La designer Ionna Vautrin réinvente le Kamasutra

Ionna Vautrin ne crée pas seulement des objets. La designer a récemment dessiné un guide du Kamasutra à sa façon, légère et facétieuse. Une vision délicate de l'amour dont IDEAT vous révèle quelques planches…

Comment l’idée d’illustrer le Kamasutra vous est-elle venue ?
Ionna Vautrin : Tout a commencé à l’occasion d’une relation à distance que j’entretenais avec un homme à qui j’envoyais des dessins comico-érotiques. Notre relation s’est terminée, mais les dessins sont restés. Je les ai présentés à Cendrine de Susbielle (directrice des relations extérieures de l’École Camondo, NDLR), qui m’a incitée à travailler sur une grande série d’illustrations et à monter une exposition. Quelques mois plus tard, une centaine de dessins, une exposition puis un livre sont nés de cette aventure.

 

Dans l’original indien, il y a 64 positions ; dans votre ouvrage, il y en a 96 ! En avez-vous d’autres encore dans les cartons ?
En effet, le livre propose 96 illustrations, toutes issues de l’exposition « Striptease », présentée en 2016. À l’époque, j’avais pour objectif d’en produire une centaine. Depuis la sortie du livre, édité en 2017, j’ai eu l’occasion de dessiner quelques nouvelles (pro)positions. Le sujet est infini ; j’espère prolonger un jour cette série d’élucubrations érotiques…

Envie de parler d’amour(s) avec une pointe d’humour

Le message du Kamasutra indien originel est celui de l’harmonie du couple, notamment à travers la sexualité, très loin de la vision judéo-chrétienne plutôt moralisatrice. Ce point de vue décomplexé a-t-il constitué un obstacle ou au contraire un argument à la publication de votre ouvrage ?
J’ai abordé ce travail de façon intuitive, en suivant mon envie de parler d’amour(s) avec une pointe d’humour. Loin de moraliser la question de la sexualité, mes dessins célèbrent au contraire la liberté d’aimer selon ses envies. En couple, en trouple, en groupe ou en solitaire, tout le monde y trouve sa place. Le dessin comme préliminaire de nos amours sans fin ! Une touche de pudeur et une bonne dose de fantaisie ont séduit Flammarion, qui m’a offert l’opportunité de publier ce petit recueil ­libertin. Nos voisins anglais et italiens s’y sont très vite retrouvés et l’ont édité à leur tour.

La pratique du dessin est-elle incontournable dans votre travail de designer ?
Elle est en effet au cœur même de ma pratique. Une filiation formelle s’est petit à petit installée entre les objets que j’ai dessinés. Les personnages de ce Kamasutra ressemblent d’ailleurs beaucoup à mes créations : de grosses bouilles asymétriques posées sur de longs corps frêles… Cette série d’illustrations s’est présentée comme une parenthèse enchantée dans mon quotidien de designer industrielle, très contraint par les questions techniques, temporelles ou économiques… Il y a, dans le fait de mettre en dessin une idée aussi simplement, une fraîcheur et une spontanéité qui sont très appréciables.

Cette parution a-t-elle engendré des commandes inattendues ?
On m’a récemment passé commande d’un nouvel ensemble de saynètes pour décorer les chambres d’un hôtel. Par ailleurs, j’ai profité du confinement pour me lancer dans de nouvelles illustrations, cette fois sur le thème des chats. Vous pourrez les retrouver sur le compte Instagram @chakirale.

« Les valseuses » par Ionna Vautrin.
« Les valseuses » par Ionna Vautrin.
Dans sa version du Kamasutra, Ionna Vautrin imagine des mises en scènes amusantes comme ici avec « Titanic »
Dans sa version du Kamasutra, Ionna Vautrin imagine des mises en scènes amusantes comme ici avec « Titanic »
…ou Emmanuelle.
…ou Emmanuelle.
Des jeux à plusieurs !
Des jeux à plusieurs !
Le guide du Kamasutra de Ionna Vautrin décomplexe les rapports et les genres.
Le guide du Kamasutra de Ionna Vautrin décomplexe les rapports et les genres.

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