© Andreas Gursky / Courtesy de l'artiste et Sprüth Magers / ADAGP

Expo : Vertige d’images au Jeu de Paume

En ce début 2020, le Jeu de Paume a choisi de rendre compte de la surproduction des images qui caractérise notre siècle. Réunissant 48 artistes internationaux, l’exposition pluridisciplinaire dévoile une soixantaine d’œuvres, pour la plupart monumentales, autour de la question de l’économie des images. Une super production déployée dans tout l’espace du Jeu de Paume grâce au soutien de Jaeger-LeCoultre.

C’est à partir de l’ouvrage Le Supermarché du visible. Essai d’Iconomie du philosophe et musicologue français Peter Szendy (1966-) que le projet d’exposition sur la surabondance d’images s’est construit. Divisée en cinq sections : Stock, Matières premières, Travail, Valeurs et Echanges, l’exposition du Jeu de Paume permet d’appréhender les rapports entre capitalisme et images. Elle débute dès l’entrée principale, sur les murs du hall avec l’œuvre monumentale de Evan Roth. Depuis la naissance de ses deux filles, l’artiste américain collecte toutes les images utilisées depuis son ordinateur. Exposées sous la forme d’un immense papier peint, les photographies produisent un effet de masse saisissant qui se prolonge jusqu’au premier étage.

« Since You Were Born » d’Evan Roth (2019).
« Since You Were Born » d’Evan Roth (2019). © Photo by Bob Self/The Florida Times-Union / Courtesy of MOCA

La circulation des salles, totalement repensée pour l’occasion, oblige à monter à l’étage supérieur pour découvrir l’œuvre gigantesque (5 mètres de long) de l’Allemand Andreas Gursky représentant des millions d’articles en attente d’être expédiés par Amazon. L’installation de la Brésilienne Ana Vitoria Mussi, dans une cascade de films négatifs ou bien celle de Zoé Leonard avec des piles de livres Kodak évoquent la partie historique de la photographie au plus fort de son développement économique. La vidéo de Sophie Calle, l’installation de Geraldine Juàrez, le grand format de Trevor Paglen ou celui de Martha Rosler illustrent la question de la conservation, de la gestion et du transport des images devenu vertigineux. Le dispositif scénique conçu par le duo MBL architectes traduit l’esthétique propre aux espaces de stockage de la grande distribution avec des modules jouant sur la transparence et les matériaux.

Cargo Cult de Martha Rosler (1966-1972) d’après la série « Body Beautiful, or Beauty Knows No Pain ».
Cargo Cult de Martha Rosler (1966-1972) d’après la série « Body Beautiful, or Beauty Knows No Pain ». Courtesy de l’artiste et de la galerie Nagel Draxler Berlin / Cologne © Martha Rosler

La question du temps, de sa rapidité et de sa lenteur reste un élément fondateur dans l’histoire de la production des images, habillement évoqué par le choix des travaux de Richard Serra, William Kentridge et Hiroshi Sugimoto. L’exposition se termine au rez-de-chaussée – habituellement l’entrée du musée –, avec l’œuvre de Sylvie Fleury et son « caddie » doré, métaphore savoureuse des liens entre économie et production de masse. Dans le supermarché des images, la surenchère reste sans limite !

Addressability de Jeff Guess (2011).
Addressability de Jeff Guess (2011). Courtesy de l’artiste © Jeff Guess

> Exposition « Le supermarché des images » au Jeu de Paume, Place de la Concorde, 75008 Paris. Jusqu’au 7 juin 2020. jeudepaume.org

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