Photo : Peter Hujar, chroniqueur d’un New York disparu

Le photographe Peter Hujar a immortalisé la faune underground new-yorkaise des années 70 : musiciens, danseurs, travestis… les figures singulières d’une Amérique coincée entre Nixon et Reagan.

Plongée dans la pénombre d’une chambre d’hôpital regorgeant de chrysanthèmes, Candy Darling fixe l’objectif de Peter Hujar. Elle est allongée, élégamment vêtue, ses cheveux blonds entourant un visage glabre mais magnifiquement maquillé. Sur son lit, hiératique, une rose est posée comme une vanité. Icône glamour de la Factory d’Andy Warhol, célébrée par Lou Reed dans sa chanson Walk on the Wild Side, l’actrice transgenre se meurt. L’intensité mélancolique de ce portrait est telle que le groupe Antony and the Johnsons le choisit en 2005 pour illustrer la pochette de son deuxième album. Incontournable, il ponctue le parcours en 140 images présenté au Jeu de paume en hommage au photographe américain.

Sans artifices

Si Peter Hujar, né en 1934, commence sa carrière à l’âge de 19 ans comme assistant pour des magazines de décoration, avant de se faire un nom dans l’univers de la mode (il travaille notamment pour Harper’s Bazaar, magazine où le précéda Richard Avedon), ce sont ses portraits réalisés à New York entre 1973 et 1977 qui le rendent célèbre.

Susan Sontag (1975). L’année suivante, l’essayiste américaine écrivait la préface du premier ouvrage de Peter Hujar.
Susan Sontag (1975). L’année suivante, l’essayiste américaine écrivait la préface du premier ouvrage de Peter Hujar. courtesy Pace/MacGill Gallery

Dans son loft, situé au-dessus d’un théâtre du Lower East Side, quartier alors fréquenté par une faune artistique désargentée, il immortalise – toujours en noir et blanc et en position couchée – plasticiens, musiciens, danseurs, écrivains ou drag-queens. Parmi eux figurent l’auteure Fran Lebowitz, le réalisateur John Waters, le poète David Wojnarowicz – son amant –, Cookie Mueller – la muse de Nan Goldin – ou Susan Sontag.

Candy Darling on Her Deathbed (1973). Déjà immortalisée par Lou Reed dans Walk on the Wild Side, mais aussi dans Candy Says, du Velvet Underground, l’actrice trans se mourait d’une leucémie.
Candy Darling on Her Deathbed (1973). Déjà immortalisée par Lou Reed dans Walk on the Wild Side, mais aussi dans Candy Says, du Velvet Underground, l’actrice trans se mourait d’une leucémie. courtesy Pace/MacGill Gallery

L’essayiste écrira d’ailleurs en 1976 la préface du premier ouvrage du photographe, Portraits in Life and Death, le seul publié de son vivant. Peter Hujar voulait prendre « des images simples et directes de sujets difficiles et compliqués ». Elles sont en effet intimes mais dépourvues de sentimentalisme. Ni artifice ni détail superflu… elles séduisent autant qu’elles provoquent. Un style qui influencera profondément Robert Mapplethorpe. Quatre décennies plus tard, ces photos révèlent un New York d’avant la gentrification, un îlot bohème et underground dans l’Amérique homophobe post-Nixon et pré-Reagan, peu à peu gangrenée par le sida, auquel Hujar succombera en 1987.

> « Peter Hujar. Speed of Life ». Au Jeu de paume, à Paris (VIIIe), jusqu’au 19 janvier 2020. Tél. : 01 47 03 12 50.

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