Reportage déco : Hubert de Malherbe et son refuge d'inspiration

Dans son multiplex parisien, Hubert de Malherbe enferme ses jardins secrets, ce qui lui permet ensuite de délivrer des messages subliminaux sur la nature, l’écologie et le temps qui passe. Cet espace baigné de lumière présente art contemporain, design du XXe siècle et objets récupérés que le designer détourne pour en faire des créations insolites… mais toujours poétiques.

C’est un lieu de vie, mais plus encore d’inspiration. Une bulle de sérénité pour se recueillir, se retrouver, souffler entre deux périples au bout du monde, et mettre de la distance avec les réunions, les rendez-vous, la ruche que représentent les différentes entités fondées par Hubert de Malherbe (Malherbe Edition, Malherbe Design…). Ici, l’homme dessine, lit, écrit et orchestre, dans une architecture intérieure faussement vide, ses idées, ses passions, et ses émotions. « Sitôt la porte fermée, je coupe mon portable, dit-il. Certes, c’est un endroit idéal pour se recentrer, mais c’est surtout un rendez-vous familial, un carrefour où l’on se retrouve. La chambre d’amis fait partie d’une tradition inculquée par ma grand-mère, qui disait qu’il fallait toujours mettre un couvert de plus et avoir une chambre disponible pour l’hôte de passage. »

Le designer Hubert de Malherbe est assis sur un bureau dont le plateau est en marbre arabescato rosso et le piétement en acier (création Hubert de Malherbe). Au mur, deux appliques de style brutaliste en métal dénichées au marché Paul Bert des Puces de Saint-Ouen (chez Emmanuel Renoult). La statue de saint Pierre date du XIXe siècle.
Le designer Hubert de Malherbe est assis sur un bureau dont le plateau est en marbre arabescato rosso et le piétement en acier (création Hubert de Malherbe). Au mur, deux appliques de style brutaliste en métal dénichées au marché Paul Bert des Puces de Saint-Ouen (chez Emmanuel Renoult). La statue de saint Pierre date du XIXe siècle. didier-delmas-stylisme-aurelie des Robert
Dans le salon, autour de la table haute avec pieds en béton et plateau en ébène (Malherbe Edition), quatre chaises en chêne de Dominique Zimbacca (1970, Galerie Yves Gastou). Contre le mur, canapé Éléphant, design Jérôme Faillant-Dumas et Gaëtan Lebegue (The Invisible Collection). À gauche, lampadaire R12, design Thierry Lemaire (The Invisible Collection). Tapis kilim en laine Codimat Collection. Suspension réalisée à partir d’une lampe de dentiste détournée, une création d’Hubert de Malherbe. Au-dessus du canapé, photo de Renaud Auguste-Dormeuil (galerie In Situ).
Dans le salon, autour de la table haute avec pieds en béton et plateau en ébène (Malherbe Edition), quatre chaises en chêne de Dominique Zimbacca (1970, Galerie Yves Gastou). Contre le mur, canapé Éléphant, design Jérôme Faillant-Dumas et Gaëtan Lebegue (The Invisible Collection). À gauche, lampadaire R12, design Thierry Lemaire (The Invisible Collection). Tapis kilim en laine Codimat Collection. Suspension réalisée à partir d’une lampe de dentiste détournée, une création d’Hubert de Malherbe. Au-dessus du canapé, photo de Renaud Auguste-Dormeuil (galerie In Situ). DR
Au-dessus du bar, suspensions en verre de Murano datant des années 70. Sur la demi-colonne d’aération, deux éléments de décor de théâtre en céramique dégotés chez Emmanuel Renoult aux puces de Saint-Ouen. Tabourets de bar en laiton brossé (Maison Jaune Design, aux puces de Saint-Ouen). Au mur, affiche orange réalisée par M/M pour Les Inrocks. Au-dessus, photo Sans titre (Éléphant), 2008, de Geoffrey Cottenceau et Romain Rousset (galerie La Station, à Nice).
Au-dessus du bar, suspensions en verre de Murano datant des années 70. Sur la demi-colonne d’aération, deux éléments de décor de théâtre en céramique dégotés chez Emmanuel Renoult aux puces de Saint-Ouen. Tabourets de bar en laiton brossé (Maison Jaune Design, aux puces de Saint-Ouen). Au mur, affiche orange réalisée par M/M pour Les Inrocks. Au-dessus, photo Sans titre (Éléphant), 2008, de Geoffrey Cottenceau et Romain Rousset (galerie La Station, à Nice). Didier Delmas
Posées sur des poutres IPN en béton fibré, design Hubert de Malherbe, verreries de Murano et céramique d’Andrée et Michel Hirlet (Galerie Yves Gastou). Au mur, photo de Lionel Koretzky (agence Soixan7e Quin5e).
Posées sur des poutres IPN en béton fibré, design Hubert de Malherbe, verreries de Murano et céramique d’Andrée et Michel Hirlet (Galerie Yves Gastou). Au mur, photo de Lionel Koretzky (agence Soixan7e Quin5e). Didier Delmas

Chaises musicales

Si la décoration évolue régulièrement, la structure de l’habitation change rarement. Ni grande transformation, ni gros œuvre, ni destruction de cloison n’ont été réalisés. Seules quelques modifications dans les agencements, liées aux événements de la vie, comme le départ d’un enfant, libérant une chambre. C’est ainsi qu’une pièce du sous-sol est devenue un salon, et un salon de l’étage, une aire de réflexion. Le coin pour travailler a gagné une zone du salon. Malgré ce jeu des chaises musicales des espaces, les quatre niveaux s’orchestrent d’une manière cohérente : le rez-de-chaussée regroupe salon, salle à manger et cuisine ouverte ; le premier étage comprend les chambres des enfants ; le second, celle des parents ; et le sous-sol se divise en salon et studio d’amis. Dans cet intérieur baigné de lumière, parfois Hubert de Malherbe matérialise des créations personnelles, toujours un peu folles.

Sur des étagères habillées de feutre d’Hubert de Malherbe, une collection de verreries de Murano. À gauche, sur la console Kasimir en marbre de Calacatta d’Hervé Van der Straeten, sculpture chinée aux puces. Au-dessus, photo d’une installation de land art (création Hubert de Malherbe).
Sur des étagères habillées de feutre d’Hubert de Malherbe, une collection de verreries de Murano. À gauche, sur la console Kasimir en marbre de Calacatta d’Hervé Van der Straeten, sculpture chinée aux puces. Au-dessus, photo d’une installation de land art (création Hubert de Malherbe). DR
Dans le salon, autour de la table basse Clover en béton avec joints en laiton, du Studio Profil Bas (Malherbe Edition), sofa Niko et tables d’appoint de Thierry Lemaire (The Invisible Collection). Sur la table, mobile cinétique vintage et céramique Origamien terre émaillée polychrome de Jacotte Capron (Drouot). Devant la cheminée, luminaire PI/2 avec socle en béton et structureen laiton, design Hugues Weill (Malherbe Edition chez Silvera). À droite, statue de saint Pierre du XIXe siècle. Au mur, photos Untitled (2018), de Loris Gréaud (sérigraphie sur plaque métallique oxydée, vernis mat). Tapis en laine noué à la main Codimat Collection.
Dans le salon, autour de la table basse Clover en béton avec joints en laiton, du Studio Profil Bas (Malherbe Edition), sofa Niko et tables d’appoint de Thierry Lemaire (The Invisible Collection). Sur la table, mobile cinétique vintage et céramique Origami
en terre émaillée polychrome de Jacotte Capron (Drouot). Devant la cheminée, luminaire PI/2 avec socle en béton et structure
en laiton, design Hugues Weill (Malherbe Edition chez Silvera). À droite, statue de saint Pierre du XIXe siècle. Au mur, photos Untitled (2018), de Loris Gréaud (sérigraphie sur plaque métallique oxydée, vernis mat). Tapis en laine noué à la main Codimat Collection. Didier Delmas
Sur le buffet en chêne habillé d’un revêtement en béton fibré (Malherbe Edition), deux lampes en céramique de Thierry Lemaire. À droite, sculpture réalisée à partir d’une arme du Moyen Âge montée sur un socle.
Sur le buffet en chêne habillé d’un revêtement en béton fibré (Malherbe Edition), deux lampes en céramique de Thierry Lemaire. À droite, sculpture réalisée à partir d’une arme du Moyen Âge montée sur un socle. Didier Delmas
L’escalier conduisant aux premier et second niveaux avec son graffiti mural réalisé par le graphiste Jean-Baptiste Aizier. Fauteuil Koumac, design Thierry Lemaire (The Invisible Collection).
L’escalier conduisant aux premier et second niveaux avec son graffiti mural réalisé par le graphiste Jean-Baptiste Aizier. Fauteuil Koumac, design Thierry Lemaire (The Invisible Collection). DR
Sur le mur, un graffiti du graphiste Jean-Baptiste Aizier.
Sur le mur, un graffiti du graphiste Jean-Baptiste Aizier. Didier Delmas

Mais surtout, il y amasse ses collections, ses verreries, ses photos et ses livres, un exercice très personnel qui s’articule autour de la nature et plus particulièrement autour de ses passions : les coraux, les abeilles et les coquillages, « des témoignages de quelque chose d’existant », qu’il pose dans le creux d’une niche, comme si le ressac les y avait abandonnés. « J’ai passé ma jeunesse à récupérer des tas de choses, » confie-t-il. Cette obsession est proche de la cause écologique, qu’il défend, mais sans alarmisme ni culpabilité. « Dans chacun de nos projets, nous essayons de donner une dimension environnementale », confirme-t-il. C’est ainsi que son agence a réalisé dernièrement la boutique Jules, à Bordeaux, à base de briques de vêtements récupérés et compressés.

Applique en métal dégotée chez Emmanuel Renoult au marché Paul Bert des puces de Saint-Ouen.
Applique en métal dégotée chez Emmanuel Renoult au marché Paul Bert des puces de Saint-Ouen. Didier Delmas
Dans l’espace de travail, suspension Volubile d’Hervé Van der Straeten. Au mur, photo de la série « Mannequins » (2003) de Valérie Belin (Galerie Nathalie Obadia).
Dans l’espace de travail, suspension Volubile d’Hervé Van der Straeten. Au mur, photo de la série « Mannequins » (2003) de Valérie Belin (Galerie Nathalie Obadia). Didier Delmas
Dans l’escalier domine une suspension en métal récupérée et transformée par Hubert de Malherbe. 
Dans l’escalier domine une suspension en métal récupérée et transformée par Hubert de Malherbe.  Didier Delmas

Nature humaine et règne animal

Sur les murs du grand salon, de petits carreaux de couleur sont placés de manière symétrique, créant une vibration optique. Chacun évoque une lettre de l’alphabet (conformément à la synesthésie d’Hubert de Malherbe). Aussi le mur exprime-t-il des mots, voire des phrases de sa petite enfance. Ces grandes mosaïques disjointes sur fond blanc rivalisent plus loin avec des graffitis noir et blanc tracés par TKT, artiste qui travaille à l’agence. Sur d’autres murs, des appliques en acier martelé chinées contrastent avec des lampes aux lignes très épurées, réalisées à partir d’objets en acier récupéré. Faisant dialoguer cycles humains, animaux et végétaux, des œuvres de land art apparaissent comme le reflet d’une société en pleine mutation.

Dans le sous-sol, cet espace accueille une paire de chauffeuses chinée (Maison Jaune Design, aux puces de Saint-Ouen). Sur une table Nervure en béton, design Marco Marino (Malherbe Edition), sculpture de Richard Bello (1960). Dans la niche, sculpture Le guetteur de Jean Touret (Galerie Yves Gastou). Au mur, photos personnelles.
Dans le sous-sol, cet espace accueille une paire de chauffeuses chinée (Maison Jaune Design, aux puces de Saint-Ouen). Sur une table Nervure en béton, design Marco Marino (Malherbe Edition), sculpture de Richard Bello (1960). Dans la niche, sculpture Le guetteur de Jean Touret (Galerie Yves Gastou). Au mur, photos personnelles. Didier Delmas
Dans la salle de bains, sur le lavabo en marbre, buste chiné aux Puces.
Dans la salle de bains, sur le lavabo en marbre, buste chiné aux Puces. Didier Delmas
Dans la chambre, chevet IPN en béton fibré (Malherbe Edition), tabouret Spring/Summer en chêne et métal, design Valentin Loellmann (Galerie Gosserez), linge de lit Maison de Vacances.
Dans la chambre, chevet IPN en béton fibré (Malherbe Edition), tabouret Spring/Summer en chêne et métal, design Valentin Loellmann (Galerie Gosserez), linge de lit Maison de Vacances. Didier Delmas

L’esprit d’une époque

Les matières font également valser les contrastes : plateau de table en ébène, console en marbre, étagères en feutre… Et, au mur, des photos, certaines signées, d’autres de famille. Dans le grand salon, une très ancienne statue de saint Pierre diffuse une atmosphère particulière. Spécialisée en design, packaging, architecture intérieure et scénographie, l’agence d’Hubert de Malherbe a récemment gagné le concours de la rénovation des boutiques de la tour Eiffel sur quatre niveaux et va aménager la prochaine adresse Bernardaud, à Séoul. Elle a également dessiné une soixantaine de meubles pour DeRucci à Hong Kong. Des créations riches et variées sur lesquelles souffle l’esprit d’une époque…

Dans le dressing, chaise en chêne de Dominique Zimbacca (1970, Galerie Yves Gastou), luminaire vintage (Maison Jaune Design, aux puces de Saint-Ouen). Au mur, photo de Georges Rousse (galerie RX).
Dans le dressing, chaise en chêne de Dominique Zimbacca (1970, Galerie Yves Gastou), luminaire vintage (Maison Jaune Design, aux puces de Saint-Ouen). Au mur, photo de Georges Rousse (galerie RX). Didier Delmas

 

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