Masureel, folies au mur

Regarder dans le rétroviseur pour avancer ? C’est plutôt conseillé en matière de décoration. Editeur belge de papier peint, Masureel fait mieux. La collection « Folies » s’inspire des années 1920, mettant au point un univers global enrichi de tissus et peintures.

«On considère souvent le revêtement mural comme le dernier élément du processus d’aménagement intérieur. Or nous sommes convaincus qu’avec les peintures et les tissus, il s’agit d’un facteur déterminant pour créer une ambiance, plaide l’éditeur et fabricant Guy Masureel. C’est pour cela que nous proposons ce concept global. Il faut que le papier peint revendique sa place primordiale. » Masureel invite ainsi chacun à créer un décor selon son goût, mais avec de bons ingrédients. Quand ceux-ci sont de même qualité et qu’ils proviennent de la même source, on a plus de chances de réussir son minestrone ! C’est pourquoi, en plus des papiers peints, l’éditeur belge propose désormais des tissus et des peintures.

À l’occasion d’une exposition récente sur les années 20 à la villa Empain, à Bruxelles, la rénovation des murs a nécessité l’utilisation de nouveaux revêtements. Les décorateurs ont recouru à la collection « Folies » de Masureel, avec le modèle Suzanne, coloris Woodrose.
À l’occasion d’une exposition récente sur les années 20 à la villa Empain, à Bruxelles, la rénovation des murs a nécessité l’utilisation de nouveaux revêtements. Les décorateurs ont recouru à la collection « Folies » de Masureel, avec le modèle Suzanne, coloris Woodrose. DR

Dans cet esprit, Khrôma, l’une des trois entités déco de Masureel, exprime toute la flamboyance du registre décoratif de la création des rugissantes années 1920. Les limiers maison se sont intéressés aux couleurs d’appartements anciens, ils ont acquis des œuvres originales de studios de création parisiens et ont fouillé le cœur des archives de Masureel. Ils en ont extrait le papier peint que le décorateur et dessinateur Henri Stéphany a conçu pour un projet au Vésinet (Yvelines), en 1925. Y figurent des grappes de fruits-fleurs stylisées parsemant un treillage aux lignes géométriques, déclinées en plusieurs couleurs pour l’occasion. La peintre Tamara de Lempicka a été une autre source d’inspiration, car il y a, dans certains de ses portraits, des éléments décoratifs emblématiques de son époque.

La collection « Folies » s’est aussi nourrie de motifs fleuris inspirés de l’Art nouveau. Leur audace rappelle celle des intérieurs anti-victoriens de l’Anglais William Morris (1834-1896). Cette ligne de papiers peints estampillée « Khrôma by Masureel » reflète l’idée selon laquelle la créativité des années 20 était déjà ancrée dans la modernité. Impression renforcée par les modèles les plus graphiques, arrivés dès 1925.

Depuis son site de production, situé à Hulste (Flandre-Occidentale), Masureel distribue et exporte des revêtements innovants et de style. Comme le modèle Henry, retrouvé dans les archives de la maison et signé Henri Stéphany, ici dans un coloris Emerald.
Depuis son site de production, situé à Hulste (Flandre-Occidentale), Masureel distribue et exporte des revêtements innovants et de style. Comme le modèle Henry, retrouvé dans les archives de la maison et signé Henri Stéphany, ici dans un coloris Emerald. DR

Hommage aux artistes

Le modèle Jules est ainsi inspiré de l’œuvre d’Anni Albers, virtuose des textiles graphiques. Les avant-gardes russes ont influencé cette géométrisation de la scène créative internationale à coup d’« -ismes », du constructivisme au suprématisme, tandis que le Bauhaus allemand et le mouvement néerlandais De Stijl faisaient déjà se faner l’inspiration fleurie de l’Art nouveau. En témoigne aujourd’hui le papier peint Christo, un réseau de lignes abstraites. Quant à Dorothy, son motif explose tel un hommage à l’anti-minimaliste décoratrice américaine Dorothy Draper (1889-1969). Mais le modèle évoque aussi le travail géométrique de Max Forrer dont l’atelier se trouvait près du théâtre des Folies Bergère, à Paris. Son motif de chandelier se multiplie au point de former une arabesque… comme une répétition arty sur un écran d’ordinateur.

Le papier peint Cecilia, en coloris Emerald, déroule un motif unique des années 20, extrait des archives Masureel.
Le papier peint Cecilia, en coloris Emerald, déroule un motif unique des années 20, extrait des archives Masureel. DR

Cette inspiration du début du XXe siècle conditionne même la largeur des lés, épousant celle, plus grande, employée à l’époque, afin de garantir l’adéquation du format du papier peint avec l’échelle des motifs qu’il présente. Lors de la récente exposition « Flamboyant », célébrant l’Art déco à la somptueuse villa Empain à Bruxelles, siège de la Fondation Boghossian, le mobilier et les œuvres réunies se détachaient sur fond de papiers peints Masureel, justement inspirés. Il n’était pas de ferronnerie de la villa années 30, construite par l’architecte suisse Michel Polak, qui ne s’harmonisait avec les volutes graphiques décorant les murs. La villa devint pendant plusieurs mois une immense period room, la reconstitution fidèle d’une époque.

Appartenant à la même collection « Folies », le modèle Kardinal, en coloris Woodrose.
Appartenant à la même collection « Folies », le modèle Kardinal, en coloris Woodrose. DR

Des arts très appliqués

Attention, pour restituer le souffle de cette atmosphère, il faut que la technique suive. Notamment du point de vue du contraste des couleurs et de la définition des motifs. C’est pourquoi Masureel a préservé son modus operandi, français et manuel : l’application au pochoir. Tout cela part d’un profil particulier. Masureel est une maison qui possède sa propre collection d’art. Elle collabore aussi et depuis longtemps avec des artistes contemporains. Le mélange de savoir-faire traditionnels et de technologie lui convient, le tout dans un souci de l’environnement, devenu capital. Masureel s’est adaptée sans jamais faire fi du passé.

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