Sofa Bocca : L’icône pop se rhabille pour ses 50 ans

A la croisée du surréalisme et du pop art, le sofa Bocca s’offre une cure de jouvence. Afin de célébrer son cinquantième anniversaire, la marque Gufram propose 25 nouvelles teintes pour tapisser sa plus célèbre assise. L’occasion de revenir sur l’histoire de cette icône, née de l’anticonformisme des années 1970.

Le Radical Design bat son plein quand le Studio 65 signe le Bocca. A une époque où les créateurs s’attaquent au modèle bourgeois et à la notion de bon goût, le collectif d’architectes et designers compte parmi les fers de lance de ce mouvement apparu à la fin des années 60 en Italie. Basés à Turin, le studio cherche à déconstruire toutes les normes en vigueur dans l’univers domestique et imagine par la même occasion un canapé qui marquera l’histoire du design autant que la culture populaire.

Canapé Bocca, ici habillé de son rouge d’origine.
Canapé Bocca, ici habillé de son rouge d’origine. DR

Exposé dans les musées du monde entier, notamment aux cotés des œuvres d’Andy Warhol, le Bocca devient vite une icône du pop art en mêlant geste créatif et objet ordinaire. C’est pourtant du surréalisme que s’inspire le Studio 65 lorsqu’il le dessine en 1970, pile entre le sofa Leonardo (1969) et le fauteuil Capitello (1971), également édités par Gufram, certainement le plus excentrique des éditeurs italiens. Avec cette bouche de deux mètres de long, le collectif rend en effet hommage à Salvador Dali et à son portrait de Mae West ; un collage de 1936 où l’artiste recompose le visage de l’actrice hollywoodienne en utilisant des tableaux pour les yeux, des rideaux pour les cheveux, une cheminée pour le nez et un canapé pour les lèvres.

Visage de Mae West pouvant être utilisé comme appartement surréaliste, une oeuvre réalisée en 1974 par Salvador Dali, d’après un collage de 1936.
Visage de Mae West pouvant être utilisé comme appartement surréaliste, une oeuvre réalisée en 1974 par Salvador Dali, d’après un collage de 1936. DR

En 1974, Dali transpose enfin son portrait de Mae West en installation spatiale. Mais il préfère collaborer avec la maison BD Barcelona pour produire son propre canapé en forme de bouche, encore édité aujourd’hui par la firme espagnole. Pour autant, c’est bien le modèle de Gufram qui rentre dans l’histoire. Pour preuve, les photographies réalisées par Richard Avedon et David La Chapelle, de même que les shootings de Vogue, Harper’s Bazaar, Elle et Vanity Fair où le Bocca côtoie Heidi Klum, Anne Hathaway ou Sharon Stone. Muse à part entière, le divan intègre même les scénographies des concerts de Beyonce, Kylie Minogue et Katy Perry. Tout le monde s’en empare. Y compris le monde de l’art contemporain, quand le plasticien Bertrand Lavier l’inclue dans un de ses ready-mades exposé au Louvre en 2005.

Canapé Bocca, en bleu arctique.
Canapé Bocca, en bleu arctique. DR

Avec ses courbes sinueuses, le canapé fait son entrée dans les hôtels conçus par Philippe Starck et Alessandro Mendini, ou encore dans une suite aménagée par Martin Margiela. Un succès incontesté, qui vaut au canapé d’être décliné dans de nouvelles versions. En rose, en doré ou transpercée d’un piercing oversize, chaque édition limitée s’arrache à prix d’or. Alors pour son cinquantième anniversaire, Gufram voit les choses en grands avec 25 nouvelles teintes disponibles. En beige « biscuit » ou « avoine », en orange « citrouille » ou « abricot », en bleu « amiral » ou « arctique », le Bocca fait des infidélités à son rouge d’origine, mais sans jamais rien perdre de sa sensualité.

Canapé Bocca, en version jaune.
Canapé Bocca, en version jaune. DR
Canapé Bocca, en version « rice ».
Canapé Bocca, en version « rice ». DR
Canapé Bocca, en version « cherry ».
Canapé Bocca, en version « cherry ». DR

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