Expo : Cuba, l’île de la libre affiche, s’invite à Paris

Le florilège de cette exposition consacrée à l’histoire de l’affiche cubaine fait défiler la scène du graphisme à Cuba, au fil des étapes de sa révolution. Comme un film.

Soixante ans après le début de la révolution castriste, Amélie Gastaut, conservatrice en chef des collections design graphique et publicité du musée des Arts décoratifs, à Paris, s’est immergée dans le don de Gisèle Michelin, une inconnue qui a cédé à l’institution quelque 400 affiches cubaines datées depuis 1959, dont près de 300 sont présentées ici. La plupart brossent l’histoire de Cuba. D’abord commémoratives, elles illustrent les faits d’armes depuis le départ du président Fulgencio Batista, chassé par Fidel Castro et ses « Barbudos », en 1959, à La Havane. Impression d’entrer dans l’horlogerie de l’histoire…

« En el Cielo y en la Tierra », 1975, de René Azcuy Cárdenas, surnommé « Negro Azcuy » à cause de sa gamme chromatique essentiellement noire et blanche (Icaic).
« En el Cielo y en la Tierra », 1975, de René Azcuy Cárdenas, surnommé « Negro Azcuy » à cause de sa gamme chromatique essentiellement noire et blanche (Icaic). MAD

En 1961, Che Guevara, alors au ministère de l’Industrie à Cuba, interdit toute publicité. Dès lors, les graphistes cubains ne créent plus que des affiches politiques ou culturelles. Les commanditaires sont des commissions officielles dont le but est la promotion des principes de la révolution. Présents aussi dans la politique étrangère de Cuba, ces principes sont évoqués sur des affiches multilingues. L’artiste Alfredo Rostgaard y dénonce, par exemple, aussi bien le néocolonialisme que l’emprisonnement de la militante communiste Angela Davis en 1970.

Félix Beltrán, « Libertad para Angela Davis », Comite cubano por la libertad de Angela Davis, 1971, sérigraphie.
Félix Beltrán, « Libertad para Angela Davis », Comite cubano por la libertad de Angela Davis, 1971, sérigraphie. MAD

Les héros peu connus de l’exposition sont ces dessinateurs cubains au destin reflétant l’histoire de l’île. Stylistiquement, il n’y a pas de censure ni d’esthétique réaliste-socialiste, la liberté est vraiment totale. Felix Beltran, qui a étudié à New York avant la révolution cubaine, cultive un registre minimaliste ; René Mederos, peintre reporter, dénonce quant à lui la guerre du Vietnam à travers des sérigraphies pop art… Pour Fidel Castro, les affiches sont des musées à ciel ouvert qui s’adressent à tous. Mais elles s’intéressent également au cinéma, « un média utile », selon le « Líder máximo ». Les Cubains ont ainsi pu voir La Corde d’Alfred Hitchcock, mais pas son affiche hollywoodienne, remplacée par une création cubaine, instantanément assimilable, à l’instar de cette exposition.

> Exposition « Affiches cubaines, révolution et cinéma ». Au musée des Arts décoratifs, à Paris (Ier), jusqu’au 2 février 2020. Madparis.fr
> À lire : « Affiches cubaines, révolution et cinéma, 1959-2019 », direction Amélie Gastaut, Éditions du MAD, un catalogue réalisé par le studio Brest Brest Brest, 120 illustrations, 144 p., 35 €.

Nelson Ponce, « La Naranja mecanica », film de Stanley Kubrick, ICAIC, 2009, sérigraphie.
Nelson Ponce, « La Naranja mecanica », film de Stanley Kubrick, ICAIC, 2009, sérigraphie. © Centro Studi Cartel Cubano / Collezione Bardellotto
Alfredo Rostgaard, ICAIC « Decimo Aniversario », 1969.
Alfredo Rostgaard, ICAIC « Decimo Aniversario », 1969. © MAD Paris / Photo : DR
Olivio Martinez, « Le 8 octobre Journée du Guérillero Héroique », OSPAAAL, 1973.
Olivio Martinez, « Le 8 octobre Journée du Guérillero Héroique », OSPAAAL, 1973. © MAD Paris Photo : Christophe Dellière
Alfredo Rostgaard, « Nixon » , OSPAAAL,1972, offset.
Alfredo Rostgaard, « Nixon » , OSPAAAL,1972, offset. © Collection La contemporaine

 

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