Amelia Tavella, une architecture influencée par l’île de Beauté

Amelia Tavella architecte marquée par ses origines corses, ne cache pas la nécessité de regagner l'île de beauté pour puiser l'inspiration.

Ajaccio, Calvi, Figari… Chaque semaine, Amelia Tavella s’envole vers ses origines, « la matrice insulaire et singulière ». L’architecte corse, qui a quitté son île pour suivre ses études à Paris avant d’installer son agence à Aix-en-Provence, l’assume : « Chaque projet est un prétexte pour regagner ce rivage, le contour de cette île. Atterrir en Corse est une expérience de la sensualité sans cesse renouvelée. Le maquis dévore le tarmac et son odeur mon esprit, il réveille mes souvenirs d’enfance au cœur de cette nature invasive », confie-t-elle.

Un rapport à la nature et à l’esthétique très fort

Si elle vit sur le continent, elle voit l’immense majorité de ses programmes prendre forme en Corse. « J’ai besoin de ressentir un désir fou pour les lieux dans lesquels j’interviens et ça, je l’éprouve surtout pour mon île. Construire en Corse est un acte héroïque et romantique. Je retiens de mes projets la sincérité et l’humilité face à la difficulté de chantiers isolés », révèle la quadragénaire. Petite, elle sillonnait la Corse à cheval, ce qui lui a permis de développer un rapport à la nature et à l’esthétique très fort.

En revanche, elle n’envisage pas de retourner vivre là-bas. « Il est au contraire intéressant d’avoir cette distance avec mon île. Cela impose une forme de neutralité bienvenue. Et puis, les trajets m’aident à chaque fois à mûrir mes projets – que ce soit leur inscription dans un paysage sublime ou que je cherche ma place dans un lieu existant –, qui se situent toujours sur des sites sensibles », philosophe Amelia Tavella.

La Corse au cœur de son activité

C’est ainsi qu’elle a livré en Corse-du-Sud le groupe scolaire A Strega, dans le remarquable écrin de Santa-Maria-Siché, à la lisière d’une forêt, ou qu’elle a réhabilité un couvent à Sainte-Lucie-de-Tallano, un monument historique datant de 1480. Si la Corse est donc au cœur de son activité, elle y développe des projets à toutes les échelles, de la restructuration et de l’aménagement d’une maison (la sublime Casa Santa Teresa, à Ajaccio) à l’urbanisme d’un quartier (l’aménagement paysager et urbain de la citadelle d’Ajaccio, en cours de réalisation, et le futur réaménagement de la cité génoise mitoyenne).

L’entre-deux

Pour cela, elle applique une méthode très personnelle. « Que ce soit en architecture ou en urbanisme, une fois qu’on a fait la psychanalyse de la ville, on sait ce qu’on veut lui insuffler. Il ne faut pas y aller de façon frontale, mais avoir du souffle », détaille celle qui collabore avec une sociologue, un historien de la Corse et un autre, spécialisé dans le patrimoine immatériel. Pour « révéler l’identité de la ville, on essaie de rentrer dans son histoire. Tout est là sur ce littoral corse, il suffit de lui redonner vie. Il est probablement à l’origine de mon obsession pour la notion d’interface, d’entre-deux, que j’explore à travers l’enveloppe de mes bâtiments, leur peau. »

Des chercheurs, mais aussi des artistes… À Villeurbanne (73) et à Cabriès (13), elle a demandé à la plasticienne Pauline Guerrier de réaliser des œuvres pour les façades de ses écoles. En revanche, elle collabore peu avec d’autres architectes et reconnaît à demi-mot que Rudy Ricciotti a été le seul avec qui les échanges ont été fluides. Un aveu surprenant quand on connaît le caractère volcanique du père du Mucem, à Marseille ! « Nous sommes deux tenants de l’architecture méditerranéenne. Mon travail de la pente et son travail de la façade se sont complétés lorsque nous avons conçu ensemble le conservatoire Henri-Tomasi, à Ajaccio. »

Travailler dans des environnements enchanteurs

Ancienne élève de l’École spéciale d’architecture, à Paris (XIVe), elle s’est ensuite établie sept ans durant dans une agence où elle a planché sur nombre de bâtiments publics. Une expérience qui lui sert beaucoup maintenant qu’elle est entourée de ses cinq collaboratrices. Sans compter les interventions plus modestes, mais pas moins riches, sur des maisons.

« La Casa Santa Teresa est le récit d’une nuit d’été, une architecture balnéaire des années 50 dans un cadre de rêve. Tous mes projets sont d’ailleurs des prétextes pour travailler dans des environnements enchanteurs. C’est le cas du château du Seuil, près d’Aix-en-Provence, que j’achève à la fin de l’année et qui va accueillir un musée de l’affiche. » Là aussi, elle s’attache à poser un regard contextuel qui, elle l’espère, vieillira bien. Car elle en est persuadée, la patine du temps est son alliée.

Le château Seuil près d’Aix-en-Provence. L’un des projets que l’architecte entreprend cette année.
Le château Seuil près d’Aix-en-Provence. L’un des projets que l’architecte entreprend cette année.
La Casa Santa Teresa, à Ajaccio, une villa de rêve les pieds dans l’eau.
La Casa Santa Teresa, à Ajaccio, une villa de rêve les pieds dans l’eau.
L’école A Strega, à Santa-Maria-Siché, en Corse-du-Sud. La gageure de construire dans un site remarquable.
L’école A Strega, à Santa-Maria-Siché, en Corse-du-Sud. La gageure de construire dans un site remarquable. Stéphane Aboudaram
Ce bâtiment a été plusieurs fois distingué.
Ce bâtiment a été plusieurs fois distingué.
Les marches de l’école et espace culturel Edmond-Simeoni, à Lumio.
Les marches de l’école et espace culturel Edmond-Simeoni, à Lumio.

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