Architecture : Le Pavillon de l’Arsenal pense le monde d’après

« Et demain, on fait quoi ? » interroge le Pavillon de l’Arsenal à l’occasion de sa réouverture en cette mi-juin. Au sein d’une exposition évolutive et collective, plus de 200 contributions sont réunies afin de questionner ce fameux monde post-pandémie dont on parle tant.

Etait-il possible de rouvrir le Pavillon de l’Arsenal en reprenant le fil des expositions en cours comme si rien n’était advenu ces derniers mois ? Assurément, non. Dès le mois d’avril, l’institution a souhaité faire fructifier ce temps suspendu en invitant celles et ceux qui souhaitaient réfléchir aux nouveaux paradigmes imposés par la crise sanitaire. Penser le monde architectural d’après le Covid-19 qui, prophétise-t-on, ne sera plus comme avant.

Née en ligne, l’exposition « Et demain, on fait quoi ? » se visite désormais au Pavillon de l’Arsenal.
Née en ligne, l’exposition « Et demain, on fait quoi ? » se visite désormais au Pavillon de l’Arsenal. Pierre L'Excellent

Architectes, urbanistes, ingénieurs, designers, paysagistes, étudiants, professionnels de l’immobilier et acteurs de la fabrication de la ville : nombreux sont ceux qui ont répondu à la question posée par le Pavillon de l’Arsenal : « Et demain, on fait quoi ? ». Pour son directeur Alexandre Labasse : « Les modes de vie urbains, les conditions de fabrication de la ville, tout comme les usages, et les façons d’habiter sont brutalement devenus, pour beaucoup, obsolètes. La pandémie du Covid-19 et le confinement ont agi comme des révélateurs de questionnements déjà existants et font surgir des problématiques inédites. Les enjeux premiers de solidarité et de défi climatique se conjuguent alors aux questions de proximité, d’autour de soi, d’espaces et de temps. Ces notions que la vie métropolitaine avait progressivement oubliées en effaçant toutes distances avec l’autre et avec le monde. »

Textes et illustrations abordent, entre autres, les aspirations à de nouvelles relations sociales.
Textes et illustrations abordent, entre autres, les aspirations à de nouvelles relations sociales. DR

Les contributions, plus de 200 à ce jour, ont d’abord pris vie sous la forme d’un espace virtuel en ligne alimenté au jour le jour pendant toute la durée du confinement, puis, aujourd’hui, agrémenté d’une exposition physique et collective sonnant la réouverture du Pavillon de l’Arsenal. Textes et illustrations ont ainsi investi le rez-de-chaussée, constituant un corpus évolutif puisque les contributions sont attendues jusqu’au 30 juin. L’exposition s’achèvera quant à elle le 6 septembre 2020.

L’exposition réunit autant de contributions que de points de vue.
L’exposition réunit autant de contributions que de points de vue. Pierre L'Excellent

Loin de se limiter la sacro-sainte taille des logements qui a souvent monopolisé le débat, les thèmes abordés sont riches, variés, parfois inattendus et contradictoires. Les analyses se superposent et nous invitent à questionner notre propre vécu de cette situation inédite : « Nous imposant évitement et confinement, le pouvoir (médical et politique, bio-pouvoir comme il a été amplement rappelé) nous aura curieusement conduits à vivre ensemble peut-être plus intensément que nous ne l’aurons jamais fait. C’est le propre de toute crise que de chercher à toujours instaurer sa raison supérieure », constate justement le sociologue Jean-Louis Violeau. Pour l’architecte Nicola Delon (Encore Heureux), « l’année 2020 tient déjà ses promesses d’année la plus chaude jamais enregistrée et beaucoup s’accordent pour dire que la crise sanitaire actuelle n’est qu’une bande-annonce d’une série catastrophe dont on ne connaît ni le nombre d’épisodes ni de saisons. » L’architecte Stéphane Maupin voit en cette crise sanitaire « une incroyable opportunité pour l’humanité… Profitons de cet événement pour imaginer un vrai futur. Imaginer, et non réinventer. C’est-à-dire nous ouvrir à un nouveau monde et non à un recyclage d’idées du monde périmé. »

Pour sa contribution baptisée « Crise de risques », l’architecte Nicola Delon a opté pour une iconographie équivoque.
Pour sa contribution baptisée « Crise de risques », l’architecte Nicola Delon a opté pour une iconographie équivoque. Nicola Delon

Pour prolonger la réflexion, des tables rondes sont organisées les mercredis 24 juin, 1er et 8 juillet à 19 heures au Pavillon de l’Arsenal tandis qu’à l’automne prochain, une publication mémorielle rassemblera les réflexions nées de cette période singulière tout en ouvrant des perspectives pour penser ce fameux monde d’après.

> Exposition « Et demain, on fait quoi ? », au Pavillon de l’Arsenal. 21, boulevard Morland, 75004 Paris. Plus d’infos sur : pavillon-arsenal.com

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