Reportage déco : A Paris, le studio Necchi fait l’éloge du beau

Comment faire d’un 36 m2 un véritable lieu de vie ? Le duo Necchi fait la prouesse de réinventer un petit appartement biscornu du Marais sans casser de murs et en le rendant franchement désirable. Rencontre avec deux architectes d’intérieur inspirés.

Les Parisiens se cassent souvent la tête pour aménager leur petit espace. Si certaines enseignes de bricolage et décoration prodiguent astuces et idées de rangement, le mieux est parfois de revoir entièrement sa copie. Tombés amoureux du charme tout parisien d’un petit appartement du Marais, Charlotte et Alexis font fi de son plan quelque peu alambiqué quand ils signent l’acte d’achat. En leur qualité d’architectes d’intérieur, eux voient dans cet espace réduit un potentiel de transformation énorme et décident de relever le défi.

Necchi s’inspire du modernisme mais aussi des maîtres italiens pour apposer une patte éclectique et élégante dans ses projets.
Necchi s’inspire du modernisme mais aussi des maîtres italiens pour apposer une patte éclectique et élégante dans ses projets. Amélie Monti

Charlotte Albert et Alexis Lamesta se rencontrent sur les bancs de l’Ecole Bleue où ils s’amourachent en même temps qu’ils se forment à une architecture d’intérieur pointue et rigoureuse. Leur diplôme en poche, ils font leurs armes dans des agences parisiennes, Charlotte chez Sarah Lavoine, Alexis chez Jean-Louis Deniot. Naturellement, le duo crée le studio Necchi – une référence à la Villa Necchi Campiglio à Milan, dont la beauté Art Déco les a subjugués.

Dans le couloir, une table en céramique de Roger Capron.
Dans le couloir, une table en céramique de Roger Capron. Amélie Monti

Ensemble, ils affutent leur regard, déjà fortement porté sur le design brut, pur et élégant. Leurs références ? Le dépouillement d’Adolf Loos, le modernisme de Robert Mallet-Stevens ou d’Auguste Perret, l’avant-gardisme de Pierre Chareau… Ils détestent le luxe tape-à-l’œil à l’image et lui préfèrent le travail d’Andrée Putman, l’un des modèles majeurs de Charlotte. En fait, c’est le détail qui les intéresse. Cette petite chose que seul un œil aguerri remarque et qui pourtant fait toute la différence. « A première vue, les détails sont des éléments qui ne se lisent pas, mais ce sont eux qui donnent véritablement vie à un lieu. Ils sont un moyen pour nous de théâtraliser l’espace et de lui donner une vraie force. »

La chambre se glisse naturellement derrière une cloison.
La chambre se glisse naturellement derrière une cloison. Amélie Monti

Leur premier projet ensemble – et probablement celui qui comptera le plus – c’est leur premier lieu de vie commun : un 36 mà deux pas de la rue des Rosiers, charmant, mais plein de challenges. Quand ils l’achètent, tout est à revoir. « On voulait que l’appartement s’adapte à notre mode de vie, pas l’inverse. »

La disposition des pièces ne leur semble pas logique ? Qu’à cela ne tienne, ils inversent le plan de l’appartement ! « Il fallait passer par la cuisine pour aller dans la salle de bains, la chambre donnait sur la rue qui est plutôt bruyante et mal isolée. » Necchi planche sur une nouvelle distribution des pièces, re-séquence les espaces, travaille les volumes. De l’existant, il ne restera que le sublime parquet Versailles et la cheminée en céramique du salon. La chambre devient alors la cuisine, la salle de bains déménage à sa place et le coin nuit se niche derrière une cloison vitrée grâce à un espace grappillé sur le salon. L’ensemble respire et, surtout, laisse de l’espace à un couple qui vit et travaille ensemble. Un peu comme s’ils avaient poussé les murs par magie…

La cuisine a pris la place de l’ancienne chambre.
La cuisine a pris la place de l’ancienne chambre. Amélie Monti

Il s’agira ensuite d’apposer la patte Necchi à la décoration de l’appartement. Les murs se parent de blanc : « On a choisi un blanc chaud qui vibre et change en fonction de la lumière extérieure. Ses nuances apportent de la lisibilité à l’espace et, contrairement aux idées reçues, créent une atmosphère chaleureuse. Le blanc est intemporel et facile à vivre. » La durabilité est toujours cœur des projets du duo qui privilégie les matières nobles et naturelles qui se patinent et deviennent plus belles avec le temps. Un crédo que l’on ressent aussi dans la sélection des meubles, pour la grande majorité chinée avec précision.

Fauteuils Modular de Don Chadwick (Herman Miller), lampes Vaughan et Chablis.
Fauteuils Modular de Don Chadwick (Herman Miller), lampes Vaughan et Chablis. Amélie Monti

Les pièces vintage se mêlent aux luminaires ultra contemporains (Anastassiades pour Flos, Louis Weisdorf réédité par Gubi), les détails déco témoignent d’un goût pointu (lampe bleue Vaughan Design, œufs d’autruche trouvés aux Puces de Saint-Ouen…) et les photos, nombreuses, se posent ça et là, sur les murs ou au sol. Un portrait de David Bowie acquis aux enchères, des Polaroids, beaucoup de noir et blanc : Necchi ne considère pas l’objet photo comme de la décoration, mais comme une fenêtre sur l’univers d’un artiste. « On les accumule surtout par passion. On ne les choisit pas en pensant à leur futur emplacement, la photo trouve sa place naturellement. »

Au dessus du canapé vintage chiné à Saint-Ouen, le mugshot de David Bowie. Table basse vintage italienne.
Au dessus du canapé vintage chiné à Saint-Ouen, le mugshot de David Bowie. Table basse vintage italienne. Amélie Monti

La vie est belle pour Necchi qui planche déjà sur une poignée de chantiers résidentiels et vient tout juste de signer l’architecture d’intérieur de la seconde boutique de la marque de haute joaillerie Stone Paris, un véritable écrin de luxe et de finesse…

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