Interview : LRNCE, la déco contemporaine sous le soleil de Marrakech

Voilà quelques mois que Laurence Leenaert affole le monde de la décoration avec ses modèles graphiques et gorgés de soleil. La créatrice belge, installée à Marrakech depuis 2015, dessine aussi des vêtements inspirés de sa patrie d’adoption. Elle nous raconte le processus créatif qui guide la conception de ses collections de mode et de design, sous la marque LRNCE.

Vous êtes arrivée à Marrakech il y a quatre ans. Qu’est-ce qui a poussé la jeune femme belge à s’installer ici ?
Laurence Leenaert (LRNCE) : J’ai étudié la mode à l’Académie royale des beaux-arts de Gand, en Belgique, où je me suis spécialisée dans les accessoires. Quand je suis arrivée à Marrakech, c’était avec l’idée de concevoir des sacs avec des matériaux locaux. Le fait d’être loin de tout – de ma famille et de mes amis – m’a aidée à me concentrer sur mon ­travail. Je suis venue pour six semaines et finalement je suis restée ! Je vis près du musée Yves Saint Laurent, dans le quartier des artisans, où sont installés de nombreux marbriers et menuisiers… C’est un environnement très reposant.

Le style LRNCE se décline sur les petits comme sur les grands formats.
Le style LRNCE se décline sur les petits comme sur les grands formats. LRNCE

Un environnement qui a aussi influencé votre style. Comment le Maroc a-t-il agi sur votre processus créatif ?
C’est la lumière marocaine qui m’importe par-dessus tout. J’aime le soleil, les palmiers… Mais c’est au fur et à mesure de mes rencontres avec les artisans, les ­outils, des textiles, les techniques de tissage que j’ai lentement évolué vers la décoration. Si j’étais restée à Bruxelles ou si j’avais déménagé à Paris, par exemple, j’aurais probablement continué à travailler dans la mode. S’adapter à son environnement est essentiel !

Laurence Leenaert dans son showroom au cœur de Marrakech.
Laurence Leenaert dans son showroom au cœur de Marrakech. bastien lattanzio

Quelles sont vos autres sources d’inspiration ?
J’admire les artistes Jess Fuller et Leo Gabin et les créateurs de mode Sunnei et Rejina Pyo. En architecture, je m’inspire du travail de Luis Barragán, de ses couleurs chatoyantes et de ses lignes modernistes. Je voyage aussi beaucoup. J’adore vivre à Marrakech, mais j’ai besoin de quitter la ville tous les trois mois pour voir autre chose, et pas forcément en Europe, au contraire. J’adore aller en Inde, j’aimerais beaucoup y vivre pour approfondir mes connaissances sur l’artisanat incroyable de ce pays. En ce moment, je découvre l’Asie, et je m’envole pour Bali dans quelques semaines.

Qu’est-ce qui guide le dessin de vos vêtements ?
Je ne dessine que ce que j’aimerais porter au quotidien. D’ailleurs, la plupart de mes vêtements sont des pièces uniques que je conçois pour moi, déclinées ­ensuite dans de très petites collections et vendues uniquement dans notre boutique de Marrakech. Les Marocains m’inspirent énormément. J’aime la façon dont les hommes s’habillent ici, en djellaba et baskets. Ils n’ont pas peur de la couleur et les plus âgés vont ­encore se vêtir chez les tailleurs. J’adore !

Assiettes en terre cuite argileuse sur lesquelles la créatrice dessine des figures abstraites.
Assiettes en terre cuite argileuse sur lesquelles la créatrice dessine des figures abstraites. LRNCE

Vous créez des objets de déco mais aussi des vêtements. Quels sont les points communs et les différences entre ces deux univers ?
Je suis très ouverte, et surtout, je veux rester libre, ne pas être obligée de choisir. Je prends le même plaisir à faire les deux, j’y mets les mêmes émotions et les mêmes valeurs. Je tiens à dessiner des pièces joyeuses, faites à la main. D’ailleurs, j’applique souvent le même motif en mode et en décoration. Cependant, le vêtement oblige à prendre en compte davantage de paramètres, et parmi eux le confort et la dimension pratique. ­Actuellement, je m’oriente plutôt vers des pièces oversize. Je dessine notamment beaucoup de kimonos, que j’habille de broderies réalisées à la main.

Masque africain acheté par la jeune femme dans la médina de Marrakech, qui s’accorde à la veste LRNCE sortie en 2015.
Masque africain acheté par la jeune femme dans la médina de Marrakech, qui s’accorde à la veste LRNCE sortie en 2015. LRNCE

Les objets constituent-ils la part essentielle de vos revenus ?
Oui, mais même si je ne fabrique pas de pièces uniques, je porte une attention toute particulière au choix des boutiques qui distribuent mes collections. J’en compte à ce jour une douzaine, et c’est déjà très bien. Neuf ­personnes travaillent dans mon studio et je collabore avec trente-cinq artisans spécialisés en ­broderie, tapis, céramique… Je suis très attachée à l’idée de ­rester une entreprise artisanale.

Travail préparatoire à même le sol pour les créations textiles.
Travail préparatoire à même le sol pour les créations textiles. LRNCE

Rançon du succès, votre style est très copié. Comment réagissez-vous ?
C’est le problème que pose Instagram. L’outil est idéal pour toucher des personnes dans le monde entier, mais ­certains s’en servent parfois comme une source directe d’inspiration, à l’image d’une série d’échantillons à copier. Je consacre beaucoup d’énergie à mon travail, j’y mets toute mon âme, et certains plagient mes créations comme si ce n’était rien. Sincèrement, je trouve ça horrible.

La nouvelle collection de poufs Marwaa, de couleur bleu Majorelle, est exposée sous un tableau de la designer. Une œuvre solaire, inspirée de son pays d’adoption.
La nouvelle collection de poufs Marwaa, de couleur bleu Majorelle, est exposée sous un tableau de la designer. Une œuvre solaire, inspirée de son pays d’adoption. LRNCE

Quels sont vos projets ?
Je vais ouvrir un nouveau lieu dans un riad de la ­médina, qui devrait accueillir un restaurant, mon studio ainsi qu’une boutique. Je travaille également sur des partenariats avec des hôtels situés en Italie mais, surtout, je prends les choses comme elles viennent. Et si la mode représente aujourd’hui une ­petite part de mon activité, je sais que tout peut évoluer du jour au lendemain !

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