Portrait : Nanda Vigo (1936-2020), la designer qui sculptait la lumière

Artiste, designer et architecte, Nanda Vigo fut tout au long de sa carrière obsédée par la lumière et sa dynamique. En la plaçant au centre de ses créations, elle l'a mise en valeur grâce à des matériaux industriels comme le verre, le miroir ou le néon.

Nanda Vigo est née à Milan en 1936 et elle baigne dès l’enfance dans le milieu artistique. Elle fréquente dès son plus jeune âge le poète et peintre italien Filippo de Pisis (1896-1956) et le pionnier de l’art abstrait Mario Radice (1898-1987). Ce dernier réalise les fresques de la Casa Del Fascio de l’architecte rationaliste Guiseppe Terragni à Côme. Dans cet édifice en forme de parallélépipède, il joue avec l’ombre et la lumière. A l’âge de 7 ans, la visite de cette bâtisse subjugue Nanda car la perception de sa structure est modifiée par la lumière. Une véritable révélation pour la jeune fille…

Après le Lycée Artistique de Milan, elle intègre l’Ecole Polytechnique de Lausanne. Une fois diplômée, Nanda clôture ses études par un stage de l’autre côté de  l’Atlantique aux côtés de Franck Lloyd Wright dans son fief de Taliesin West. L’étudiante admire son architecture mais déclare plus tard avoir regretté ce choix alors qu’elle aurait pu intégrer le studio de Ludwig Mies van der Rohe. L’Américain lui laisse une mauvaise impression en raison de son caractère « irascible » et « arrogant ».

Nanda finit donc par rentrer à Milan en 1959 pour ouvrir son propre studio. Elle se rapproche alors d’artistes tel que Piero Manzoni, avec qui elle forme un couple d’artistes engagés, ou l’immense designer et architecte Gio Ponti, dont elle admire la vision holistique. Nanda rencontre également l’artiste Lucio Fontana et collabore avec lui ainsi qu’avec le peintre italien Enrico Castellani pour la « Casa Pelligrini » (1959).

La Zero House fusionne architecture, art et design

Rebaptisée ensuite « Zero House », cette demeure intègre tous les éléments classiques du travail de Nanda Vigo, figure de Zero. Ce mouvement d’avant-garde prône les expérience perceptive et sensorielle. Ses outils ? La lumière et le mouvement, immatériaux par excellence. Passionnée par la lumière, Nanda Vigo la place au centre de ses créations. Un éclairage de néons blancs est diffusé dans des environnements essentiels et immaculés. L’utilisation de métaux comme l’acier ou l’aluminium, de verres et de miroirs démultiplie et fragmente les images pour déconstruire et reconstruire l’espace. « Zero House » est une fusion entre architecture, art et design.

Nanda Vigo a créé cette table basse en métal en 1970.
Nanda Vigo a créé cette table basse en métal en 1970.

La même année, Nanda remporte un concours public pour un cimetière de Rozzano. Les « tours cimetières » d’une hauteur de vingt étages possèdent un ascenseur en leur centre. Les tombes avec un belvédère sont entourées d’éléments brise-soleil. Ce projet lui apporte l’intérêt de magazines anglo-saxons comme Life ou le Times mais le projet, trop audacieux ne verra jamais le jour…

Passionnée par la lumière

Sa collaboration avec Lucio Fontana continue en 1962. Ensemble, ils créent un environnement pour le centre de recherches esthétique. Lucio Fontana l’invite à réaliser « Utopie » à la Triennale de Milan en 1964, un environnement dans lequel le visiteur déambule sur un sol ondulé recouvert de moquette rouge encadré de murs en aluminium rouge. Le duo choisit des néons rosés pour diffuser la lumière. Pour l’élément sonore, les deux artistes font appel à Umberto Eco pour lire ses propres textes.

Suite à ce succès, Gio Ponti l’invite également à concevoir des environnements pour la Quadriennale de Rome la même année. Il publie également le projet d’une habitation de Nanda Vigo dans la revue Domus qu’il offre à celui qui s’engage à la construire. Nanda complète le chantier pour Giobatta Meneguzzo : ce sera La casa sotto la foglia (1969), l’unique projet que Gio Ponti ait jamais co-signé avec un autre architecte.

L’intérieur de la Casa sotto la foglia de Gio Ponti avec Nanda Vigo.
L’intérieur de la Casa sotto la foglia de Gio Ponti avec Nanda Vigo.

Murs vitrés, sols moquettés, néons, vernis et longs canapés en fausse fourrure

A cette période et jusqu’à la fin des années 70, Nanda Vigo réalise bien d’autres espaces d’habitations comme la Casa Gialla (la maison jaune), la Casa Blu (la maison bleue) et la Casa Che Non c’e (la maison qui n’existe pas). Elle conçoit également la Casa Nera (la maison noire) pour un collectionneur qui désire contempler les œuvres de sa collection à l’unique lueur d’une bougie. Ces créations réunissent murs vitrés, sols moquettés, néons, vernis et longs canapés en fausse fourrure. Nanda lance finalement sa propre ligne de mobilier baptisée « Chronotopy » en 1970. Elle y utilise la lumière comme élément principal ainsi que des matériaux industriels qui la reflètent.

Nanda Vigo utilise l’aluminium et le miroir pour la console Chronotopo.
Nanda Vigo utilise l’aluminium et le miroir pour la console Chronotopo.

Son lampadaire Goldengate reçoit le New York Award for International Design en 1974. La designer reçoit également le prix Saint-Gobain deux ans plus tard pour son utilisation innovante du verre. Naviguant entre art et design, Nanda participe en 1982 à la 40e Biennale de Venise et assure la commission de l’exposition Piero Manzoni au Palazzo Reale de Milan. Ses œuvres sont exposées en 2014 au Musée Guggenheim de New York lors d’une rétrospective consacrée au mouvement Zero. A la fin de sa vie, Nanda Vigo partageait sa vie entre Milan et le Kenya. Elle est décédée le 20 mai 2020.

L’installation lumineuse de Nanda Vigo au Palazzo Reale de Milan.
L’installation lumineuse de Nanda Vigo au Palazzo Reale de Milan.

 

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