Salon de Milan virtuel : Konstantin Grcic décrypte sa nouvelle Citizen Chair (Vitra)

Konstantin Grcic explique à IDEAT comment il a élaboré sa toute nouvelle Citizen Chair (Vitra), qui dissimule un ingénieux système d'assise suspendue.

En cette fin du mois de février, le soleil rayonne sur la banlieue bâloise, où est installé le campus Vitra. La presse internationale a rendez-vous dans la « Caserne de pompiers » dessinée par Zaha Hadid pour y rencontrer Konstantin Grcic, dont la Lounge Chair Citizen s’annonce comme la star des collections 2020 de l’éditeur suisse. Sans en avoir l’air, ce fauteuil propose un confort nouveau : suspendue par trois filins d’acier, son assise bouge en effet dans toutes les directions sous le poids du corps et s’adapte ainsi à la position de son occupant. Konstantin Grcic a expliqué à IDEAT comment il en était venu à cette solution originale et innovante.


La Waver Chair de Konstantin Grcic (2011, Vitra).
La Waver Chair de Konstantin Grcic (2011, Vitra). DR
La Citizen Lounge Chair de Konstantin Grcic (2020, Vitra), version dossier haut.
La Citizen Lounge Chair de Konstantin Grcic (2020, Vitra), version dossier haut. DR

En 2011, vous avez sorti la Waver Chair, une chaise outdoor avec une assise en suspension. Pourquoi avez-vous décidé de retravailler ce modèle ?
Konstantin Grcic : Je dois admettre qu’au départ, ce n’était pas mon idée mais celle d’Eckart Maise, le chef du design de Vitra jusqu’à l’année dernière. A l’époque, il s’était beaucoup impliqué dans le développement de la Waver, mais à sa sortie, nous étions tous deux d’accord pour dire que quelque chose ne fonctionnait pas dans cette assise [dont Vitra a rapidement stoppé la production, NDLR]. Néanmoins, elle avait quelque chose de spécial qu’il fallait continuer à creuser. Je n’aurais sans doute jamais proposé qu’on se replonge dans ce concept mais maintenant que je vois le fauteuil Citizen, je dois dire que c’était une excellente idée !

« C’est comme ça et pas autrement ! »

Comment avez-vous travaillé ?
J’ai commencé à plancher sur la Citizen au début de l’été 2017, j’ai presque travaillé trois ans sur cette chaise. Cela a pris longtemps car rien n’était évident. Une chose était claire d’emblée : nous voulions ramener le principe d’assise suspendue de l’outdoor vers l’intérieur, en faire un vrai fauteuil lounge de salon. Pour amener un confort maximal, il a fallu transformer un canevas primitif en un meuble très complexe… Le plus gros de mon travail a consisté à trouver la clé pour produire un meuble véritablement nouveau : la suspension. La Waver en avait une mais totalement différente [une toile tendue sur un cadre en quatre coins, un peu comme la fameuse Butterfly, NDLR]. Il m’a fallu du temps pour comprendre qu’il fallait séparer le dossier de l’assise, afin que seule cette dernière puisse bouger. Une fois que j’ai compris cela, j’ai pu travailler sur le système de suspension. Il a fallu étudier et tester différentes solutions. On a planché sur des options techniquement très complexes pour finalement arriver à ces trois points de suspension : un de chaque côté et un à l’arrière. A un moment, on a travaillé avec des chaînes : j’aimais leur aspect brutal mais elles étaient trop flexibles, trop nerveuses. Elles donnaient trop de débattement à l’assise, qui bougeait trop et perturbait le confort. Pour que l’assise reste stable et ne donne pas le mal de mer, il fallait utiliser un câble d’acier d’un certain diamètre, qui est plus rigide. Habituellement, ce type de matériau n’est pas utilisé dans l’industrie du meuble, il vient d’un autre univers… Je comprends que cela puisse paraître bizarre mais au final, je m’y suis fait, je le trouve même très naturel. C’est la solution la plus esthétique de mon point de vue, le résultat d’un processus de création étape par étape.

La Citizen Chair est seulement disponible dans une poignée de couleurs. Cela est-il dû à une réflexion stylistique ou une logique de développement durable ? Pourquoi avoir limité les options ?
Je dirais que cela relève plus d’une attitude… Je veux juste forcer les clients à prendre une décision. Au quotidien, nous sommes habitués à tellement de choix… De mon point de vue, c’est un piège de créer trop d’options de couleurs et de tissus. Cela signifie que le designer ne prend pas la décision en laquelle il croit au fond de lui. Celle qu’il préfère, il doit l’imposer au consommateur.

La Citizen comporte néanmoins deux variantes…
Oui, nous proposons deux dossiers (un haut et un bas) et une sélection limitée de tissus. A l’époque des Eames et de Jean Prouvé, les outils industriels offraient des choix limités et ils devaient se plier à ces limitations. Aujourd’hui, on vit dans un monde où il y a trop de choix pour tout. Je crois donc que cela peut être un soulagement pour certains consommateurs que je décide à leur place. Je me suis donné suffisamment de temps pour réfléchir à toutes les possibilités et je suis suffisamment en confiance pour dire : « C’est comme ça et pas autrement ! »

> La collection « Citizen » de Konstantin Grcic sera disponible chez Vitra à partir de septembre 2020.

Combinaison de tissus Raf Simmons pour Kvadrat.
Combinaison de tissus Raf Simmons pour Kvadrat. Jean-Christophe Camuset
La Citizen dans sa version à dossier haut (Vitra).
La Citizen dans sa version à dossier haut (Vitra). VitrA
Gros plan sur le câble d’acier qui maintient l’assise en suspension.
Gros plan sur le câble d’acier qui maintient l’assise en suspension. Jean-Christophe Camuset

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