Expo : Quel avenir pour les Champs-Elysées ?

Trop bruyante, trop superficielle, l'avenue des Champs-Elysées subit depuis plusieurs décennies le désamour des Parisiens. A travers une exposition présentée au Pavillon de l’Arsenal, l’architecte Philippe Chiambaretta décrypte ce phénomène avec pour objectif d'inverser la tendance d'ici 2030. 

Comment réenchanter les Champs-Elysées ? Telle est la question actuellement à l’honneur du Pavillon de l’Arsenal. Sous la verrière du Centre d’urbanisme et d’architecture de Paris, l’architecte Philippe Chiambaretta tente de répondre à cette problématique, à l’appel du Comité des Champs-Elysées réunissant les enseignes et les institutions culturelles de la fameuse avenue. Pour comprendre et lutter contre le lent déclassement de cette dernière, le fondateur de l’agence PCA Stream s’est entouré pendant un an d’une équipe d’experts et présente aujourd’hui une réflexion en trois axes.

Entouré d’une cinquantaine de chercheurs, historiens, scientifiques, ingénieurs et artistes, Philippe Chiambaretta retrace l’évolution de « la plus belle avenue du monde » pour mieux envisager son avenir.
Entouré d’une cinquantaine de chercheurs, historiens, scientifiques, ingénieurs et artistes, Philippe Chiambaretta retrace l’évolution de « la plus belle avenue du monde » pour mieux envisager son avenir. ©PCA-STREAM

Baptisée « Champs-Elysées, histoire et perspectives », l’exposition retrace la naissance de l’avenue et l’histoire heureuse de ses 300 premières années. Avant de se demander quand et pourquoi la situation s’est-elle inversée. « A partir de ce diagnostic, une troisième partie cherche à développer une méthodologie pour mettre au point un traitement étalé sur les dix prochaines années » explique Philippe Chiambaretta. Après avoir restructuré le 52 Champs-Elysées, afin d’y intégrer un restaurant, des bureaux et les Galeries Lafayette, l’architecte envisage désormais le site dans son ensemble, de la place de la Concorde à celle de l’Etoile, en juxtaposant les époques et les médiums.

PCA-STREAM préconise notamment d’implanter une nouvelle couronne végétale autour de l’Arc de Triomphe, pour en finir avec l’actuel rond-point, polluant et bruyant, de la place de l’Etoile.
PCA-STREAM préconise notamment d’implanter une nouvelle couronne végétale autour de l’Arc de Triomphe, pour en finir avec l’actuel rond-point, polluant et bruyant, de la place de l’Etoile. ©PCA-STREAM

En partant du premier tracé imaginé par Le Nôtre au XVIIe siècle, cartes et gravures retracent la constitution de l’avenue, bientôt synonyme de progrès et d’innovation, en accueillant tour à tour le Palais de l’Industrie puis les Grand et Petit Palais. En vis-à-vis, des films d’archives des XIXe et  XXe siècles évoquent l’arrivée progressive des cinémas sur les Champs-Elysées. Avec la culture s’invite alors le glamour. Mais au fur à mesure que les images progressent dans le temps, du bicentenaire de la Révolution française à la dernière procession de l’équipe de France de football, les salles obscures disparaissent peu à peu de l’arrière-plan, tandis que le showroom Citroën de Manuelle Gautrand (2004) ou l’Apple Store de Foster + Partners (2018) ouvrent leurs portes.

« Unifier et magnifier » le traitement du sol fait parti des différentes pistes envisagées pour améliorer le parcours des piétons.
« Unifier et magnifier » le traitement du sol fait parti des différentes pistes envisagées pour améliorer le parcours des piétons. ©PCA-STREAM

Avec les théâtres du Rond-Point et de Marigny, certains hauts lieux de culture subsistent encore au bas de l’avenue. Mais comme l’illustre un photomontage d’Alain Bublex dans la seconde partie de l’exposition, les commerces ont totalement vampirisé le haut des Champs-Elysées. Les logements y sont devenus quasiment inexistants… de même que les Parisiens ! Grâce aux données fournies par les opérateurs téléphoniques, Philippe Chiambaretta et ses équipes en sont arrivés au constat que seuls 5 % des 100 000 personnes qui fréquentent chaque jour les Champs-Elysées vivent dans la capitale. La faute au sur-tourisme, mais aussi au bruit de la circulation qui constitue aujourd’hui l’une des principales nuisances du site selon une autre étude réalisée pour l’exposition.

Présentés comme des « palimpsestes des douves du XIXe siècle », de nouveaux jardins pourraient tisser une continuité végétale entre la place de la Concorde et le Jardin des Tuileries.
Présentés comme des « palimpsestes des douves du XIXe siècle », de nouveaux jardins pourraient tisser une continuité végétale entre la place de la Concorde et le Jardin des Tuileries. ©PCA-STREAM

Pour enrayer ce phénomène de rejet apparu dans les années 1990, Philippe Chiambaretta propose de s’emparer des sciences de la data afin d’ analyser et synthétiser les éléments qui façonnent l’expérience urbaine du site. En décomposant, couche par couche, la présence des infrastructures, des flux, des bâtiments et de la nature dans une maquette animée conçue avec le média lab du MIT, l’architecte aboutit à trois pistes de réflexion. En premier lieu, réduire l’impact de la circulation et donc le nombre de voies, en adéquation avec la baisse du trafic automobile qui s’opère depuis trente ans. Deuxièmement, proposer de nouveaux usages qui misent sur la culture et la gastronomie, mais aussi le sport et la santé dans des espaces verts largement repensés. Dernier axe, ce travail paysagé entend redonner de la cohérence a une surface végétalisée complètement morcelée sur une zone de 20 hectares, équivalente a celle du jardin des Tuileries mais bien loin de ses chiffres de fréquentation…

En plus de nombreux kiosques de restauration, des aires de jeux sont censées renouer avec l’animation qui rythmait autrefois les jardins des Champs-Elysées, ponctués de spectacles et de buvettes.
En plus de nombreux kiosques de restauration, des aires de jeux sont censées renouer avec l’animation qui rythmait autrefois les jardins des Champs-Elysées, ponctués de spectacles et de buvettes. ©PCA-STREAM

Plutôt qu’émettre des propositions formelles précises, l’exposition préfère énumérer les ingrédients d’un remède urbain capable de lutter contre les maux de la capitale et des villes englouties par le tourisme, à l’image de Venise, Vienne ou Barcelone. Reste maintenant à savoir si la future Mairie de Paris suivra ces recommandations. Pour Jean-Noël Reinhardt, président du Comité des Champs-Elysées, aujourd’hui une seule chose est sûre : « Le statu quo n’est plus possible. »

> Exposition « Champs-Elysées, histoire et perspective ». Jusqu’au 10 mai 2020 au Pavillon de l’Arsenal. 21, boulevard Morland, 75004 Paris. pavillon-arsenal.com

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