Interview : Le design moyen-oriental explose à la Beirut Design Fair

Du 19 au 22 septembre, la Design Fair de Beirut a réuni la fine fleur du design libanais et de nombreux créateurs européens. Lors de l’événement, qui fêtait cette année ses trois ans d’existence, IDEAT a pu faire le point avec son fondateur et directeur, Guillaume Taslé d’Héliand.

Comment est née la Beirut Design Fair ?
Guillaume Taslé d’Héliand : Dans le sillage de la Beirut Art Fair, à l’époque où celle-ci incluait une section design. Suite à la critique positive de la presse, qui suggérait que l’Art Fair ne présente que de l’art et se défasse du design, je me suis décidé à créer une véritable design fair pour le Moyen-Orient. Après une analyse de marché, le Liban s’est imposé comme la destination idoine, en raison de sa fertilité créatrice – selon moi la plus forte du Moyen-Orient –, consolidée par le côté historique et mémoriel du pays. De plus, la diaspora participe à enrichir le design local via des techniques et technologies de pointe apprises par les designers à l’étranger, auxquelles ils apportent un twist libanais.

Sur son stand, la designer Nada Debs présentait notamment la table « Marquetry Mania ».
Sur son stand, la designer Nada Debs présentait notamment la table « Marquetry Mania ». DR

Parlez-nous du design libanais ?
Il est né dans les années 2000, avec Nada Debs, revenue du Japon ; Karen Chekerdjian, rentrée d’Italie et d’Europe où elle a étudié et débuté ses créations ; et Hoda Baroudi et Maria Hibri, qui ont créé le Bokja Design Studio. Certes, il y a eu des designers auparavant, qui étaient architectes ou décorateurs, mais designer en tant que tel n’était alors pas considéré comme un vrai métier. Voilà une perspective que la Beirut Design Fair contribue à modifier. La seconde étape de l’histoire du design libanais a eu lieu en 2012 avec d’une part la création de la biennale beyrouthienne House of Today, une initiative privée qui a introduit et propulsé à l’étranger plusieurs jeunes designers locaux comme Stéphanie Sayar & Charbel Gharibeh. Le lancement de la Beirut Design Week en 2012 a également contribué à cette éclosion. La troisième étape a eu lieu en 2017 avec l’arrivée de la Beirut Design Fair. Son succès inattendu a eu un effet choc. Les gens me déconseillaient de créer cette foire, supputant que le marché ne serait pas au rendez-vous. Pourtant, notre première édition a convaincus 16 700 personnes – en parallèle de l’Art Fair il est vrai (toutes deux sont exposées dans un même bâtiment, bien que chacune dans une zone distincte, NDLR). Cette première édition a porté à la connaissance du public une scène design libanaise dont il ne soupçonnait pas l’existence. Des gens en ont même pleuré. Moi-même, je suis encore très ému. C’est comme si on avait révélé aux Libanais leur propre créativité. On a fait se rencontrer l’offre et la demande, qui n’avaient pas connaissance l’une de l’autre, dans une parfaite unité de temps et de lieu. Et les designers ont vendu, preuve qu’un marché existe !

Table de Roula Salamoun, présentée au sein de la biennale House of Today.
Table de Roula Salamoun, présentée au sein de la biennale House of Today. DR

Quelle direction la curation de l’édition 2019 a-t-elle prise ?
La démarche est double. D’un côté, il y a les designers que je veux avoir, en vertu de l’histoire que leur objet raconte et/ou du fait qu’il opère une cassure avec ce qui existe déjà. J’ai aussi un rôle commercial en tant que directeur de la foire… Dans un second temps, le comité de sélection, composé d’experts internationaux du design, décide et choisit du contenu final. Leur seule règle est de rester intransigeants sur la qualité de la sélection. C’est là le garant de la pérennité de la foire.

Sofa en bronze de la designer franco-libanaise Claudia Chahine, co-fondatrice de l’Opus Magnum Gallery.
Sofa en bronze de la designer franco-libanaise Claudia Chahine, co-fondatrice de l’Opus Magnum Gallery. DR

Comment définir la singularité de la Beyrouth Design Fair ?
Il y a dans notre ADN une volonté d’avoir des installations et/ou une scénographie spectaculaire. Cela s’est traduit par des arcs semi-brisés, qui reprennent les arcades libanaises (elles-mêmes d’inspiration italienne), et par des éléments renvoyant à l’architecture brutaliste. Rawad Rizk, le jeune architecte qui a conçu la scénographie, interroge cette année les racines de l’urbanisme de Beyrouth, et ce que la jeunesse voudrait en restaurer. Cela donne des formes d’écrins, dans lesquels on a exposé le futur du design libanais.

Fauteuil du studio Bits to Atoms.
Fauteuil du studio Bits to Atoms. DR

> beirut-design-fair.com

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