brutes introduisent une note romantique dans tout l’appartement, en contraste avec des matériaux plus précieux. Pratiquement inexistant au sein du projet, le design industriel trouve tout de même place dans la salle de bains, sous la forme d’une suspension de Tom Dixon. A gauche, lampe à poser Eichholtz et tableau d’Isabelle Guillon. Nicolas Anetson

« Nous adorons rendre nos décors uniques, donc nous dessinons beaucoup nos bureaux, tables, luminaires, chaises… Et à nos yeux, cela ne fonctionne que si cela est marié avec du mobilier qui a déjà vécu, reprend Daphné Desjeux. On nous dit souvent qu’on se sent tout de suite bien dans les lieux que nous décorons. C’est vraiment ce que l’on cherche à créer : une ambiance ! Et c’est justement possible grâce à ces rencontres pas toujours logiques. » Pour preuve, les trois suspensions qui cohabitent au centre de la salle à manger dans un contraste du plus bel effet, juxtaposant des reflets dorés à des franges en fibre naturelle.

En misant sur la diversité des styles, des formes et des matières, la décoration évite l’écueil de « l’effet showroom », à la fois impersonnel et peu convivial. Suspension (Honoré Décoration) encadrée par deux suspensions anciennes, chaises italiennes (Torre) et bar en rotin chiné.
En misant sur la diversité des styles, des formes et des matières, la décoration évite l’écueil de « l’effet showroom », à la fois impersonnel et peu convivial. Suspension (Honoré Décoration) encadrée par deux suspensions anciennes, chaises italiennes (Torre) et bar en rotin chiné. Nicolas Anetson

Si elle conjugue le marbre et le laiton, la table de la salle à manger privilégie une épure formelle, dans la lignée des autres pièces dessinées sur mesure. Conçues dans une esthétique intemporelle, celles-ci offrent plus de liberté aux objets chinés. Des pièces souvent artisanales, qui dialoguent avec une sélection d’œuvres d’art tout aussi éclectique. Jusque dans les moindres détails, Daphné Desjeux et Dorothée Delaye brassent les styles comme les époques, et ce n’est prêt de s’arrêter… Entre quatre projets d’hôtels parisiens, le duo planche actuellement sur le futur restaurant de l’Hôtel de la Marine, inauguré en 1774 face à la place de la Concorde.

Tout en signant des projets d’envergure, Dorothée Delaye (à gauche) et Daphné Desjeux peaufinent en ce moment le design de plusieurs chaises, à découvrir chez différents éditeurs à partir de l’hiver prochain.
Tout en signant des projets d’envergure, Dorothée Delaye (à gauche) et Daphné Desjeux peaufinent en ce moment le design de plusieurs chaises, à découvrir chez différents éditeurs à partir de l’hiver prochain. Nicolas Anetson

> Desjeux Delaye. Cité Héron, 5, rue de l’hôpital Saint-Louis, 75010 Paris.

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