Rencontre : Éloge de la simplicité avec Christina Seilern

Elle a fondé Studio Seilern Architects à Londres en 2006. Celle qui travaille une gamme très hétéroclite de bâtiments, variant les géographies et les échelles, inaugure ce mois-ci une salle de concert dans le village alpin suisse d’Andermatt… L’occasion de mieux faire connaissance.

L’édifice le plus émouvant ?
Christina Seilern : La chapelle du Massachusetts Institute of Technology, à Cambridge, conçue par Eero Saarinen. Sa simplicité masque la complexité des détails. La façon dont la lumière vient toucher l’intérieur est très touchante.

Le plus beau bâtiment historique ?
Le Panthéon, à Rome, et surtout sa coupole à caissons en béton, avec un oculus central donnant sur le ciel. La sobriété parfaite est toujours la plus difficile à atteindre. Et, deux mille ans plus tard, c’est toujours le plus grand dôme en béton non armé du monde.

Le parvis du Capitole de Chandigarh.
Le parvis du Capitole de Chandigarh. Jean-Claude Figenwald

La ville la plus intéressante ?
J’ai visité Chandigarh, en Inde, quand j’avais 20 ans. Une ville construite par Le Corbusier que j’avais imaginée intéressante, mais peut être impersonnelle. Ce que j’y ai vu était surprenant : il y avait un humanisme palpable et, dans une certaine mesure, elle est plus réussie que sa jumelle contemporaine, Brasilia. C’est maintenant une cité de 1,6 million d’habitants. Ce qui était une « expérience architecturale » s’est avéré une réussite.

Le quartier le plus intéressant ?
Le West Village, à New York. J’y ai vécu dans les années 90 dans un immeuble des années 1900… Il y avait des travestis la nuit et des bouchers le jour, tous à la recherche de travail. Aujourd’hui, ça a beaucoup changé, il y a plein de bars branchés, de restaurants et de projets résidentiels qui font grimper les prix de l’immobilier à des sommets. Le sable a disparu et, avec lui, le charme et le plaisir…

Une ville historique ?
Assise… avec son clerc éponyme saint François.

Votre architecte « historique » préféré ?
Carlo Scarpa (1906-1978) était un maître du dessin. Le magasin Olivetti de Venise en est un bel exemple : ses 150 m2 ont été transformés en un joyau de surprises et de détails raffinés. Chaque raccordement, chaque meuble, chaque matériau est choisi avec une précision étonnante.

Le Negozio Olivetti, une boutique créée par l’architecte vénitien Carlo Scarpa.
Le Negozio Olivetti, une boutique créée par l’architecte vénitien Carlo Scarpa. Young-Ah Kim

Un mouvement architectural ?
La Renaissance. Le patronage était extrêmement fort et désireux de promouvoir le changement. Clients, artistes, architectes, ingénieurs travaillaient tous en symbiose. Les projets duraient parfois toute une vie. La construction était considérée comme une forme d’art et les architectes comme des artistes. Les constructeurs étaient des artisans et des artistes à part entière.

Un bâtiment du XXe siècle ?
Le Salk Institute for Biological Studies (Californie), de Louis Kahn (1901-1974). Ce n’est pas seulement un bâtiment d’une grande beauté, il offre également une solution innovante pour les laboratoires. Kahn a introduit un espace interstitiel pour y loger les systèmes mécaniques. Le laboratoire a ainsi pu s’adapter à la nature changeante de la recherche scientifique. Depuis, c’est devenu un élément de base dans la plupart des conceptions de laboratoire.

Et un bâtiment du XXIe siècle ?
La tour de Rafael Viñoly, 432 Park Avenue Tower, à New York. Le bâtiment est élégant et simple, mais, plus que cela, il est incroyablement intelligent. Rafael a créé une nouvelle typologie de tours de grande hauteur en repensant leur structure afin d’atteindre une minceur que l’on croyait auparavant impossible. Il m’a gentiment invitée à visiter le bâtiment pendant la construction. Marcher à travers la structure brute du 44e étage a été une expérience impressionnante.

Le gratte-ciel du 432 Park Avenue Tower, nouveau venu dans la skyline new-yorkaise.
Le gratte-ciel du 432 Park Avenue Tower, nouveau venu dans la skyline new-yorkaise. Photo DR

Le plus bel aéroport ?
L’aéroport de Stansted, à Londres, non pas parce qu’il est beau, mais parce qu’il est différent. Il a été conçu comme un kit assemblé pour être extensible. Il ressemble d’ailleurs plus à une machine qu’à un bâtiment.

À quelle autre profession peut-on comparer celle d’architecte ?
Réalisateur ou écrivain. En architecture, vous faites d’abord un plan, que vous développez ensuite à travers ses détails. Le résultat n’apparaît qu’à la toute fin. Tout comme pour le cinéma, il y a beaucoup de gens impliqués. Cela rend le résultat parfois imprévisible. D. H. Lawrence a dit que, lorsqu’on écrit un livre, il faut parfois faire confiance à l’histoire plutôt qu’à l’auteur. J’y pense souvent dans mon travail.

Architecture rime avec ?
Avenir ! Nous sommes les gardiens de l’environnement bâti dont profiteront les générations futures. Je prends personnellement cette responsabilité à coeur…

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