Tourisme : Anvers, un diamant aux multiples facettes

Côté pile : un caractère réservé mais bien trempé. Côté face : art, design et food. La ville belge accélère sa modernisation afin de préparer les enjeux économiques, écologiques et climatiques à venir… non sans coquetterie.

Dès la descente du Thalys, la gare d’Anvers-Central (1905) vous en dit plus sur le caractère de la ville que bien des discours : massivement monumentale mais sauvée par une sublime verrière de 43 mètres de haut. Son titre de « Cathédrale du rail » n’est pas galvaudé et le voyageur voit d’emblée qu’Anvers adore briller… discrètement. Snob : en Belgique, la réputation de la ville n’est plus à faire. « Les Anversois considèrent ce qui existe au-delà de leurs murs comme… un parking », ironise une Belge née justement du côté du parking et qui tient à conserver l’anonymat !

Architecture de pierre surmontée de verre et d’acier, la gare d’Anvers-Central assume un style éclectique.
Architecture de pierre surmontée de verre et d’acier, la gare d’Anvers-Central assume un style éclectique. Ludovic Maisant pour Ideat

Cathédrale enrubannée d’échafaudages, mairie fermée, musée de la Mode (MoMu) fermé (jusqu’à l’automne 2020), musée royal des Beaux-Arts fermé (jusqu’en 2021 ou 2022)… On ne peut y échapper, Anvers mène de grands travaux. Mais il y a de bonnes nouvelles ! Après vingt ans de désaffection, la cité a par exemple ressuscité la Handelsbeurs, la plus ancienne Bourse du monde, fondée en 1531 et reconstruite au XIXe siècle, à laquelle le public a enfin accès et qui accueillera, en 2020, sous ses cimes gothiques, défilés de mode, hôtel Marriott, restaurant, boutiques… Rajeuni, le Theaterplein, lui, a reconquis ses étudiants, tandis que le quartier rouge des marins est assaini. Le big deal ? Le Nieuw Zuid, projet de réhabilitation du sud de la ville, avec sa concentration de musées, dont celui de la photographie(FOMU) et le M HKA, musée d’Art contemporain, qui gagnera de l’espace vers 2027.

Le musée d’Art contemporain M HKA, relooké en 2017 par Axel Vervoordt, se concentre sur les artistes émergents autant que sur les grandes signatures des cinquante dernières années.
Le musée d’Art contemporain M HKA, relooké en 2017 par Axel Vervoordt, se concentre sur les artistes émergents autant que sur les grandes signatures des cinquante dernières années. Ludovic Maisant pour Ideat

Du côté des anciens bassins portuaires, en passe d’être verdis de potagers collectifs, on piétine encore dans les gravats pour rejoindre son loft ou un vernissage dans l’une des galeries d’art contemporain qui y ont fleuri. Petite consolation, maîtres et toutous se réapproprient les berges embellies de CockerillKaai, le long de l’Escaut. Les modeux aussi sont addicts à la partie méridionale de la ville. Le créateur Christian Wijnants, très ancré à Anvers, fréquente par exemple Marnixplaats, rond-point cerclé de bars populaires où discuter sérieusement chiffon. Le Soul, le Baronet surtout Vitrin voient en effet défiler dès 18 heures une foule en pyjama de soie, dentelle noire et bottes pointues, chihuahua aux aguets dans le sac à main.

Vue sur l’Escaut depuis le bâtiment du MAS.
Vue sur l’Escaut depuis le bâtiment du MAS. Ludovic Maisant pour Ideat

Sous les pavés, la nouvelle Anvers

Lifting de première classe également pour l’ancien hôpital militaire, the place to go. On s’y précipite au Jane, restaurant doublement étoilé, installé dans la chapelle du bâtiment, et chez son voisin, le chic-issime August, hôtel situé dans l’ancien couvent de ce parc entouré de 400 résidences de luxe avec, à son extrémité, le PAKT. Ce nouveau spot, sorte de mini-Brooklyn pavé et fleuri, est constellé de tables bobos et de patios où les producteurs bio vendent leurs légumes. C’est aussi l’un des 150 projets sur le feu dans une cité qui ne s’ennuie pas une seconde, même si le réchauffement climatique y crée une certaine tension. « Nous avons constaté que l’eau monte et avons relevé la hauteur de nos murs antimarées intégrés dans un projet paysager. Le gros morceau, étalé sur trente ans, consiste à végétaliser le périphérique, à y offrir des loisirs sportifs tout en y développant la ville », nous détaille-t-on dans l’un des pavillons du MAS (Museum aan de Stroom), voué à la présentation des avancées urbanistiques.

Face au port, le musée MAS (ou Museum aan de Stroom) multiplie les expositions et impose sa silhouette flamboyante sur Hanzestedenplaats.
Face au port, le musée MAS (ou Museum aan de Stroom) multiplie les expositions et impose sa silhouette flamboyante sur Hanzestedenplaats. Ludovic Maisant pour Ideat

Amoureux de sa brillante cité, Jason Poirier dit Caulier, fondateur de la galerie Plus-One, confie : « Dans l’esprit et les ambitions, elle voit loin. Alors qu’elle est minuscule à l’échelle planétaire, elle donne l’impression d’une métropole. » En effet, dans son entreprise de séduction, Anvers ne lésine pas sur les moyens. De son âge d’or, elle a conservé un certain goût du luxe et préservé le quartier des diamantaires, fondé en 1447 – 1 km2 seulement, au pied de la gare –, frénétique, sécurisé, ultra-cosmopolite. Nul diamant ne lui échappe et ses quatre Bourses génèrent 86 % du trafic mondial des diamants bruts, soit 46 milliards d’euros de chiffre d’affaires ! Les croqueuses de « diam’s » émoustillées pourront toujours se faire l’oeil au musée thématique DIVA avant de succomber, puisqu’ici le moindre carat est garanti.

Lieu de rendez-vous du centre historique, la majestueuse Grand-Place (Grote Markt), ornée de la fontaine Brabo.
Lieu de rendez-vous du centre historique, la majestueuse Grand-Place (Grote Markt), ornée de la fontaine Brabo. Ludovic Maisant pour Ideat

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