Trois expositions en France qui mettent la peinture au service de la narration

Traverser la France pour retrouver deux célèbres représentants de la figuration narrative, Jacques Monory à Saint-Paul-de Vence et Gérard Fromanger à Caen. Entre les deux, découvrir un artiste autodidacte, Edi Dubien, dont le MAC de Lyon présente la première exposition muséale.

Lyon : Un champ d’amour

Edi Dubien, Espoir blanc, (2020
). Aquarelle, crayon et encre sur papier  21 x 29,5 cm 
Courtesy de l’artiste et Galerie Alain Gutharc, Paris.
Edi Dubien, Espoir blanc, (2020
). Aquarelle, crayon et encre sur papier  21 x 29,5 cm 
Courtesy de l’artiste et Galerie Alain Gutharc, Paris. Edi Dubien - Galerie Alain Gutharc Paris

« Toutes les pièces sont liées, des dessins aux pièces au sol, des toiles aux sculptures. Tout parle de chaos, d’enfance, de genre, de nature, de résilience et d’amour. » C’est ainsi qu’Edi Dubien décrit son exposition, « L’homme aux mille natures ». Cet homme, c’est lui, né en 1963 dans un corps différent. Et cette nature, peuplée d’animaux et de végétaux, c’est celle avec laquelle il entretient une relation fusionnelle. Quelque 300 dessins, peintures et sculptures racontent un monde d’où surgissent des corps et des visages de garçons aux contours imprécis. Le regard absent, ils arborent un air de ressemblance, doux et énigmatique. Seuls les distinguent certains détails : du fard à paupières ou une boucle d’oreille en forme de fougère ou d’insecte, pour mieux parasiter la question de l’identité. La charge biographique est évidente, tout autant que la puissance visuelle de cette œuvre complexe.

> L’homme aux mille natures ». Au musée d’Art contemporain, à Lyon (69), du 7 octobre 2020 au 3 janvier 2021. Mac-lyon.com


Saint-Paul-de-Vence : La peinture photogénique

Jacques Monory, Couleur n° 1, 2002. Huile sur toile, affiche de cinéma « Gun Crazy » de J.H. Lewis et plexiglas, 160 x 300 cm. Photo Jacques Monory.
Jacques Monory, Couleur n° 1, 2002. Huile sur toile, affiche de cinéma « Gun Crazy » de J.H. Lewis et plexiglas, 160 x 300 cm. Photo Jacques Monory. Jacques Monory / Adagp Paris 2020

Avec son borsalino et ses lunettes teintées, Jacques Monory (1924-2018) entretenait une image de héros de film noir ou de roman policier. Peintre de la figuration narrative, mouvement apparu au début des années 60, il était certainement le plus « narratif » de ce collectif d’artistes engagés qui refusait l’abstraction de l’École de Paris. Se qualifiant de « romantique égaré dans un monde sans romantisme », il puisait dans l’actualité, la littérature, la publicité, la photographie et le cinéma américain des années 50 pour créer des tableaux – pleins de voitures, de revolvers et de femmes – qui reflètent notre époque. Il lui arrivait de tirer à balles réelles dans ses toiles, plongeant le spectateur non pas dans la contemplation, mais dans l’action. Une violence à peine atténuée par ce bleu si caractéristique, ces monochromes grâce auxquels il exprimait la « mise à distance du monde ».

> « Monory ». À la Fondation Marguerite et Aimé Maeght, à Saint-Paul-de-Vence (06), jusqu’au 22 novembre. Fondation-maeght.com


Caen: La résistance en couleurs

Gérard Fromanger, en Chine, à Hu-Xian, avec sa série « Le désir est partout », 1974, peinture sur toile, Centre Pompidou, musée national d’art moderne, Paris.
Gérard Fromanger, en Chine, à Hu-Xian, avec sa série « Le désir est partout », 1974, peinture sur toile, Centre Pompidou, musée national d’art moderne, Paris. RMN-Grand Palais

Autre représentant de la figuration narrative, Gérard Fromanger, 81 ans, n’a rien perdu de son militantisme. Il émerge lors des événements de Mai 68, auxquels il participe en cofondant notamment l’Atelier populaire des beaux-arts, chargé de l’impression d’affiches militantes. « Soyons réalistes, demandons l’impossible », proclame-t-il alors. Cinq décennies plus tard, le peintre se confronte toujours à la réalité de ce monde. Et sans rien vouloir en gommer de ses aspérités, il a choisi d’en montrer la beauté, de lui donner des couleurs. En témoigne Impression, soleil levant 2019 – un hommage à Claude Monet –, qui marie peinture et photographie et dans laquelle des silhouettes anonymes et multicolores traversent des cercles concentriques. Où vont-ils ? Une réponse à l’œuvre du peintre impressionniste chargée de l’intranquillité de notre époque.

> « Gérard Fromanger. Annoncez la couleur ! ». Au musée des Beaux-Arts de Caen (14), jusqu’au 3 janvier 2021. Mba.caen.fr

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