À Nîmes, l’attrait des contraires architecturaux

Entre son patrimoine bimillénaire et son goût pour l’architecture contemporaine, Nîmes ne craint pas les grands écarts. Celle qui rêve d’intégrer la Liste du patrimoine mondial de l’Unesco démontre une nouvelle fois son audace avec le musée de la Romanité, conçu par Elizabeth de Portzamparc.

En 1993, Nîmes avait créé l’événement en inaugurant le Carré d’art de Norman Foster, édifice de verre construit en vis-à-vis de l’un des monuments romains emblématiques de la ville : la Maison carrée (Ier siècle apr. J.-C.). Vingt-cinq ans plus tard, face aux célèbres arènes, elle récidive avec le musée de la Romanité, signé Elizabeth de ­Portzamparc.

Le musée de la Romanité est situé juste en face des arènes de Nîmes. Le contraste entre les deux infrastructures témoigne de l’ambivalence architecturale de la ville.
Le musée de la Romanité est situé juste en face des arènes de Nîmes. Le contraste entre les deux infrastructures témoigne de l’ambivalence architecturale de la ville. Sergio Grazia

Nîmes, entre héritage et modernité

Deux mille ans d’Histoire séparent les deux ouvrages : tout l’enjeu était donc d’instaurer un dialogue. Défi en partie résolu par la façade, que l’architecte a voulue légère et translucide : inutile de concurrencer la puissance des pierres. Une collection exceptionnelle de 5 000 œuvres antiques est abritée dans cet écrin qui, semblant en lévitation, profite d’un toit-terrasse extraordinaire ainsi que d’un jardin archéologique.

Quelque 5 000 œuvres antiques sont abritées au sein du bâtiment.
Quelque 5 000 œuvres antiques sont abritées au sein du bâtiment. Sergio Grazia

Une structure clivante

Le bâtiment d’un peu plus de 9 000 m² ne se laisse pas intimider par les arènes. Mais, en France, dès qu’un architecte contemporain intervient dans un site historique, il n’échappe pas à la polémique. Elizabeth de Portzamparc, qui a dû essuyer de nombreuses critiques, déplore cette forme de conservatisme : « L’architecture moderne a détruit des villes, mais il serait étrange de se positionner contre l’architecture contemporaine, qui produit des chefs-d’œuvre dignes de ceux du passé. » Objet du débat, cette façade ondulée composée de 7 000 lames de verre, qui façonne l’image du musée et affirme son identité sans s’effacer.

Tel un vaste miroir, la façade reflète les façades des arènes.
Tel un vaste miroir, la façade reflète les façades des arènes. Nicolas Borel

Candidate à l’inscription sur la Liste du patrimoine mondial de l’Unesco, la ville de Nîmes fut recalée en 2018. Pour le Conseil international des monuments et des sites (Icomos), le musée représente « une menace grave pour l’intégrité du patrimoine de Nîmes »… Rien que ça ! Cela n’empêchera pas la capitale du Gard de défendre à nouveau sa candidature en 2021, lors de la 45e session ­annuelle du Comité du patrimoine mondial. On lui souhaite bonne chance !

Photos et légendes sont extraites de l’ouvrage signé par l’architecte : Musée de la Romanité, Nîmes, d’Elizabeth de Portzamparc, éditions Alternatives-Gallimard, 160 p., 32 €.

« Les courbes de la façade reflètent la lumière et les couleurs de manière magique : les couleurs de la ville, les couleurs des arènes, les couleurs du ciel. La façade change à chaque heure du jour et de la nuit. » Elizabeth de Portzamparc
« Les courbes de la façade reflètent la lumière et les couleurs de manière magique : les couleurs de la ville, les couleurs des arènes, les couleurs du ciel. La façade change à chaque heure du jour et de la nuit. » Elizabeth de Portzamparc Sergio Grazia
« J’étais convaincue que le bâtiment du musée devait exprimer cette quête de légèreté jusqu’à donner l’impression d’être en lévitation au-dessus du parvis. »
« J’étais convaincue que le bâtiment du musée devait exprimer cette quête de légèreté jusqu’à donner l’impression d’être en lévitation au-dessus du parvis. » Sergio Grazia
« La lévitation est exprimée par la façade conçue comme flottant au-dessus du bâtiment. Je l’ai faite en verre avec ses courbes pour accentuer l’idée d’ondulation, pour qu’on sente tout un mouvement qui l’allège encore. »
« La lévitation est exprimée par la façade conçue comme flottant au-dessus du bâtiment. Je l’ai faite en verre avec ses courbes pour accentuer l’idée d’ondulation, pour qu’on sente tout un mouvement qui l’allège encore. » Serge Urvoy
« Dans ce musée-ville, les variations d’échelle, de volumes et de lumière gardent le visiteur en éveil. (…) Il fait l’expérience de la vie urbaine, laisse ses sens guider ses pas, flâneur immergé dans la ville dense support d’émotions. »
« Dans ce musée-ville, les variations d’échelle, de volumes et de lumière gardent le visiteur en éveil. (…) Il fait l’expérience de la vie urbaine, laisse ses sens guider ses pas, flâneur immergé dans la ville dense support d’émotions. » Wade Zimmerman

 

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