« Architecture » : quand le design monte sur les planches

Du 6 au 22 décembre, au Théâtre des Bouffes du Nord, Architecture, pièce écrite, mise en scène et scénographiée par Pascal Rambert fait vivre le lent naufrage d’une famille d’intellectuels autrichiens. Les neuf acteurs de la pièce jouent au cœur de quarante authentiques pièces de mobilier Biedermeier et Bauhaus. Pascal Rambert, auteur, et Harold Mollet, conseiller artistique, ont répondu aux questions d'IDEAT.

Dans « Architecture », neuf acteurs chevronnés (dont Emmanuelle Béart, Denis Podalydès, Jacques Weber…) retracent la saga déchirée d’une famille d’intellectuels et créateurs viennois entre la fin du XIXe et le début du XXe siècle. Et qui dit grande famille dit beau mobilier : d’abord du Biedermeier puis du Bauhaus. Pourtant, la pièce ne provoque pas de déchirure brutale entre tradition et modernité. L’installation sur scène évolue sans à-coups ; chaises et tables narrent un défilement du temps en douceur. Pascal Rambert, l’auteur, et Harold Mollet, le conseiller artistique, nous ont expliqué comment le design s’était invité dans « Architecture ».

> « Architecture ». Du 6 au 22 décembre 2019 au Théâtre des Bouffes du Nord. Du mardi au samedi à 20 h, matinées le dimanche à 15 h. Places en vente ici

Pascal Rambert : « Je fais toujours le décor de mes pièces. J’ai un vrai goût pour le mobilier. L’installation s’est nourrie de choses que je découvre en voyages mais aussi de mes lectures. J’avais envie de faire défiler le temps à travers le style Biedermeier. Le Bauhaus arrive ensuite comme une critique. A Vienne, j’ai vu la fantastique maison conçue par le philosophe Ludwig Wittgenstein. Plinthes, poignées, volets… c’est magnifique. Il a, paraît-il, rendu fou les architectes ! »


Harold Mollet : « Les 40 pièces de mobilier ont été achetées. Pour la tournée d’un an à venir, c’était plus simple d’acquérir ces pièces auprès de galeries en Europe et aux États-Unis pour les acheter au prix le plus accessible. »


Pascal Rambert : « Sans avoir étudié le design ou l’architecture, j’ai un goût personnel profond pour les objets et l’architecture. J’ai chez moi à Paris quatre chaises de Chiavari, achetées aux Puces. Pour les rempailler, j’ai rencontré dans ce village italien le dernier artisan à qui j’ai pu ensuite envoyer mes chaises à refaire. J’adore ces histoires… »


Harold Mollet : « Sur scène, le mobilier Biedermeier est remplacé par le Bauhaus mais petit à petit, comme dans la vie de ces familles. Les styles ne se supplantent jamais brutalement. Même l’univers du patriarche, l’architecte interprété par Jacques Weber, se laisse progressivement gagner par cette modernité. Il y a un très beau moment où le père dit au fils en colère qu’il lui a donné les conditions et les clefs de sa révolte. Dépouillé d’ornements superflus, le mobilier Biedermeier annonce la modernité du Bauhaus. »

Pascal Rambert : L’histoire que je raconte est historiquement exacte. Si j’avais des objets faux, je ne serais que dans le flou. »


Harold Mollet : « Sur scène, il n’y a pas de murs factices divisant l’espace. Le simple fait de disposer quatre chaises autour d’une table fait exister la salle à manger. Les premiers croquis de la mise en scène montraient cinq îlots représentant les pièces d’une maison. Or Biedermeier, c’est justement l’apparition d’ilots d’activités dans une même pièce, identifiés par des meubles, du cabinet de couture à la table de lecture. C’est ce qui a été recréé sur scène. »

Pascal Rambert : « Le mobilier est lisible par tous les spectateurs curieux, susceptibles de s’intéresser, pas uniquement ceux qui ont étudié l’art. »


Harold Mollet : « Stanislas Nordey joue un philosophe de l’épure. Il fallait trouver dans les styles à représenter sur scène le mobilier qui allait correspondre au personnage. Le mobilier dans son ensemble est un dixième personnage qui marque le passage du temps. »

Pascal Rambert : « Dans Architecture, il y a un élément asiatique, une statue chinoise de Guanyin. J’avais besoin de faire ce signe en bas du plateau, en bas de l’image… »


Pascal Rambert : « Architecture est ma huitième pièce aux Bouffes du Nord. Avec neuf acteurs et du mobilier, on est vite à l’étroit. Chez moi, je ne peux pas avoir deux objets qui se touchent. Un vase ne peut pas toucher un livre. C’est sans doute névrotique. Il me faut de l’espace. Tout ce que je fais au théâtre dépend de ça. L’art de la mise en scène, l’art du théâtre, c’est celui de la distance entre les corps. »


Pascal Rambert : « Architecture ne parle pas d’architecture ! C’est un titre générique… La pièce évoque la puissance de quelque chose qui resterait une œuvre de l’homme, bâtie, qui tient mais qui est aussi temporaire. C’est une position philosophique sur l’impermanence des choses. Au Japon, on détruit les bâtiments et on les reconstruit à l’identique tous les 100 ans pour conserver le savoir-faire des charpentiers… »


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