Portrait : Verner Panton (1926-1998), le futuriste danois

Verner Panton (1926-1998) a beau être danois, il n’a jamais été un designer scandinave… Toute sa carrière, il n’a eu de cesse d’inventer de nouvelles façons d’habiter, d’utiliser les matériaux de son époque pour se projeter dans le futur domestique.  

Verner Panton naît le 13 février 1926 à Gamtofte près d’Odense, la troisième ville du Danemark. Après son service militaire accompli durant la Seconde Guerre mondiale, il veut devenir artiste mais son père s’y opposant, il se rabat sur l’architecture qu’il étudie à la Royal Danish Academy of Art et travaille en parallèle comme représentant puis maçon. En 1950, il fait la connaissance du fameux designer Poul Henningsen, un de ses premiers mentors, dont il épouse la fille (même si cette union ne dure pas). La même année, il est embauché dans le studio d’Arne Jacobsen, à l’époque où ce dernier est en train de révolutionner le design scandinave. Il a trouvé un deuxième mentor…

La Bachelor Chair, la première chaise éditée de Verner Panton (1953, Fritz Hansen).
La Bachelor Chair, la première chaise éditée de Verner Panton (1953, Fritz Hansen). DR

L’enfant terrible du design danois est pétri d’admiration pour Jacobsen mais ne s’éternise pas. En 1952, après avoir participé au design de la chaise Fourmi, il préfère créer son propre studio qu’il installe dans un combi VW et se lance dans un « grand tour » pour s’imprégner des idées qui émergent dans toute l’Europe. Panton applique ses idées novatrices à l’architecture et au design et crée différents concepts d’habitat et de mobilier en carton et en plastique. Son compatriote Fritz Hansen décide d’éditer en 1953 sa toute première chaise, la Bachelor Chair, structure de métal sur laquelle est tendue une assise en tissu. En 1956, Panton participe à un concours lancé par un fabricant de mobilier et commence à réfléchir à une chaise où assise, dossier et piètement sont faits d’une seule pièce

Heart Cone Chair (circa 1955, Plus Linje).
Heart Cone Chair (circa 1955, Plus Linje).

C’est son père qui va véritablement lancer la carrière de Verner Panton en lui demandant de réaliser le restaurant Kom-igen dont il est le gérant. Sa liberté créative est totale et Panton en profite ! L’intérieur est aménagé en nuances de rouge pour le rendre plus chaleureux et l’espace est divisé par de grandes tentures aux motifs géométriques qui permettent de créer des salons plus intimes. L’ensemble du mobilier et des luminaires est dessiné sur mesure, comme ses Cone Chair, toujours éditées aujourd’hui. Le succès est retentissant et les éditeurs se précipitent pour commercialiser les pièces de Panton. Plus-linje sort successivement la Cone Chair, la Heart Cone Chair, la Peacock Chair, mais aussi le mobilier gonflable que Panton est l’un des premiers à explorer avec un tabouret édité dès 1960. En 1959, sort sa toute première lampe, la Topan, suivie de la Moon (1960), qu’il installe dans le complexe hôtelier Astoria à Trondheim (Norvège), où il crée un mobilier uniquement fait de pièces cylindriques.

Suspension de la série Fun et mobilier cylindrique créé pour l’hôtel Astoria (VerPan).
Suspension de la série Fun et mobilier cylindrique créé pour l’hôtel Astoria (VerPan). DR

Cette obsession pour la courbe, on la retrouve en 1964 avec ses suspensions Fun, constituées d’écailles reliées entre elles par des anneaux de métal. La chaleur générée par l’ampoule crée d’infimes mouvements dans ces réflecteurs et la lumière se fait changeante, hypnotique. Dans le même esprit proto-hippie, il surprend les visiteurs du salon du meuble de Cologne 1965 avec les Flying Chairs, des assises suspendues au plafond par des filins.

La Flying Chair, un concept d’assise suspendue qui surprend toujours en 2020 !
La Flying Chair, un concept d’assise suspendue qui surprend toujours en 2020 ! DR

Dès lors, Panton fait figure de pionnier du design tendance pop. Il présente ses créations dans toute l’Europe, se pose brièvement à Cannes et Ténérife. Mais en 1963, il rencontre Willi Fehlbaum, dirigeant de Vitra/Herman Miller à Bâle et il décide de s’installer en Suisse pour continuer ses recherches sur les chaises en porte-à-faux d’un seul tenant. En août 1967, il présente une première version en fibre de verre renforcée. C’est ce modèle qui deviendra son best-seller absolu sous le nom Panton Chair.

La Panton Chair (Vitra), un design inimitable…
La Panton Chair (Vitra), un design inimitable… DR

Après ce succès retentissant, Panton met toute son énergie créative dans l’élaboration de mobilier en mousse, qui lui permet de créer ses premiers « paysages domestiques ». Dans ses propositions d’intérieurs futuristes, décoration et mobilier se confondent dans une épiphanie psychédélique : murs et sols se font assises, les tissus vibrants recouvrent tout, les éclairages se diffractent… Entre 1968 et 1975, il crée pour le chimiste Bayer des scénographies embarquées à bord d’un bateau de tourisme sur le Rhin durant le salon du meuble de Cologne. Baptisées Visiona, elles synthétisent les recherches de Panton, reconnu comme un ténor du mobilier contemporain. En 1968, il est invité à présenter son travail lors de l’exposition « Living Tower » au Louvre en compagnie des Eames ou de Joe Colombo. De cette époque riche en créations mobilières, on retiendra l’Ovni Living Tower et les fauteuils Amoebe (1970), toujours édités par Vitra, ainsi que les lampes VP-Europa (Louis Poulsen) et le canapé Clover Leaf (Verpan).

Dans l’installation Visiona, Panton concentre tout ce qui fait son style : courbes, couleurs saturées, psychédélisme, fusion du mobilier et de l’architecture…
Dans l’installation Visiona, Panton concentre tout ce qui fait son style : courbes, couleurs saturées, psychédélisme, fusion du mobilier et de l’architecture…
Canapé Cloverleaf (VerPan).
Canapé Cloverleaf (VerPan).
Dans la saga James Bond, les repaires des méchants sont souvent meublés en Verner Panton. Le banc Pantonova (Montana) fait ainsi une apparition remarquée dans « L’Espion qui m’aimait ».
Dans la saga James Bond, les repaires des méchants sont souvent meublés en Verner Panton. Le banc Pantonova (Montana) fait ainsi une apparition remarquée dans « L’Espion qui m’aimait ». DR

En 1977, Fritz Hansen sort la collection d’assises « 1-2-3 », qui exploitent le principe de porte-à-faux avec une structure reposant sur un disque de métal déclinés en dix versions différentes. Son aura lui permet de s’atteler à des projets de plus grande ampleur, comme le cirque de Copenhague (inauguré en 1984) qu’il investit de ses couleurs vibrantes. Il dessine ensuite une chaise pour IKEA restée mythique, la Vilbert (1993). Progressivement, il se met en retrait même s’il continue de dessiner ponctuellement lampes et montres. Il s’éteint le 5 septembre 1998 à Copenhague.

Les chaises Vilbert (1993) créées par Verner Panton pour Ikea.
Les chaises Vilbert (1993) créées par Verner Panton pour Ikea. Barnebys

Depuis, le monde semble redécouvrir Verner Panton. D’abord avec sa Panton chair qui est devenue un classique, mais aussi plus récemment avec ses installations prospectives réalisées dans les années 70, régulièrement reconstituées. Son mobilier (Vitra, VerPan et Montana) comme ses lampes (VerPan, Louis Poulsen et &Tradition) demeurent des best-sellers un demi-siècle après leur création.


Pour aller plus loin :

> VIDEO : La Panton Chair 

> Verpan réédite les chœufs d’œuvre de Verner Panton

> La Chair One de Verner Panton 

> Les photos de toutes les réalisations de Verner Panton 

> Le site de VerPan, qui réédite une grande partie du catalogue de Verner Panton

L’installation Visionna reconstituée au Vitra Design Museum en 2020.
L’installation Visionna reconstituée au Vitra Design Museum en 2020.
Chaises Sytem 1-2-3 (VerPan).
Chaises Sytem 1-2-3 (VerPan).
Table surmontée des suspensions FlowerPot (&Tradition).
Table surmontée des suspensions FlowerPot (&Tradition).

 

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